Shaun Edwards, l’homme d’un système

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Réputé dans le monde entier et tenu pour responsable de plusieurs titres majeurs remportés par les Wasps ou le pays de Galles, le système défensif prôné par Shaun Edwards est forcément multiformes. Il évolue en fonction des hommes qui le composent et de l’adversaire. Avec quelques constantes, toutefois, ici décryptées.

La "blitz défense" a fait ses preuves

La philosophie majeure apportée dès ses débuts (2001) par Shaun Edwards au secteur de la défense, c’est l’idéal du pressing, appelé "blitz défense" ou, de notre côté de la Manche, la "rush défense". Dans ses dispositions, la défense n’est pas seulement là pour stopper l’attaque et l’endiguer : elle doit prendre le dessus, dominer l’attaque et devenir une arme. Ce que Laporte appelait de ses vœux, dans nos colonnes au sortir du dernier Tournoi. "Ne confondez pas défendre et plaquer ! Quand je dis bien défendre, c’est parvenir à agresser l’adversaire dans le bon sens du terme, et progresser en défendant. Plaquer en reculant, ce n’est pas bon !" Avec Shaun Edwards, Laporte serait comblé. Au chevet du pays de Galles, l’Anglais a mis en place un système adapté à ces principes : 13 joueurs sur le premier rideau, ce qui permet à plusieurs d’entre eux, successivement, de monter en pointe pour gêner les transmissions, coffrer le porteur de balle en gagnant du terrain ou, le cas échéant, tenter une interception. Au pays de Galles, ce sont généralement Gareth Davies puis Jonathan Davies qui prennent cette responsabilité. Ou pas. Ils sont les vrais patrons et décideurs de la défense galloise.

S’ils se risquent à ces montées en pointe pour inverser la pression, c’est que le premier rideau est si dense que, dans leur dos, leurs coéquipiers ferment les espaces. Dans le fond du terrain, deux hommes seulement : l’arrière, bien sûr mais aussi l’ouvreur et l’ailier du côté fermé qui alternent et oscillent comme des pendules. Ce qui permet à l’ailier grand côté de rester dans la ligne. Ce qui impose, aussi, un ouvreur fort sous les ballons hauts.

L’arbitre au centre de la défense des rucks, généralement peu contestés

Au moment de choisir son système de défense sur les points d’impact, Shaun Edwards commence par s’intéresser à l’arbitre. Il lui accorde même une importance centrale dans sa réflexion. Il justifie : "L’arbitre a un impact énorme sur le match, ce qui nécessite de le prendre en compte. Déjà, il ne peut y avoir aucun commentaire de ses décisions sur le terrain, ce qui donnerait à l’adversaire des pénalités faciles." Ensuite, Edwards analyse son degré de permissivité dans le jeu au sol. "Certains arbitres laissent beaucoup d’engagement dans les rucks. Avec d’autres, ça ne sert même à rien de se lancer dans la bataille. Shaun les analyse tellement qu’au moment où vous entrez sur la pelouse, vous savez exactement à quoi vous en tenir et quel comportement adopter dans les zones de rucks" se souvient le troisième ligne Martyn Williams dans les colonnes de Wales Online. "Shaun a décrypté chaque détail et vous en a imprégné pendant la semaine. Ensuite, il y a l’adaptation à l’adversaire. Le système défensif est un socle mais chaque semaine, il arrive avec trois ou quatre adaptations par rapport à ce qu’il a observé. Il est capable de prévoir sur quelle phase de jeu adverse le porteur de balle aura un seul soutien, deux, trois ou aucun. Et quel est le bon moment pour aller contester la possession du ballon." C’est primordial : pour défendre à treize sur un premier rideau, il faut consommer très peu de joueurs dans les rucks défensifs. Et n’y aller que quand le coup est vraiment viable.

L’inventeur du "choke tackle"

Popularisé et sublimé par les Irlandais et Joe Schmidt, d’abord au Leinster puis avec le XV de Trèfle, le principe du "choke tackle" se décrit succinctement comme suit : empêcher le passage par le sol de l’attaquant et lui bloquer le ballon, pour empêcher une transmission après contact. Après quelques secondes, l’arbitre annonce "maul" et, le ballon désormais "enterré", la défense en récupère la possession sur mêlée fermée.

La pratique est née en 2011, du cerveau fécond de Shaun Edwards. Le 11 septembre en ouverture de leur Coupe du monde néo-zélandaise, les Gallois étaient promis au supplice physique de l’Afrique du sud. Comment stopper les mastodontes Springboks ? Tout l’été, les Gallois ont travaillé en stage de préparation le "chop tackle", sans en dévoiler la pratique en matchs amicaux. La confrontation venue avec l’Afrique du Sud, ils ont dégainé leur botte secrète. Pas suffisant pour l’emporter (défaite 17-16) mais trois ballons récupérés à la clé. La pratique est depuis entrée dans le dictionnaire commun des entraîneurs de rugby.

Le premier défenseur, c’est le 9

Ailleurs, défensivement, le numéro 9 est souvent utilisé soit dans le côté fermé et proche des rucks, soit en couverture du deuxième rideau. Dans les systèmes pensés par Shaun Edwards, il se positionne dans la ligne de défense. Sur les premières phases de jeu, c’est lui qui choisit l’attaquant "cible" sur lequel il va monter en pressing, parfois en pointe et en sortant de sa ligne de défense pour gagner la ligne d’avantage. Ses coéquipiers, autour, s’adaptent à son choix et couvrent ses arrières. Lorsque les temps de jeu se multiplient, le demi de mêlée prend alors position plus souvent dans le côté fermé. Mais toujours dans la ligne, proche du ruck.

Ce rôle est particulièrement exigeant physiquement, puisque le numéro 9 doit coller aux rucks offensivement, pour dynamiser, mais aussi défensivement. Sur ce point, au pays de Galles, le duo Gatland-Edwards est intransigeant et réclame de ses demis de mêlée une forme physique impeccable. Cela se traduit en chiffre : avec leur province galloise engagée en Ligue celte, les demis de mêlée parcourent en moyenne, sur un match, 55 mètres par minute. Au niveau international, les systèmes mis en place par Shaun Edwards leur réclament en moyenne 75 m par minute, avec des pics à 100 m par minute. Colossal. D’autant que, au milieu de ces efforts, ils doivent garder la lucidité pour effectuer les bons choix pour leur équipe.

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