Sinckler : La bête (enfin) apprivoisée

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Excellent en quart de finale face à l’Australie, le droitier Kyle Sinckler semble avoir pris une nouvelle dimension. Une superbe récompense pour un gamin qui a grandi loin des prestigieuses high schools qui forment d’ordinaire les meilleurs joueurs anglais.

Quelle mouche a donc piqué les première ligne anglais ? La semaine dernière, on a vu Mako Vunipola plaquer les Wallabies comme un flanker international (20 tentatives, aucun échec). On a aussi entendu le talonneur Jamie George nous avouer qu’avec ses copains piliers, il se plaisait à se tirer la bourre avec les troisième ligne au physique… Et avant cela, le droitier Kyle Sinckler s’offrait un essai digne d’un trois-quart centre : parfaitement servi dans l’intervalle par son ouvreur Owen Farrell, le droitier des Harlequins sprintait sur 25 mètres pour plonger dans l’en-but sous les yeux ébahis de l’arrière Kurtley Beale : "C’était très spécial pour moi, confiait l’intéressé après la rencontre. On a beaucoup travaillé sur ces charges balle en main à l’entraînement, c’est un truc que j’essaye de mettre dans mon jeu. Mais après l’essai, j’étais tellement crevé que j’ai dit à Farrell : "Prends les 90 secondes pour tirer", parce que j’avais besoin de souffler !" Le XV de la Rose était déjà bien fourni dans le registre des gros porteurs de balle avec les frères Vunipola, Maro Itoje, Tom Curry, Sam Underhill ou Manu Tuilagi. Mais aujourd’hui, il peut en plus compter sur Kyle Sinckler, sa nouvelle bombe qui n’a que 26 ans.

Vous croyez qu’Eddie Jones est un bourreau ? Allez voir Maman Sinckler, vous verrez !

Une bombe qui, par le passé, avait tendance à exploser trop vite : "Aujourd’hui j’essaye de rester calme dans le feu de l’action. Cela n’a pas toujours été le cas pour moi. J’ai travaillé très dur avec l’aide de quelqu’un en-dehors du terrain pour régler ces problèmes. C’est lié à ce que j’ai vécu pendant mon enfance, où l’on m’a souvent dit que j’étais incapable de faire ci ou ça, que j’étais un bon à rien." Et celle-ci ne fut pas des plus simples. Car à la différence de nombre de ses coéquipiers, Sinckler ne vient pas des beaux quartiers. Son enfance, le droitier des Quins l’a passée à Furzedown, dans la banlieue sud de Londres où la violence de la guerre des gangs fait partie du quotidien. C’est Donna, sa mère qui l’a élevé seule, qui l’a tenu loin des problèmes en remplissant son agenda : "Quand j’étais petit, je faisais en même du rugby, du foot, et du cricket. J’ai aussi pratiqué l’haltérophilie et le kick-boxing. Je n’avais pas un moment de libre. Vous croyez qu’Eddie Jones est un bourreau ? Allez voir Maman Sinckler, vous verrez !" se marre le colosse.

Milieu populaire oblige, son école de Graveney School n’avait pas d’équipe de rugby. Jusqu’au jour où le petit Kyle décida d’en créer une. Pour ce faire, il demanda à sa maîtresse Stacia Long d’en devenir l’entraîneur : "Vous auriez dû voir dans quel état Kyle se mettait à chaque fois que les gosses des autres équipes se moquaient du fait qu’une femme entraînait l’équipe", se souvient "Maîtresse Long", comme Kyle Sinckler l’appelle encore aujourd’hui dans ses textos, "Il ne supportait pas l’injustice, cela l’exaspérait."

Pour se frayer un chemin jusqu’au sommet du rugby mondial et glaner 32 sélections, Sinckler a donc dû apprendre à gérer ses émotions : "Il a progressé à pas de géant de ce point de vue là. Là encore, on le met sous une pression énorme à l’entraînement en le plaçant dans les situations les plus difficiles. Ce n’est plus le même homme", assure son entraîneur de la mêlée Neil Hatley. Aujourd’hui, Sinckler veut devenir un exemple : "Je veux jouer auprès de la prochaine génération le rôle que ceux de 2003 ont eu pour nous. Je me rappelle les avoir vus jouer, je me souviens du drop de Jonny Wilkinson. C’est ça qui m’a donné envie de jouer au rugby. J’avais envie d’être moi aussi sur le terrain. Je crois qu’on a une énorme responsabilité envers les jeunes." Nul doute qu’il y parviendra s’il hisse son équipe en finale de Coupe du monde de rugby… S. V.

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