Un match pour tout oublier

  • Le XV de France a rendez-vous avec l’histoire en quart de finale de Coupe du monde face au pays de Galles. L’enjeu est multiple pour la crédibilité du rugby français, sa future gouvernance et sa popularité à venir avec,en toile de fond, le prochain Mondial en France en 2023.
    Le XV de France a rendez-vous avec l’histoire en quart de finale de Coupe du monde face au pays de Galles. L’enjeu est multiple pour la crédibilité du rugby français, sa future gouvernance et sa popularité à venir avec,en toile de fond, le prochain Mondial en France en 2023. Patrick Derewiany / Midi Olympique / Patrick Derewiany
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Pour ce qu’il représente, pour les perspectives qu’il dessine, ce quart de finale entre le pays de Galles et la France, dimanche à 9 h 15 à Oita, vaut son pesant d’or. C’est maintenant ou jamais, petits Bleus...

Il y a tant d’années que nous bouffons des pierres, tant d’années que nous regardons, impuissants ou presque, Néo-Zélandais, Irlandais, Gallois ou Anglais soulever les trophées, rafler les Coupes du monde, s’approprier le Tournoi et confisquer la Champions Cup. Il y a tant d’années que le XV de France se nourrit de rapines pour que l’on ne soit pas, tous autant que nous sommes, portés par ce désir de revanche et ce besoin d’exister. De fait, il y a dans le sillage de ce quart de finale de Coupe du monde beaucoup plus que quatre-vingt minutes, un ballon et des hommes. Il y a la perspective de se replacer sur l’échiquier mondial, de faire cesser les sarcasmes récurrents entourant la sélection nationale (lire en page 6) et tant de choses à ce point fondamentales. Les écoles de rugby sont en souffrance ? Des victoires en mondovision auront pour elles le mérite de les remplir à nouveau. Le rugby français manque de gueules, de stars ? L’accession au dernier carré d’une compétition telle que la Coupe du monde changerait la donne, offrirait à Romain Ntamack, Antoine Dupont ou Jefferson Poirot l’occasion de donner tort à Bernard Laporte, lorsque celui-ci martèle à l’envi que les internationaux français pourraient "tous remonter l’avenue des Champs Elysées sans être jamais reconnus."

Pour bien comprendre le degré d’espoir que suscite aujourd’hui dans l’Hexagone ce France - Galles, il suffit de se demander depuis quand le XV de France ne nous a-t-il pas fait rêver. Et par rêver, on entend rire, pleurer, bouillir, frissonner, pas le rêve en papier-bulle d’une victoire sur le gong contre l’Angleterre, d’une défaite injuste face aux All Blacks. Il y a donc huit ans, soir d’une finale de Coupe du monde à l’Eden Park, que le XV de France n’a plus fait grimper aux arbres les supporters d’un jour ou de toujours. C’est atroce, quand on y pense : la dernière grande émotion d’un rugbyphile en France remonte donc à une défaite, certes inoubliable, et son ultime élan de gloriole au Tournoi des 6 Nations 2010, date à laquelle Thomas Domingo, Mathieu Bastareaud et une mêlée qui fracasse offraient aux Bleus un Grand Chelem pas bien spectaculaire mais bel et bien immortel.

"J’y étais"

Vous nous rétorquerez probablement que le rugby français aime aussi ses clubs, son championnat et que le plaisir d’y combattre, le délice d’y exister pourrait ici se suffire à lui-même. C’est évidemment faux et en France, comme ailleurs, seule l’équipe nationale, son épopée et ses victoires, peuvent procurer des émotions capables de marquer une mémoire collective : en ce sens, le Concord Oval de Sydney en 1987, Twickenham douze ans plus tard, le Millennium de Cardiff en 2007 sont autant de balises qui jalonnent notre enfance, notre puberté ou notre pré-retraite, suivant que nous soyons jeunes ou caducs, puissants ou misérables.

Pour ce qu’il représente et les perspectives qu’il ébauche, on aime déjà ce match . On aime les gueules cassées de Guilhem Guirado et Alun-Wyn Jones, à la sortie du tunnel. On aime le Land Of My Fathers des paumés de Bridgend, le son mat du premier plaquage de Lauret sur Tipuric, le claquement de la première quille de Biggar. Vous dîtes ? à l’heure où il se présente à Oita, le XV de France est le plus mal classé (8e) des quarts de finaliste ? Sa mêlée tangue, son état physique préoccupe ? C’est vrai. Et on s’en fout. Bretons, Basques, bougnats, expats ou Parigots, nous sommes tous déraisonnables lorsqu’il est question de l’équipe de France en Coupe du monde. Vieux cons, jeunes imbéciles, nous avons tous attendu le début de la compétition gagnés par cette excitation proportionnellement liée à l’amour que l’on porte, de Saint-Nazaire à Chateaurenard, à cette équipe. Car si les clubs ont désormais leurs "propriétaires", l’équipe de France n’appartient par essence à personne. Par atavisme, elle est même le bébé de tous : de vous, de moi, de nous, des 300 000 licenciés regroupés au sein du bateau fédéral et des milliers de fadas qui avaient pour certains épargné des années, pour d’autres fait un emprunt, pour tous traversé le monde et vécu un foutu typhon dans le seul but de pouvoir dire un jour : "J’y étais".

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