• Jaco Peyper a pris sa décision : le geste de Vahaamahina mérite le carton rouge. Pour ses dernières secondes en bleu, il salue son capitaine Guilhem Guirado (de dos), avant de se tourner vers ses coéquipiers pour s’excuser et de sortir tête basse…
    Jaco Peyper a pris sa décision : le geste de Vahaamahina mérite le carton rouge. Pour ses dernières secondes en bleu, il salue son capitaine Guilhem Guirado (de dos), avant de se tourner vers ses coéquipiers pour s’excuser et de sortir tête basse… Midi Olympique / Patrick Derewiany / Midi Olympique
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XV de France

Sous le feu

Le grand "Vahaa" n’est pas le premier international français à se faire éviscérer par la vox populi après un geste fou. Sur le banc des accusés, certains se souviennent…

Sébastien Vahaamahina n’est évidemment pas le premier Tricolore à "péter les plombs" puisque c’est ainsi qu’il a dernièrement expliqué son coup de coude sur le Gallois Aaron Wainwright. Comme lui, ils sont nombreux à avoir, un jour, laissé la part émotionnelle prendre le dessus sur le "pilotage automatique" auquel sont généralement soumis les athlètes de haut niveau, dans leurs routines hebdomadaires. Vincent Moscato, exclu du sanglant France - Angleterre 1992 par l’arbitre irlandais Monsieur Hilditch, évoquait lundi soir sur RMC Sports la difficulté de l’équilibre à respecter pour un rugbyman, qui plus est lorsque celui-ci est un "gros" : "J’ai entendu des choses navrantes de la part d’anciens rugbymen, au sujet du geste de Vahaamahina : "C’est inexcusable, impardonnable…" Mais vous vous rendez compte de ce que vous dîtes, bande d’abrutis ? Dans l’agressivité, tu es toujours sur un fil et, parfois, tu bascules du mauvais côté. Pour avoir connu cette situation, je souhaite aujourd’hui bonne chance à Vahaamahina. Dans ces cas-là, même tes meilleurs amis t’assassinent… Plus tu tombes de haut, plus les mecs te savatent… Ils ont beau faire des raisonnements sur le vivre-ensemble et le bonheur, ils prennent du plaisir à mettre des coups de latte."

"Dourthe : franchement bonnard, tristement connard"

Au cours d’une interview réalisée en 2015, l’ancien talonneur international était déjà longuement revenu sur le triste épisode de l’hiver 1992, date de son expulsion lors du crunch, en raison d’une entrée en mêlée trop véhémente : "J’étais brisé après ce match. En ce temps-là, le rugby était tout pour moi. J’avais bossé comme un dingue pour arriver en équipe de France et, brutalement, tout s’est effondré. à 25 ans, j’ai perdu le goût au rugby et à la vie. Il m’a fallu me reconstruire et cela a pris du temps. J’ai dû me faire aider pour remonter la pente. Mais après ce match, je n’ai plus jamais été bon. […] Avec le temps, j’ai compris pourquoi Pierre Berbizier (le sélectionneur de l’époque, N.D.L.R.) ne m’a plus jamais repris. Un sélectionneur ne doit pas avoir d’état d’âme. Même si je persiste à croire qu’une main tendue m’aurait alors été bénéfique…" Richard Dourthe, suspendu en 1991 après avoir marché sur le flanker anglais Ben Clarke, raconte : "Dans ces cas là, tu ne peux compter que sur ta famille. Tu es seul ou presque. Beaucoup d’amis disparaissent et sans mon père (Claude, un ancien international), j’aurais mis plus de temps à me reconstruire. Au lendemain de ce match, un journaliste avait même titré : "Dourthe, franchement bonnard, tristement connard." J’étais à terre !"

Couper le téléphone

Quand le feu redouble et les coups pleuvent, le repli est probablement la meilleure option pour ces coupables soudainement devenus victimes. C’est en tout cas ce que croit Christian Califano, exclu d’un match du Mondial 1999 par l’arbitre néo-zélandais Paddy O’Brien après avoir asséné un coup de tête au pilier fidjien, Joel Veitayaki. Il racontait il y a quelques mois : "La Coupe du monde n’avait pas été un long fleuve tranquille. Dans le groupe, c’était assez tendu, franchement chaud à certains moments et mon geste est probablement l’expression d’un profond ras-le-bol. Après ça, nous sommes tous montés à Londres pour nous défendre. Là-bas, les juges ont été d’une froideur incroyable. On aurait cru qu’ils recevaient des assassins. Pas un sourire, pas un café, rien. Je suis monté, j’en ai pris plein la gueule et je suis reparti." Au bout du bout, le pilier des Bleus fut suspendu sept semaines pour son coup de tête. "Ma Coupe du monde s’est terminée ainsi, poursuit "Cali". Des années plus tard, je pense juste que les Britanniques ont voulu me sortir de la compétition. à l’époque, j’étais un élément fort du XV de France et ils ont peut-être voulu affaiblir l’équipe. Après ça, je suis rentré au château Ricard, j’ai fait mes valises et suis parti m’isoler à l’étranger. Je voulais être le plus loin possible. Sincèrement, j’ai un respect immense pour les mecs ayant battu les All Blacks à Twickenham en 1999 mais je ne me sens pas partie prenante de cette aventure." Lundi soir, dans le bus qui menait la délégation des journalistes français jusqu’à l’aéroport d’Oita, Christian Califano conseillait donc à Sébastien Vahaamahina de couper son portable pendant quelques jours, le temps que ne passe la tempête…

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