Ben Youngs ou le sens du sacrifice

  • Ben Youngs (Angleterre) contre la Nouvelle-Zélande
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Il flirte avec les cent sélections. Le demi de mêlée de Leicester est l'un des cadres du XV de la Rose. Un gars capable de renconcer à des sélections pour aider moralement sa famille.

Tout doucement, il approche les cent sélections ; dans une certaine discrétion. Ce qui est paradoxal pour un gars qui joue au poste où l'on touche le plus de ballons. Pourtant sa carrière est vraiment monumentale, en terme quantitatif d'abord puisque Ben Youngs fut, à 17 ans et 230 jours, le joueur le plus jeune jamais utilisé par Leicester en championnat. C'était en février 2007 et il y avait une pénurie de « numéros 9 » dans le club des Midlands à cause de diverses blessures, il fut lancé dans le grand bain à la sauvette. Tout de suite, il assura l'essentiel et gagna rapidement un vrai contrat professionnel avant de se perfectionner aux côtés de Julien Dupuy, ce Français, qui explosa à Leicester. Douze ans après, Ben Youngs est toujours là avec 237 apparitions au compteur, en digne héritier de son père Dave, lui aussi demi de mêlée international dans les années 80 (six fois seulement). Ben est aussi le frère cadet de Tom, talonneur 28 fois appelé entre 2012 et 2015 mais qui n'a jamais plu à Eddie Jones. Ben lui, n'a jamais déçu l'exigeant coach australien. Qui l'a quasiment toujours appelé Il est réputé pour sa fiabilité, sa façon unique d'appliquer les schémas décidés à l'avance et surtout son si faible taux d'erreurs. Presque pas de fautes de goût ou de choix et à peine une légère pincée d'erreurs techniques.

Débuts à 17 ans à Leicester

Depuis l'été 2010, il a été jugé digne de confiance par trois sélectionneurs, Martin Johnson, Stuart Lancaster et donc Eddie Jones. « Quand j'ai commencé, Jonny Wilkinson jouait encore. Il m'a donné l'accolade. On me disait alors de bien profiter de ce que je vivais car ça passait très vite. » Ca n' a pas passé si vite que çà puisque, neuf ans après, il porte encore la tunique blanche avec trois coupes du monde dans le jambes. La première, en 2011 , avait été difficile puisqu'il avait été pris dans le maelstrom des « affaires » extra-sportives . Mais lui n'a jamais été impliqué directement dans un quelconque scandale. Il est d'ailleurs très prudent dans ses prises de parole et dans l'image qu'il donne de lui-même. On se souvient juste d'un entretien d'après-match, trop vite expédié (onze secondes) à Bloemfontein en 2018 après une défaite du XV de la Rose. C'était l'époque où le XV de la Rose d'Eddie Jones tanguait un peu, le sélectionneur était même sur la sellette (on a oublié cette période). Au coup de sifflet finale, Ben Youngs avait débité à toute allure des platitudes à la pauvre journaliste Gail Davis avant de tourner les talons trop brusquement. Laissant son interlocutrice médusée. Il prit une volée de bois vert immédiatement de la part de quelques figures médiatiques sur le ton « Les joueurs anglais ne font même plus face... ». Ben Youngs s'était rapidement excusé via tweeter. Le vernis du garçon bien élevé avait repris le dessus.

La tradition des rugbymen fermiers

En fait, le Ben Youngs que nous aimons, c'est plutôt l'auteur de ce geste si émouvant en 2017, quand il déclina sa sélection pour la tournée des Lions, « pour raisons personnelles ». Il s'expliqua très vite sur les raisons de son attitude. S'il refusait de partir pour la Nouvelle-Zélande, c'est pour soutenir son frère Tom et Tiffany, l'épouse de celui-ci, frappée par une grave maladie. « Nous sommes une famille très unie, je préfère rester ici, mes ambitions personnelles passent au second plan. » Il vécut alors une intersaison totalement déconnectée du rugby, la première depuis ses 19 ans, auprès des siens donc avec des séjours dans la ferme familiale, car Ben Youngs est l'héritier d'une tradition qui perdure malgré la modernité, celle des rugbymen fermiers anglais. Aux dernières nouvelles sa belle sœur est en rémission. A cette famille si unie, Ben offrira peut-être un trophée planétaire.

Ben Youngs avec son frère Tom Youngs, lors de l'hymne anglais
Ben Youngs avec son frère Tom Youngs, lors de l'hymne anglais - Actionplus / Icon Sport - Actionplus / Icon Sport

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