• Contre l’Argentine, les Bleus ont moins utilisé le jeu au pied que les autres nations durant ce Mondial. Un arme que Camille Lopez pourrait utiliser un peu plus pour mettre la pression. Photo Midi Olympique - Patrick Derewiany
    Contre l’Argentine, les Bleus ont moins utilisé le jeu au pied que les autres nations durant ce Mondial. Un arme que Camille Lopez pourrait utiliser un peu plus pour mettre la pression. Photo Midi Olympique - Patrick Derewiany
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Coupe du Monde

Et si les Bleus prenaient leur pied...

Contrairement à l’édition 2015, la Coupe du monde au Japon est censée sacrer le jeu au pied, dans la droite lignée du jeu proposé par les grandes nations depuis deux ans. Las, la France semble traîner la patte. Explications.

C’est un fait intangible dans la culture française. Le jeu au pied n’est que trop rarement prioritaire. Un exemple ? Lors du premier match de ce Mondial face au Pumas, les Bleus n’ont tapé que 24 coups de pied quand les Anglais contre les états-Unis, dans une rencontre où l’on pouvait imaginer qu’ils produiraient plus de jeu, ne sont pas sortis de leur système et en ont claqué 35. La différence est immense. "Ce n’est pas notre philosophie à la base, se justifie le trois-quarts centre de l’équipe de France Sofiane Guitoune, mais on y travaille de plus en plus. Je n’ai jamais tapé autant de coups de pied à l’entraînement que ces dernières semaines. C’est une arme redoutable pour mettre de la pression dans le camp adverse."

Justement, cette "arme redoutable", parlons-en. Après le Mondial 2015 qui avait sacré le jeu de possession, de mouvement et de passes, un sérieux coup de frein a été orchestré par les stratèges de l’organisation défensive. Ces derniers ont évidemment cherché à réduire l’espace des attaquants. Allez donc demander à Fabien Galthié pour quelles raisons il a imposé la "rush défense" chez les Bleus ! En fermant les extérieurs et parfois même le centre du terrain, les équipes ont entraîné un changement de philosophie. Puisque faire circuler le ballon sur les extérieurs est devenu trop complexe, les attaquants ont trouvé refuge dans le jeu au pied, mettant au point des stratégies très efficaces. "C’est un élément qui devient de plus en plus important, confirme le demi d’ouverture Camille Lopez. Les Anglais nous l’avaient fait dans le Tournoi. C’est un peu leur fonds de commerce. On essaie de le mettre en place. Il y a des matchs durant lesquels il faudra en abuser, ce sera la stratégie et il faudra y rester, et d’autres où il faudra s’en servir un peu moins."

Seulement, ce n’est pas dans la nature des Bleus. Que ce soit Romain Ntamack ou Camille Lopez, ces deux joueurs n’ont pas été éduqués de la sorte. "Si je prends mon exemple, j’ai été formé à l’ouverture jusqu’à mes 18 ans, sourit Sofiane Guitoune. Et j’avais interdiction de jouer au pied. C’était priorité au jeu à la main." "Mais s’il faut en abuser, on abusera, reprend l’ouvreur de l’ASM Clermont-Auvergne. Face à une défense en place, tu ne peux pas te permettre de taper, taper dedans pendant des heures sans inverser la pression."

Le dada de Galthié

Depuis son entrée en action auprès du XV de France, Fabien Galthié a pris ce dossier à bras-le-corps. À l’entraînement, il ne cesse de répéter qu’il faut taper avant d’être obligé de taper. "Ce n’est pas simple à mettre en place, souligne encore Guitoune. C’est de la lecture de jeu. Il faut absolument regarder avant de recevoir le ballon. Après, c’est aussi à double tranchant. Je vous donne un exemple : si vous tapez un mauvais jeu au pied et que Cheslin Kolbe le récupère, ça peut faire mal (rires)." C’est pourquoi depuis le début de la préparation du Mondial, ce secteur de jeu a souvent été l’objet d’un travail minutieux. Samedi matin sur la pelouse du Suizenji Athletic Fied de Kumamoto, il en était encore question. "On a eu une situation de jeu où Romain (Ntamack) a tapé au pied alors qu’il y avait un de décalage, raconte Guitoune. On en a parlé ensuite avec Fabien (Galthié). Il m’a dit : "Même si ta situation est bonne, à partir du moment où Romain a pris cette décision, tu dois suivre."" A priori, faire évoluer les mentalités n’est pas aussi simple que ça.

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