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Coupe du Monde

Lopez : « Tout le monde a commencé à brailler »

À Oita, Camille Lopez est longuement revenu sur les raisons de la défaite des Bleus, en quarts de la finale de la Coupe du monde. Il en a aussi profité pour dire adieu à l’équipe de France...

En conférence de presse, le sélectionneur gallois Warren Gatland disait que la meilleure équipe avait perdu. Êtes-vous d’accord ?

C’est vrai. Nous avons été les plus forts. Ce match était impossible à perdre… On l’avait en mains. Au final, on prend deux essais de merde, deux essais à zéro passe. Il y a donc beaucoup de regrets...

Comment expliquer ce nouveau sabordage ?

À un moment du match, j’ai l’impression qu’on a un peu paniqué. Sur le terrain, tout le monde a voulu donner des consignes, tout le monde a commencé à brailler. Pourtant, il aurait juste fallu être plus froids, plus précis, plus rigoureux et, en fait, juste rester fidèles à la tactique mise en place. Cette fidélité au schéma, c’est toute la différence entre les grandes équipes anglo-saxonnes et nous.

Quel est votre plus grand regret, sur ce quart de finale ?

On s’est entêté à vouloir faire des ballons portés alors que les Gallois nous contraient bien là-dessus. Ce n’était pas la solution. Moi, je crois que nous aurions plutôt dû être plus ambitieux. Le jeu, les passes, la vitesse, nos forces sont là et pas ailleurs.

Qu’avez-vous pensé du geste de Sébastien Vahaamahina, expulsé à la 48e minute par Jaco Peyper ?

(il soupire) C’est un fait de jeu. Désormais, ça fait partie de l’histoire. Le geste de "Vahaa" ne nous a pas sortis du match. En suivant, on a eu d’autres occasions et on n’a jamais explosé.

Est-ce qu’il s’en veut ?

Forcément. Il a pété les plombs. Mais en aucun cas, le groupe ne lui en voudra. […] Aujourd’hui, on est tous déçus, tous meurtris. C’est une belle aventure qui se termine et, dans les vestiaires, certains ont lâché des larmes. Chacun exprime son chagrin comme il l’entend.

Et vous, comment vous sentez-vous ?

J’essaie de rester le plus froid possible. La vie continue et le rugby français ne s’arrête pas ce soir. (il soupire) D’un autre côté, on a touché du doigt quelque chose d’immense, quelque chose qui ne se présente pas tous les week-ends. Alors, ouais, c’est dur…

Cet échec sera-t-il long à digérer ?

Oui. Il y a quatre mois que l’on est ensemble, quatre mois que l’on vit, que l’on mange, que l’on dort "équipe de France". Il y a quatre mois que je vis pour cette Coupe du monde et là, tout s’arrête du jour au lendemain. C’est brutal. Mais il va bien falloir se relever…

Pourquoi n’avez-vous pas tenté un autre drop après avoir raté le premier ? Ce geste vous avait bien réussi face à l’Argentine, en ouverture du Mondial.

Le but, c’était de les repousser à plus de trois points, à plus d’une marque. Je regrette donc beaucoup de ne pas avoir tapé un autre drop.

En avez-vous eu l’occasion ?

À un moment, j’étais bien placé. Mais Virimi (Vakatawa, N.D.L.R.) m’a appelé pour jouer, je lui ai fait confiance et ça n’a pas marché… Voilà tout… Ce sont des choix de jeu. Il faut les assumer.

Comment le rugby français va-t-il pouvoir sortir de la nasse ?

Je ne crois pas que le rugby français soit dans la nasse. Après ce quart de finale, je veux positiver : notre jeune génération est pétrie de talent, ça saute aux yeux. Regardez les duels que gagnent ces joueurs, regardez les dégâts qu’ils font dans les défenses adverses ! Franchement, si ce groupe adhère dans les prochaines années au plan de jeu, je suis persuadé que cette équipe de France aura de très bons résultats, même dans un avenir à court terme.

Comment ça ?

Chez nous, on a coutume de croire que ça va marcher parce qu’on est français. Mais il faut aller plus loin que ça. La rigueur, la rigueur, la rigueur… C’est ça, l’important…

À titre personnel, que retiendrez-vous de cette Coupe du monde ?

C’était ma première et dernière Coupe du monde. Là, comme ça, je suis animé par divers sentiments… Mais je vais vous dire une chose : j’étais persuadé qu’on ne s’arrêterait pas là. J’étais persuadé que l’on battrait les Gallois. J’avais une confiance énorme. Et une fois de plus, on s’arrête. C’est dur…

On a beaucoup parlé de la "patte Galthié" dans cette Coupe du monde. Était-elle à ce point palpable ?

Oui, bien sûr. Sur le système offensif, il a amené beaucoup de précision et de clarté. Ce cadre qu’il a construit nous a aidés à rester dans le match lorsque la pression était à son extrême.

Quel était ce système, au juste ?

Je ne vais pas le livrer en détail. Mais chacun avait son rôle et chacun aurait dû s’y tenir.

Cela ne fut-il pas toujours le cas ?

Malheureusement, non. Un coup, un mec décroche et la cellule de joueurs s’en trouve amoindrie… L’autre fois, un mec se greffe à la cellule alors que ce n’était pas nécessaire… On ne peut pas accepter qu’après trois mois et demi de vie commune, un joueur se trompe encore et ne connaisse pas son rôle. Chez les Anglais par exemple, tout est chirurgical.

Comment ça ?

Je vais vous donner un exemple. Lors du dernier Angleterre - Australie, les Anglais ont un ballon à jouer à la 75e minute. Il y a trente points d’écart au score, quelque chose comme ça. Ils font 9-10, coup de pied dans l’angle et touche à cinq mètres. Ils jouent ainsi parce qu’ils respectent le schéma. Nous, je suis sûr qu’on aurait relancé pour se faire plaisir, pour être content…

Quid de votre système défensif ?

De la même façon, Fabien Galthié a donné à l’équipe de France un système défensif qui agresse, qui monte fort. Ce fut un socle important pour nous, dans cette compétition. On n’a jamais vraiment été déchirés. On ne prend que des essais de merde, finalement.

L’écart avec les autres nations est-il grand ?

Non, pas tant que ça. Ces trois derniers mois, on a touché du doigt les meilleurs et il ne faut surtout pas l’oublier. Mais quitte à revenir là-dessus.

Faut-il fixer Romain Ntamack temps de le fixer à l’ouverture ?

Oui, il a démontré pendant toute la Coupe du monde qu’il était un très grand joueur. Quand je vois des gamins comme lui, Antoine Dupont, Damian Penaud ou Pierre-Louis Barassi, mon espoir est immense. Faisons-les jouer ! Donnons-leur confiance ! Si le staff bosse pendant quatre ans avec des joueurs comme ça, l’équipe de France deviendra une très grande équipe.

Vous parlez comme quelqu’un qui s’apprête à passer la main…

J’ai 30 ans, le temps passe ! Il y a des jeunes joueurs qui arrivent (Romain Ntamack, Louis Carbonel, Matthieu Jallibert) et, dans un coin de ma tête, je me suis maintenant préparé à ce que le rugby international s’arrête. (il sourit) Putain… C’est dur de le dire… L’équipe de France est juste le truc qui me fait rêver depuis vingt ans. Mais c’est la vie…

"Franchement, si ce groupe adhère dans les prochaines années au plan de jeu, je suis persuadé que cette équipe de France aura des très bons résultats, même dans un avenir à court terme."

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Les commentaires (1)
lolitos Il y a 29 jours Le 23/10/2019 à 15:15

La cle de la defaite a ete bien enonce par Camille : on ne respecte pas les plans. Chacun veut commander quand la pression est la. Notre culture Gauloise ressort. Mais on va reconstruire avec les jeunes de talents qui sont deja là