XV de France : la chance au tirage

  • Rhys Patchell sera-t-il aligné face aux Français en quarts de finale ? il est encore trop tôt pour le dire mais ces Gallois paraissent prenables. Photo Icon Sport
    Rhys Patchell sera-t-il aligné face aux Français en quarts de finale ? il est encore trop tôt pour le dire mais ces Gallois paraissent prenables. Photo Icon Sport
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Si les statistiques de victoires font du pays de Galles un ogre, le contenu de leurs matchs livre un verdict plus mesuré. Et si le pays de Galles était le meilleur tirage pour les Bleus ?

Ce sera donc le pays de Galles. Évident ? Ça le paraissait, oui, à l’ouverture d’un dernier week-end de phase de poule où les hommes de Gatland avaient déjà battu l’Australie, les Fidji et n’avaient plus qu’un travail à finir, face à la modeste Uruguay. Un temps, l’affaire a viré à la farce. Enfermés par la défense latino, où la paire de centres Cat-Vilaseca dominait franchement l’adversaire les Gallois n’étaient devants que d’un petit point à la pause (7-6). Ils se sont finalement évité le délit d’une défaite hors de propos. Sans briller, toutefois.

Ce sera donc le pays de Galles. Est-ce une bonne affaire ? On n’oserait le dire de façon si abrupte. Après tout, les hommes de Cardiff sont assis sur un Grand Chelem dans le dernier Tournoi des 6 Nations et aucune défaite en compétition officielle depuis dix-huit matchs. L’Argentine, l’Angleterre, la France, l’Afrique du sud et l’Irlande sont tous, dans ce laps de temps, passés par le fil de leur épée. Ça vous classe une équipe et, du même coup, un adversaire. Ça en fait surtout un grandissime favori face à des Bleus qui, dans le même laps de temps, ne comptent que sept succès en dix-neuf matchs de compétition officielle (36 % de victoires)

Ce sera donc le pays de Galles. Et une idée émerge tout de même de cette confrontation, pourtant si déséquilibrée statistiquement : sur le chemin caillouteux vers ces phases finales, les Bleus ne semblent pas les plus mal lotis. Se débarrasser du XV du Poirot n’aura rien d’une sinécure, mais celui-ci apparaît moins effrayant que l’Afrique du sud, l’Angleterre ou la Nouvelle-Zélande, qui squatteront les trois autres quarts de finale. Ce sera donc le pays de Galles. Et on finit par se dire que le coup est franchement jouable.

Un réalisme qui compense des difficultés défensives

Cette phase de poule, que les Gallois ont terminé en tête et invaincus, confirme paradoxalement ce sentiment. Pas franchement à l’aise face à la Géorgie, ils ont sorti un premier gros match face à l’Australie. Remporté (29-25) malgré la sensation qu’ils aient été dominés. Ce sentiment s’est répété face aux Fidjiens où, réalistes, ils ont gagné un match qu’ils n’ont jamais semblé maîtriser. Surtout, sur ces deux matchs, ils sont apparus en difficulté dans un secteur où ils excellent habituellement, et sur lequel ils avaient construit leur dernier Grand chelem : la défense. Prenez, par exemple, ces 25 plaquages ratés contre les Fidjiens. "J’ai constaté cette statistique. Puis je me suis demandé pourquoi, et surtout sur qui on avait manqué tous ces plaquages. Seize de ces plaquages ont été manqués sur leurs ailiers (Radradra et Tuisova). On peut le dire, ils ne sont pas les êtres humains les plus faciles à plaquer" tempère Shaun Edwards, justement entraîneur de la défense au pays de Galles et bientôt spécialiste de ce secteur au chevet de l’équipe de France. "Si quelqu’un possède un guide du plaquage sur Josua Tuisova, je suis preneur. Ce sont des athlètes fabuleux. Évidemment, cela reste trop de plaquages manqués mais si on prend en compte le reste de l’équipe, on n’a raté que neuf plaquages." Alors, sereins, ces Gallois ? Pas tellement. "Quand on se projette sur ce qui nous attend, on se rend compte que la France a aussi dans ses rangs des joueurs extrêmement doués, aussi forts athlétiquement. On va devoir faire mieux sur ce secteur de jeu." Ça n’est pas apparu flagrant ce dimanche, face à l’Uruguay, où les Gallois ont étonnamment souffert après avoir énormément fait tourner (13 changements par rapport au match des Fidji).

Un effectif sous tension

C’est l’autre enseignement de ces phases de poule, les concernant : si leur XV de départ est clairement établi depuis un an au moins, l’effectif gallois ne semble pas profiter de la même profondeur que le "Big 3" (Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud, Angleterre). C’est justement problématique parce que Warren Gatland déplore des blessures dans ses rangs. Et pas n’importe qui. Jonathan Davies, déjà, grand patron de ce système défensif dont les Gallois sont aujourd’hui orphelins. Jouera-t-il le quart ? "La dernière imagerie qu’il a passée est revenue sans signe inquiétant, ce qui est évidemment une très bonne nouvelle pour nous car les médecins, initialement, étaient assez inquiets pour lui", jure Gatland. Mercredi dernier à Oita, "Fox" Davies quittait le stade en boitant franchement bas. À suivre.

L’autre point de tension concerne le poste d’ouvreur. Gareth Anscombe, titulaire du Tournoi, a déclaré forfait dès cet été. Son remplaçant, Dan Biggar, ancien titulaire du poste ? Il vient d’enchaîner deux commotions cérébrales en neuf jours. À son sujet, la communication galloise se veut rassurante. Un peu trop pour être franchement honnête. "Dan n’a ressenti aucun symptôme le lendemain, ce qui est super. Il est très bien suivi par l’équipe médicale. Il dit qu’il se sent très bien." Gatland insiste encore, à son propos, comme pour mieux préparer le terrain d’une titularisation qui fera forcément polémique. "Il travaille avec des médecins indépendants, pour plus de clarté. Et ils sont très satisfaits de son évolution. Ça va aller pour Dan. […] Je pense que dans les deux prochains jours, j’aurais récupéré mes 31 joueurs à disposition" Dans un tel contexte, voir Biggar débuter un quart de finale de Coupe du monde tiendrait toutefois de l’insulte au débat actuel sur la santé et la protection des joueurs. Mais la dernière option à l’ouverture se nomme alors Rhys Patchell. Dont la dernière sortie, lors de la pâle victoire face à l’Uruguay dimanche, n’a rien pour inquiéter les Bleus.

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