Bagnards et fiers de l’être

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L’événement de la soirée était le 50e guichet fermé consécutif du club en Top 14. L’occasion de passer la rencontre avec les Bagnards, l’un des trois groupes de supporters des Jaune et Noir.

L’avant-match

Ils s’appellent Sylvain, Philippe, Maxime, Pierre ou encore Gwen et ont tous un point commun ; la passion du Stade rochelais. À l’heure où l’équipe de Jono Gibbes et Ronan O’Gara balbutient encore leur rugby et peinent à trouver leur rythme de croisière, les supporters de La Rochelle, eux ne faiblissent pas. Qu’il pleuve, vente, neige, rien ne change et le stade Marcel-Deflandre continue de faire le plein depuis le 2 janvier 2016. Samedi soir, le rendez-vous avait été pris devant le centre de formation où arrivent le groupe et l’encadrement. Plus d’une centaine de supporters attendaient leurs joueurs avec fumigène, tambours et chants. Un comité d’accueil impressionnant qui a notamment surpris le pilier international Dany Priso. "En arrivant au stade, je suis toujours dans ma bulle avec ma musique et je trace mon chemin. Là, lorsqu’on est arrivé, il y avait des fumigènes, les supporters nous attendaient. Il y en a qui ont même failli s’étouffer après être passé (rires). On a le meilleur public en France." En tout, ils sont 48 à faire partie du club des Bagnards rochelais, fondé le 6 juin 2012. Chacun a sa petite habitude avant le match. Si tout le monde se retrouve deux heures avant le coup de sifflet pour accueillir les joueurs, certains se donnent rendez-vous à une pizzeria à deux pas du stade pour "casser la croûte" et discuter de la future rencontre, du XV de France, en somme de tout ce qui touche de près ou de loin au rugby. Gwen s’occupe de mettre l’ambiance au tambour. Quatre-vingts minutes à côté de lui et vos oreilles vous implorent de vous mettre en quarantaine pendant quelques jours. Lui a l’habitude et accompagne la présentation de l’équipe du soir scandé par Chloé Stevenet au micro depuis de longues années. Si certains ont la chance d’être en tribune, abrités, d’autres sont présents en "pelouse". Des Bagnards, on en croise un peu partout à l’intérieur du stade. C’est le cas de Pierre, abonné depuis cinq ans. "C’est une fierté d’être ici, à tous les matches. Ce cinquantième guichet fermé, je trouve que ça montre bien notre engouement pour le club."

Le match

Malgré la belle ambiance pour l’entrée des joueurs, les coéquipiers du capitaine Romain Sazy sur le terrain subissent les trente premières minutes face à des Brivistes décomplexés. Menés 14 à 6 par le promu, le doute envahit légèrement les supporters. "On n’arrive pas à se trouver", entend-on par ci, "Réveillez-vous !" par là. La fête pourrait-elle être gâchée ? C’était sans compter la supériorité des "gros" avec une première ligne Priso-Bourgarit-Herrera qui a littéralement fait exploser son homologue briviste comme en atteste l’essai de pénalité à la 32e minute, qui a réveillé les 16 000 personnes de Marcel-Deflandre. À la mi-temps, les Rochelais avaient refait leur retard et menaient 20 à 14. Rassuré bien que perfectionniste, Philippe nous raconte sa passion pour le club. "En 40 ans, j’ai dû rater 2 matchs. Un parce que j’avais la jambe cassée, l’autre car j’étais vraiment malade. Mon fils est le président du club des Bagnards rochelais. Il y a mes deux petits-fils qui sont aussi ici et il y a encore un tout-petit à la maison. Je peux vous dire que ce n’est pas près de s’arrêter." Dans un sourire, père et fils se souviennent du club il y a encore quelques années, du stade qui n’avait pas grand-chose à voir avec celui que connaît aujourd’hui le grand public. "On a vu l’évolution du club, raconte Maxime. Et c’est vrai qu’on est devenu plus exigeants avec le temps mais on n’oublie pas." Des propos qui concordent avec les mots du président Merling avant la rencontre. "Bien évidemment que dans nos rêves les plus fous, on n’imaginait pas cela. Ça a donné de l’envie aux gens, de l’attente, on le ressent et il faut faire attention à ne pas faire du résultat sportif la priorité absolue par rapport à notre ambition de construire un club fort, durable, solide." La seconde période est de meilleure qualité pour La Rochelle. Malgré encore certains soucis pour se trouver, les Jaune et Noir marquent trois essais et décrochent le bonus offensif. Le 50e guichet fermé ne sera pas gâché. Après le tour d’honneur des joueurs, tous les "raillés" se réunissent souvent au bar des Bagnards situés en dessous de la tribune Port-Neuf. Un moment incontournable pour refaire le match. "On n’a pas l’habitude de perdre ici donc c’est souvent dans la bonne humeur qu’on se retrouve", dit Sylvain dans un sourire. Mais les quelques défaites, on s’en souvient d’autant plus."

L’après-match

"C’est extraordinaire. On dit qu’on est des privilégiés mais parfois on ne se rend pas compte qu’on est dans un tel contexte, expliquait l’entraîneur des avants Grégory Patat. "16 000 personnes depuis 50 matches, quand on est acteur de ce sport, on vit pour des émotions avant tout et ce public nous en procure beaucoup." Contre Brive, tout n’a pas été parfait malgré les 41 points au compteur. Gregory Patat le sait. "J’ai aimé le caractère de nos joueurs. […] Après c’est laborieux, tout le monde est frustré car toute la semaine il y a de bonnes sessions et on a dû mal à le voir en compétition. Il faut continuer à bosser, courber un peu le dos et on va essayer de se redresser dans le futur." L’essentiel est pourtant acquis. Grâce à cette victoire bonifiée, les Rochelais se retrouvent sixièmes et prennent un peu de confiance avant le choc face au Racing, qui sera une nouvelle fois à guichets fermés, on n’en doute pas. "S’abonner au Stade rochelais ? Ça devient difficile... Je vais vous dire quelque chose, confiait l’un des Bagnards croisé dans le stade. Il faut parfois même attendre un décès, c’est un truc de fou !" Le mot de la fin est donné au directeur général Pierre Venayre qui résume parfaitement l’engouement à La Rochelle : "On n’a pas 16 000 spectateurs mais 16 000 amoureux du club."

Paul Arnould
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