• Thomas Laranjeira (Brive) contre Clermont
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Portraits

Laranjeira : l’adroit au but

Thomas Laranjeira, arrière de Brive, meilleur réalisateur de Pro D2 la saison passée et buteur le plus précis sur le début de saison parmi les artilleurs réguliers, nous parle de son approche de cet exercice dont il n’assume véritablement la responsabilité que depuis un an.

Si son geste n’a pas changé au fil des années, Thomas Laranjeira a progressivement repensé son mode d’entraînement. Explications : "Avec le temps, j’ai appris à moins me fier aux autres. Au début, j’écoutais beaucoup Wilko qui disait taper tous les jours. J’ai voulu faire comme lui. Mais ça ne marchait pas sur moi. Notamment parce que j’avais des épisodes de pubalgie dus à la répétition des tirs au but. Tous les buteurs sont différents, c’était une erreur de vouloir copier Jonny. Au contact de Gaëtan (Germain), j’ai pris un autre rythme. Il était très à l’écoute de ses sensations : s’il ne sentait pas ses premiers coups de pied, il reportait la séance. De mon côté, j’étais borné, je tapais quoi qu’il arrive. Mais à l’arrivée, tu en viens à changer ton geste, à contracter des blessures… J’ai pris du recul et je suis davantage à l’écoute de mon corps." Il n’en reste pas moins un acharné : "Ce n’est pas une charge de travail à mes yeux, c’est du plaisir. Bien sûr, ça veut dire passer plus de temps sur le terrain que d’autres." Si tout va bien, son planning est ainsi calé : "C’est trois fois par semaine, les mardi, jeudi et vendredi. Avec à chaque jour des zones de frappes précises. J’en ai besoin, ça me rassure." Pour l’heure de vérité : "Le jour du match, tu as un score, tu as l’environnement… C’est un contexte différent mais le fait d’avoir répété le geste permet d’être plus serein… La pression existe mais tu te crées ta bulle. C’est ce qui permet de rester délié malgré tout.

Jusqu’à la saison 2017-2018, Thomas Laranjeira était considéré comme un second choix au poste de buteur. "Ce n’était pas une remise en question de ses qualités. C’est juste qu’il y avait Gaëtan Germain, un buteur hors norme avec un jeu au pied très long, dont le nom était couché en premier sur la feuille de match", rappelle Jeremy Davidson. Thomas Laranjeira confirme : "J’étais derrière Gaëtan, ce qui était normal. Il a été très précieux dans ce rôle. J’ai profité de cette période pour beaucoup travailler et apprendre à ses côtés. La descente est passée par là et a fait partir Gaëtan. J’ai alors eu ce rôle de numéro 1." En 2017-2018, Samuel Marques assume cette responsabilité mais sans grand succès. Thomas Laranjeira prend sa suite, avec brio. Il termine la saison avec 344 points au compteur : "Devenir le buteur principal ? Ce n’était que du plaisir. Je ne le vois pas comme un poids mais comme une chance : toutes les heures d’entraînement payent enfin. Je trouve que cette position est plus facile à appréhender. Quand tu es buteur par intermittence, tu as davantage la pression à mes yeux : tu ne dois pas te louper quand tu es sollicité, sinon tu peux être encore plus rétrogradé. Là, tu génères plus de confiance et ça rejaillit. C’est une part de mon rôle que j’aime beaucoup." Jeremy Davidson apprécie, aussi : "Il est devenu incontestable à ce niveau comme dans le jeu."

"Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours aimé les tirs au but. " L’action de buter est venue naturellement chez Thomas Laranjeira : "Même tout petit, dès que j’avais un moment de libre, je demandais à mon père d’aller au terrain pour taper dans le ballon. De manière générale, j’ai toujours été admiratif des buteurs." L’ouvreur de formation a logiquement assumé cette responsabilité en grandissant : "Dès que je suis arrivé à la catégorie où les tirs au but sont instaurés, c’est-à-dire en cadets, j’ai eu ce rôle et j’ai apprécié le challenge." Le geste est venu instinctivement. Il est resté le même au fil des années : "J’ai une frappe que l’on peut qualifier de naturelle. Elle n’est pas trop robotisée. Ma prise d’élan, aussi, n’est pas trop marquée. J’ai gardé une certaine fluidité."

Avec 23 coups de pied réussis sur 25, Thomas Laranjeira pointe en haut du classement des artilleurs les plus précis du Top 14 en ce début de saison (avec au moins 25 tentatives), aux côtés d’Anthony Belleau. "Il est impressionnant dans sa capacité à être régulier dans ses coups de pied, souligne Jeremy Davidson. Il n’y a pas de hasard : il est probablement le joueur le plus professionnel de l’effectif, celui qui s’entraîne le plus, qui prend le plus soin de son corps, qui est toujours disposé à rajouter des séances." Jusqu’à la saison passée, son taux avoisinait davantage les 75 %. Le travail paye. Mais pas seulement. "Ce qui a changé ? C’est la confiance, tout simplement, évoque l’intéressé. Le fait d’enchaîner les coups de pied et les matchs apporte beaucoup en termes de confiance, de repères, d’habitudes… Il y a la maturité qui vient aussi. La pression reste la même mais ça donne plus de confort au niveau des sensations et de l’approche mentale." En pleine réussite, le polyvalent trois-quarts se détache des statistiques. Et pas par superstition : "J’essaye de ne pas me polluer l’esprit avec les chiffres. Le risque est d’avoir un excès de confiance. Et je ne veux pas dénaturer le plaisir simple de buter en me mettant tel ou tel objectif." L’exercice requiert en effet de la modestie : "Les pourcentages, ça peut aller très vite dans l’autre sens. Si tu en loupes quatre ou cinq sur un match, ça chute rapidement."

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