• Oita, petite ville du Sud du Japon, accueillera samedi deux quarts de finale et 30 000 supporters venus de toute l’Europe.
    Oita, petite ville du Sud du Japon, accueillera samedi deux quarts de finale et 30 000 supporters venus de toute l’Europe. Patrick Derewiany / Midi Olympique / Patrick Derewiany
  • Oita  s’apprête à chavirer
    Oita s’apprête à chavirer Patrick Derewiany / Midi Olympique / Patrick Derewiany
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Oita s’apprête à chavirer

La ville d’Oita, où se dérouleront ce week-end deux des quarts de finale de la compétition, n’est pas une beauté mais regorge de multiples plaisirs.

C’était samedi matin, devant la gare d’Oita, une petite ville sans véritable charme, du Sud de l’archipel. Irako, un étudiant en arts plastiques qui arrondit ses fins de mois en vendant des journaux au kiosque du coin, ouvrait de grands yeux ronds : "La semaine prochaine, quand les Gallois, les Français et les Anglais vont arriver, on ne va plus reconnaître Oita ! Ce sera fou !" Pour deux des quarts de finale de la compétition, ce sont en effet près de 30 000 supporters de toute l’Europe qui sont attendus dans ce morceau de Japon protégé par les montagnes et épargné par les derniers coups de semonce du typhon Hagibis.

Cette semaine, ce port de pêcheurs à l’architecture incertaine ("Comment un peuple si piqué d’harmonie peut-il construire des villes aussi ternes ?", nous faisait dernièrement remarquer un ami) va ainsi basculer vers une folie douce et à laquelle il s’est bon an mal an préparé. À Oita, les petits restaurants de la ville ont donc profité des subsides de la Coupe du monde pour se refaire une beauté, pousser les murs étroits et traduire les menus en anglais. Les bars à Karaoke, eux, ont changé les néons de leurs devantures, recruté à la hâte des étudiants et incorporé quelques grands moments de variété française (Joe Dassin, Mireille Mathieu, ça ne s’invente pas…) à un répertoire jusqu’ici dévoué à la pop japonaise et anglo-saxonne.

Non loin, Beppu et ses merveilles

Et puis, pour les supporters français en escale à Oita et qui éprouveraient cette semaine un vrai besoin de nature, il suffirait en fait de prendre le train à la gare centrale et d’embarquer pour Beppu, la destination voisine. Là-bas, ils découvriraient même une station balnéaire sublime, unique, construite sur un volcan et tributaire des excentricités de mère nature. De fait, Beppu la paisible, posée sur la lave et tournée vers la mer, est une cocotte-minute gigantesque et, au hasard de ses rues, des jets de vapeur d’eau surgissent d’une trappe, d’une bouche d’égout, nous rappelant dans un relent de soufre que le monde gronde et brûle, à vingt mille lieues sous les mers. Dans les restaurants de la ville, on se sert d’ailleurs de la chaleur venant de la terre pour cuire ses aliments, viande, poissons, pâtes et pommes de terre, tous placés dans un four naturel et alors chauffés par les forces primaires de la planète.

Le rugby, vous dîtes ? Il n’aura pas droit de citer à Beppu et prendra place, à Oita, sous un dôme de ferraille assez imposant et non moins sublime, dont le toit coulissant reste fermé les soirs de match. Du coup, il fait relativement chaud à l’intérieur de l’enceinte et, sur la pelouse, les mains sont moites et le ballon glissant. Le jour où les All Blacks ont affronté là-bas les Canadiens, les doubles champions du monde ont par exemple commis dix-huit fautes de main, un ratio très inhabituel chez eux, pour dire le moins. Alors, si on peut se permettre de glisser un conseil : mettez de la résine, petits bleus !

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