Et James dompta la pluie

  • L’entrée de Brock James et le poids de ses choix notamment au pied ont permis aux Rochelais de contenir les velléités franciliennes. Photo Icon Sport
    L’entrée de Brock James et le poids de ses choix notamment au pied ont permis aux Rochelais de contenir les velléités franciliennes. Photo Icon Sport
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Sous la pluie battante et après un total ennui, la lumière est venue de Brock James entré en cours de jeu et salvateur pour les Maritimes qui se sortent péniblement du piège.

Jacky Lorenzetti s’est ennuyé. Longuement… Présent dans les tribunes du stade Marcel-Deflandre, le président sans filtre du Racing 92 n’a pas pu dissimuler ses bâillements devant l’absence de spectacle de ce La Rochelle - Racing. Il n’était pas le seul. Le bel affrontement promis sur le papier et la revanche du dernier barrage du Top 14 a fait "pschitt " comme elle le fera dans les annales de la saison. Mais après tout, chacun qui se souvient de la victoire à Colombes des Rochelais l’an dernier aurait pu l’anticiper. Alors nous pourrions commencer par vous parler des conditions climatiques, dantesques et de cette pluie, interminable et faisant de chaque passe réussie un petit miracle. Nous pourrions commenter en détail la conquête rochelaise du soir en extrême difficulté, notamment la touche en première période et des cinq ballons perdus face aux Golgoths franciliens Donnacha Ryan, Boris Palu et consorts. Nous pourrions même vous parler de ce combat féroce entre "gros", de la violence des chocs dans les rucks, de la combativité rochelaise, belle à voir ou encore de ces incommensurables et injouables ballons hauts qui ont inondé Deflandre pendant 80 minutes. Pourtant dans ce néant rugbystique ou du moins dans cette bouillie de rugby, un homme a tiré son épingle du jeu et a retiré une grosse épine du pied de son équipe. Le gaillard est pourtant bien connu du Top 14 depuis de longues années. Son talent n’est plus à prouver mais cette rencontre a sans doute convaincu les derniers sceptiques de son utilité et des raisons qui ont poussé le Stade rochelais à le faire revenir de Gironde pour sa dernière saison en professionnel. Pourquoi dernière ? Car Brock James, bientôt 38 printemps, raccrochera les crampons en fin de saison après 16 ans de rugby derrière lui. Remplaçant au coup d’envoi, rôle qui lui est promis depuis la deuxième journée et sa titularisation contre le Stade français, l’Australien a passé 50 minutes à regarder ses copains peiner face à des Racingmen sérieux et surtout appliqués en conquête. Avant de faire son entrée et de changer le cours du match. À son actif, une alternance bien plus cohérente que son compère Ihaia West à l’ouverture avec des passes mettant ses coéquipiers dans les intervalles, trois pénalités salvatrices et toujours cet éternel jeu au pied millimétré et bon Dieu, sacrément puissant ! "Il nous a surtout soulagés au niveau du jeu au pied, disait d’ailleurs l’entraîneur des avants rochelais Grégory Patat. Il a trouvé des solutions en ayant plus d’alternance face à cette défense très agressive. Lorsqu’on joue devant et qu’on a la tête sous l’eau, ça donne une grande bouffée d’oxygène."

Brock James : "Une bataille de jeu au pied

et beaucoup de patience"

Le scénario du match avait été anticipé cette semaine en conférence de presse. Ronan O’Gara, connaisseur parmi les connaisseurs de ce genre de rencontre avec le Munster et l’Irlande pendant 15 ans, rappelait l’importance du jeu au pied et du "kicking game" comme l’appellent les Britanniques. En première période et jusqu’à la sortie pour commotion de Teddy Iribaren, le Racing l’a utilisé à bon escient, parfois abusivement mais a surtout profité des difficultés sous les ballons hauts des ailiers rochelais. Menés de trois points à la pause (3-6), les coéquipiers de Brock James ont changé de stratégie et l’apport de l’ancien Clermontois n’y est pas étranger. " On a parlé à la mi-temps de l’importance du jeu de territoire, disait l’intéressé en conférence de presse d’après-match. C’est une arme essentielle où il faut utiliser le pied. Les deux équipes n’ont pas réussi à mettre de gros temps de jeu en place et on a fini par une bataille de jeu au pied et beaucoup de patience." Et comme un grand pouvoir entraîne de grandes responsabilités, Brock James a parfaitement délégué un West convalescent et a permis de faire souffler tous ses avants, sur le gril depuis le début du match. "Il est très expérimenté. Il nous a sauvés avec son jeu au pied, c’est toujours bon de l’avoir surtout pour nous les avants", avouait le Néo-Zélandais Victor Vito, qui ne s’est pas moins démêlé dans le combat que ses anciens coéquipiers en sélection contre l’Irlande. Alors certains diront que c’était un match conçu pour un demi d’ouverture au pied d’or. Encore faut-il bien le réaliser. Nous le disions, ce La Rochelle - Racing conclut par un dernier dégagement salutaire de "papy brocky" ne redore franchement pas l’image du championnat de France. Mais comptera à coup sûr en fin de saison et peut engendrer le début d’une vraie histoire pour les Rochelais. Gagner moche, c’est peut-être ça aussi la clé du succès.

Paul Arnould
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