Angleterre - Nouvelle-Zélande : le match du siècle

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C’est le match que tout le monde attendait, opposant les deux équipes les plus dominantes du moment. D’un côté, les Blacks de Steve Hansen qui veulent réussir l’impossible triplé en Coupe du monde. De l’autre, les Anglais d’Eddie Jones qui paraissent au sommet de leur art. Bien malin celui qui pense connaître l’issue de ce choc. Et pourtant, il n’en restera qu’un…

Une finale avant l’heure. Voilà ce que représente cet Angleterre-Nouvelle-Zélande. Car si le tirage des poules aurait été différent, on aurait volontiers misé notre paye sur cette affiche opposant les colonisés kiwis à leurs colons britanniques. Pourquoi ? Parce que ces équipes n’ont pas de faille, tout simplement. Elles possèdent des packs aussi puissants que mobiles, avec des piliers qui se déplacent comme des troisième ligne et marquent des essais de centres. En défense, elles sont aussi agressives qu’intelligentes et organisées. Et quand elles ont le ballon, elles attaquent aussi bien à la main qu’au pied. Au vrai, elles sont si sûres d’elles qu’elles n’ont même pas besoin d’avoir le ballon. En quarts contre l’Australie, les Anglais ne l’ont eu que 30 % du temps en première mi-temps. Cela ne les a pas empêchés de leur régler leur compte en quarante-six minutes, le temps de leur inscrire trois essais. Les All Blacks sont pareils : ils vous laissent vous épuiser à attaquer et à la moindre erreur ils vous punissent : "Je ne pense pas qu’on ait des styles différents. L’Angleterre est capable de jouer à cache ballon ou bien d’aller plus au large. Elle a un très bon jeu au pied également" résumait cette semaine Steve Hansen, le boss des Blacks. Et puis vous auriez vu qui à leur place en finale, à l’exception des Springboks retrouvés ? L’Irlande, qui avançait dans ce Mondial avec le titre symbolique de numéro 1 mondial ? Non… Les obscurs calculs du "ranking" ne disent pas (toujours) la vérité, qui est que les Irlandais n’ont à ce jour pas encore disputé la moindre demi-finale de Coupe du monde. Les Gallois, qui ont eu cette distinction un mois avant ? Leur victoire contre nos Bleus tient du miracle… L’Australie, qui n’a pas de plan B quand elle est contrée sur la ligne d’avantage ("Traitez-moi de naïf, mais on ne va pas jouer au pied et défendre. Ce n’est pas comme ça que les Australiens jouent au rugby", dixit Michael Cheika après son élimination) ? Non. Cet Angleterre-Nouvelle-Zélande est bien une finale avant l’heure. Et le match du siècle. Ou au moins celui de la décennie.

Hatley : "meilleurs qu’en novembre dernier"

Les plus pointilleux rétorqueront que leur dernier face-à-face ne remontait pas à si longtemps que cela… Ce n’est pas faux. C’était le 10 novembre dernier. Les Blacks s’étaient imposés d’un point (16-15) à Twickenham. On s’en souvient comme si c’était hier : Les Anglais avaient marqué d’entrée par Chris Ashton et avaient enfoncé le clou vingt minutes après avec un gigantesque ballon porté d’une quinzaine de mètres qui envoya le talonneur Dylan Hartley derrière la ligne. Les Blacks répliquaient avec un essai de McKenzie, un drop et une pénalité de Beauden Barrett à la 59e pour porter le score à 15-16. En fin de partie, les Anglais avaient vu la victoire leur échapper à cause d’un essai (pourtant superbe) du flanker Sam Underhill refusé à la vidéo pour une position de hors-jeu de Courtney Lawes à l’origine de l’action. Ce dernier avait contré un coup de pied de dégagement de TJ Perenara à l’entrée de ses 22 mètres. Underhill avait récupéré le ballon et sprinté, s’offrant au passage le luxe de se jouer du dernier défenseur, Beauden Barrett, en simulant un cadrage débordement pour accélérer dans son dos.

Malgré tout cela, le match avait été terriblement décevant. Pourquoi ? Parce que les équipes n’étaient pas à pleine puissance. Même Neil Hatley le reconnaissait cette semaine en conférence de presse : "A priori, on ne peut pas tirer grand-chose d’utile de ce qui s’est passé à l’automne. Il leur manquait quelques joueurs, à nous aussi, et les deux équipes se sont améliorées depuis lors." En clair, le choc n’avait pas été à la hauteur des attentes qu’il suscitait, alors que ces dernières étaient énormes : cela faisait quatre ans qu’Anglais et Néo-Zélandais ne s’étaient pas affrontés. Le monde entier du rugby réclamait ce choc qui, malheureusement arriva avec un ou deux ans de retard… il aurait dû être joué en 2016 ou 2017, quand l’Angleterre faisait peur au monde entier avec ses deux victoires dans le Tournoi (dont un grand chelem en 2016) et sa tournée australienne remportée haut la main (3-0 en 2016) À cette époque, chaque équipe régnait sur son hémisphère respectif. Aujourd’hui, les poids lourds du rugby mondial vont enfin en découdre, et cette fois ils sont au sommet de leur art : "Je pense donc que nous sommes meilleurs qu’en novembre dernier, mais c’est aussi le cas de la Nouvelle-Zélande. C’est une situation complètement différente", prévenait Neil Hatley. Même écho du côté des Kiwis : "Nous avons beaucoup progressé. Nous avons changé notre jeu, et l’Angleterre aussi" posait Hansen.

Au bon souvenir des Lions britanniques

Eddie Jones a lui aussi balayé le souvenir du match de novembre dernier. En revanche, il a rafraîchi la mémoire de ses joueurs qui ont vaincu les All Blacks en juillet 2017 à Wellington, lorsqu’ils étaient en tournée avec les Lions britanniques et irlandais. Une victoire 24-21 pour laquelle Mako Vunipola, Jamie George, Maro Itoje, Elliot Daly, Owen Farrell et Anthony Watson étaient titulaires alors que Kyle Sinckler et Courtney Lawes étaient entrés en jeu : "On a 17 gars qui faisaient partie de cette tournée des Lions. Ils sont allés gagner là-bas, insistait Jones cette semaine. Ils savent que ce ne sont que des humains, qu’ils saignent, qu’ils font tomber des ballons et qu’ils ratent des plaquages tout comme n’importe quel autre joueur. Notre boulot sera de leur enlever du temps et des espaces pour les mettre sous pression. La Nouvelle-Zélande dit aimer la pression ? Et bien cette semaine la pression va les suivre partout où ils iront. Celui qui va avoir du boulot cette semaine c’est Gilbert Enoka, leur préparateur mental. Ils doivent surmonter la pression liée au fait de gagner trois fois la Coupe du monde, c’est peut-être le tout dernier match pour leur plus grand sélectionneur et leur plus grand capitaine. Ils ne pourront pas s’empêcher d’y penser." Les Blacks sont effectivement en mission pour réaliser l’impossible : remporter trois fois de suite la Coupe du monde. Les Anglais, eux, hurlent à qui veut l’entendre qu’ils n’ont rien à perdre : "Nous, on a zéro pression. Que ceux qui pensent ça lèvent la main. Alors personne ? Personne ne nous voit gagner. Il y a 120 millions de Japonais qui supportent les All Blacks juste après leur équipe." Personne sauf nous, Monsieur Eddie…

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