• Jacques Brunel (France)
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Edito

Avantage stratégique, vraiment ?

On aura tout entendu. Cette semaine, côté presse, le staff du XV de France a donc tenté d’instaurer un gentleman agreement : « on vous donne la compo, mais elle reste nous embargo jusqu’à l’annonce officielle. » Pour tout vous dire, la pratique n’a rien de révolutionnaire. Elle est même courante chez les Anglo-Saxons. Dès lors, il est hors de propos de s’en offusquer. Le travail collaboratif s’entend.

Pour des raisons qui les regardent et qui sont certainement justifiées, certains ont souhaité passer outre, à visage découvert, et refuser publiquement le « deal ». Là n’est pas le problème. Ce qui étonne, c’est plutôt cet argumentaire : « merci de ne pas dévoiler la composition de l’équipe pour laisser aux Bleus leur avantage stratégique jusqu’à lundi ». Mais franchement, quel avantage stratégique ?

En annonçant la composition d’équipe, nous avons donc révélé que les Bleus joueraient avec huit avants et sept trois-quarts. Quel scoop ! C’est la grande différence avec le football, sport de système où les dispositions sur le terrain donnent une véritable tendance stratégique. Là-bas, on joue en 4-3-3, en 4-5-1 ou en 3-5-2. Au rugby, on joue en 8-7. Point barre !

Si les Bleus veulent se convaincre de la chose, ils n’ont qu’à regarder ailleurs. En Nouvelle-Zélande, par exemple, où les compositions d’équipe sont délivrées cinq jours avant un match. Ou au pays de Galles, tiens ! Warren Gatland officialise (et rend donc publiques) ses compositions d’équipes jusqu’à six jours avant un match. Parce que les joueurs ont besoin de la connaître, cela s’entend, pour mieux travailler aux entraînements en collectif complet. Parce que, dès lors qu’elle est tranchée, une composition d’équipe n’a plus besoin d’être tenue secrète. Les Gallois, qui prennent le parti de ce boulet stratégique théorique, ne sont rien de moins que les champions d’Europe en titre, titulaire d’un Grand Chelem dans le dernier Tournoi 2019. Comme quoi, cela n’altère en rien la performance. Fausse excuse.

Alors, à quel moment les Bleus peuvent-ils penser que, en annonçant une composition d’équipe qui ne comporte franchement aucune surprise majeure, on les désavantagerait avant un match contre la treizième nation mondiale, dans un sport qui n’intéresse vraiment que dix pays ?

Dans un match où la rotation était annoncée et assumée, les remplaçants de Tokyo seront donc les titulaires de Fukuoka. Gabrillagues, de retour de suspension, emmagasinera du temps de jeu. Lopez et Machenaud, si précieux en fin de match face à l’Argentine, débuteront. Guitoune, qui ronge son frein, prendra le centre et la première ligne n’est rien d’autre que celle qui avait fini le travail face aux Pumas, exception faite de Demba Bamba, prévu mais blessé. On se demande encore comment, en révélant ce qui tenait de l’évidence, cela pourra avantager qui que ce soit.

Midi Olympique, comme d’autres avant nous, a donc rempli sa mission d’information dès vendredi, en annonçant la dite compo. Et que si les Bleus passent au travers face aux états-Unis, qu’ils sachent bien qu’ils en seront les seuls responsables.

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