• Timothy Lafaele, le centre japonais né à Moto’otua, aux Samoa, devrait être aligné face à son pays d’origine ce samedi. Un match particulier pour lui et sa famille même si le jeune  Timothy émigra très jeune en Nouvelle-Zélande puis au Japon pour poursuivre sa scolarité et son désir de devenir international.
    Timothy Lafaele, le centre japonais né à Moto’otua, aux Samoa, devrait être aligné face à son pays d’origine ce samedi. Un match particulier pour lui et sa famille même si le jeune Timothy émigra très jeune en Nouvelle-Zélande puis au Japon pour poursuivre sa scolarité et son désir de devenir international. Icon Sport / Icon Sport / Icon Sport
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Lafaele, made in Japan

Bien qu’étant le seul joueur des Brave Blossoms né aux Samoa, leurs futurs adversaires, le prodigieux centre a bel et bien été formé au Japon. Récit d’un parcours pas comme les autres.

Timothy Lafaele est un être à part. Il est un joueur à part, déjà. Car depuis le début de la compétition, le second centre des Brave Blossoms crève littéralement l’écran. Il avait déjà fait lever les foules lors du match inaugural contre la Russie en réussissant des passes après contact d’un autre monde. Mais ce n’était que face à la défense faiblarde des Russes.Nous l’attendions au tournant face à l’Irlande. Avec un type de la trempe de Garry Ringrose en face, on imaginait que le centre des Sunwolves ne pourrait pas réaliser ses tours de passe-passe. Manqué. Le magicien Lafaele a sorti encore d’autres lapins de son chapeau. Des chisteras croisées, décroisées, au poignet, le tout dans un timing remarquable... C’est grâce à lui que Kenki Fukuoka marqua l’essai de la délivrance : une superbe passe sur un pas alors que l’arrière irlandais Rob Kearney montait sur lui en pointe pour lui coller une manchette qui n’a, bizarrement, pas été relevée par le corps arbitral...

Avant le match, Joe Schmidt "himself" l’avait cité comme étant capable de servir ses coéquipiers dans n’importe quelle position : "Le fait qu’il me cite est flatteur mais je sais que les Irlandais m’attaqueront aussi. J’espère pouvoir gérer au mieux cette pression défensive", avait répondu en toute sérénité le joueur. In fine, il l’a carrément renversée ! Et aux côtés du percutant Ryoto Nakamura, qui lui aussi réalise un Mondial époustouflant, le centre de 28 ans sort de l’anonymat de la même façon que l’avait fait un certain Amanaki Mafi il y a quatre ans. Mais revenons-en à notre point de départ : oui, Timothy Lafaele est un être à part. Tout simplement parce que parmi les treize joueurs étrangers des Brave Blossoms, il est le seul à être né aux Samoa, le futur adversaire des Brave Blossoms.

Kajihara : "à son arrivée, Tim n’avait aucune confiance en lui"

S’il est expansif sur le terrain, le centre des Sunwolves l’est en revanche beaucoup moins dans ses prises de parole. Visiblement impressionné par la cinquantaine de journalistes japonais réunis en conférence de presse, ses réponses furent aussi rapides que ses prises de décision : "Affronter les Samoa ? Ce sera vraiment un match très spécial pour ma famille, en effet." Merci Timothy ! Et sur les adversaires ? "Les Samoans sont très physiques, mais on ne va pas changer notre façon de défendre" Super ! Et sur sa venue au Japon ? "J’ai eu envie de découvrir une nouvelle culture, et un autre rugby. Avec le recul, je me dis que ce fut plutôt une bonne décision." à ce moment-là, on a jeté l’éponge et préféré s’adresser à l’ancien flanker international Hiroyuki Kajihara, qui fut son premier entraîneur à son arrivée au Japon en 2010. "Tim est né aux Samoa mais a déménagé à Auckland où il a intégré le De la Salle College", raconte Kajihara. Un établissement renommé qui a formé plusieurs grands noms du rugby à XIII et à XV comme Jeff Lima, Piula Faasalele, Isaia Toeava ou encore John Kirwan. Malheureusement pour lui, Lafaele ne semble pas avoir les qualités physiques pour connaître la même destinée. On le trouve trop maigre et pas assez courageux en défense. Mais sa formation néo-zélandaise lui a donné une excellente vision du jeu ainsi qu’un très bon jeu au pied. C’est alors qu’un recruteur de l’université de Yamanashi, installé en Nouvelle-Zélande, le repère, et le propose au club.

Il s’est mis en tête de devenir international

En 2010 il s’engage pour quatre ans avec l’université nippone et passe sous les ordres de Kajihara, qui se souvient bien sa rencontre : "à son arrivée, Tim n’était ni fort ni massif. Il était même maigre et n’avait aucune confiance en lui. En revanche, c’était un sacré bosseur. Il travaillait même dans son coin quand il n’y avait pas entraînement... et les jours "off" sont rares chez nous ! Un jour, il m’a demandé ce qu’il fallait faire pour accéder au haut niveau. Je lui ai répondu qu’il devait travailler sa technique de plaquage et s’étoffer physiquement. En tant qu’ancien flanker, je l’ai fait bosser dur. Très dur. Mais il encaissait. Arrivé à sa quatrième année d’université, il s’est mis en tête de devenir international. Je lui ai alors dit de croire davantage en lui parce qu’il faisait tout pour réussir. Il était enthousiaste à l’apprentissage du japonais et sa communication sur le terrain était bien meilleure que les autres étrangers." Et le travail paya. En 2014, il signa son premier contrat professionnel avec les Coca-Cola Red Sparks. Deux ans plus tard, il exauça son rêve en décrochant sa première cape face à l’Argentine à Tokyo. L’année suivante, il intègre la franchise des Sunwolves. La suite, vous la connaissez. La Russie, l’Irlande, et maintenant les Samoa. Là où tout a commencé. Mais quoiqu’il arrive dans cette Coupe du monde, Lafaele est déjà attendu à Yamanashi. L’université a d’ores et déjà annoncé la tenue d’une grande cérémonie en son honneur, histoire d’honorer le plus brillant de ses élèves. Sauf que Timothy Lafaele va tenter de repousser la date des célébrations le plus tard possible...

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