Une finale en apothéose

  • Une finale en apothéose entre Anglais et Sud-africain
    Une finale en apothéose entre Anglais et Sud-africain PA Images / Icon Sport - PA Images / Icon Sport
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Anglais et Sud-africains ont regagné le zénith du rugby mondial en se hissant jusqu’à cette finale de Coupe du monde qui promet d’atteindre des sommets d’intensité. Dans la semaine, les deux camps ont déjà annoncé la couleur : le choc sera frontal, brutal mais à la fin, il ne devra en rester qu’un...

Quand un mec de la trempe et du gabarit de Billy Vunipola (1,88 m, 126 kg et 50 sélections avec le XV de la Rose) annonce dans la presse que s’il vous croise en un contre un, il "va certainement essayer de vous enfoncer dans la pelouse", vous pouvez être sûr de recevoir dans le quart d’heure qui suit un coup de fil de votre assureur pour renégocier à la hausse votre contrat d’assurance vie. Du moins, quand vous faites partie du commun des mortels. Mais pas quand vous êtes un Springbok et que vous vous appelez Eben Etzebeth, Pieter-Steph du Toit ou RG Snyman, ces monstres sudistes que l’avertissement du "petit" frère Vunipola a d’abord fait sourire. Billy en a donc remis une couche : "Ils ont annoncé qu’ils voulaient répondre à la puissance par la puissance. Nous en face, on leur répond qu’on n’attend que ça", posait cette semaine le numéro huit des Saracens. Même écho du côté de son sélectionneur Eddie Jones, même s’il a une analyse un peu plus fine du jeu adverse : "Ils peuvent jouer de différentes façons. Faf de Klerk peut taper 15 ou 20 coups de pied dans la boîte. Mais on sait aussi que les équipes sud-africaines enfoncent généralement votre porte de devant pour entrer chez vous. Alors on va s’assurer de bien protéger la porte de devant, ainsi que celle de derrière !" Le décor est donc posé. Âmes sensibles s’abstenir. Ce remake de la finale de 2007, remportée au forceps par les Boks de John Smit à Saint-Denis, s’annonce saignant.

En 2007, nous étions à court d’énergie

Le grand Jonny Wilkinson perdit son titre de champion du monde ce soir-là. Quatre ans plus tôt, il avait marqué l’histoire de ce sport en dégainant un drop légendaire en finale contre l’Australie. Mais au Stade de France, la plus fine gâchette du Royaume-Uni n’a rien pu faire : "Les Boks méritaient de gagner. J’ai le sentiment que nous avons été dépassés par la finale, en tant qu’évènement. Et nous étions à court d’énergie aussi. L’Afrique du Sud n’a pas faibli, elle." C’était à l’époque où l’Afrique du Sud marchait sur le monde. Depuis, la nation au drapeau arc-en-ciel a eu des heures très sombres : "Si vous m’aviez dit que les Boks seraient en finale il y a dix-huit mois en arrière, je ne vous aurais certainement pas cru" nous confiait cette semaine l’ailier légende aux 124 sélections Bryan Habana. Avant de connaître un fantastique renouveau sous l’égide de Rassie Erasmus, qui est non seulement revenu aux vraies forces du rugby sud-africain (un pack d’airain, une défense de fer et un ouvreur, Handré Pollard, avec un coup de pied faramineux) mais a aussi largement étoffé son arsenal offensif en prônant un jeu moins stéréotypé, qui sait tirer parti de ses meilleurs solistes (Am, Mapimpi, Kolbe) : "L’équipe a tellement changé depuis que Rassie est arrivé… Il a remis tout le monde au travail. Cela nous a fait une grosse différence et cela s’est vu dans nos résultats", racontait le talonneur Bongi Mbonambi.

L’Angleterre en "mode Mondial" depuis un an

Ces Boks-là ont changé, c’est vrai. Et aujourd’hui, ils font beaucoup plus peur qu’en 2017. Seulement, il en faudra plus pour impressionner les Anglais qui, sous l’égide d’Eddie Jones, ont basculé en "mode Coupe du monde" depuis un an. Comment ? Par une multitude de règles et de contraintes qui ont préparé ses hommes à cet enfer. Des exemples : depuis les tests de novembre 2018, Jones a fait changer son équipe de camp de base toutes les semaines pour s’habituer aux incessants voyages qu’impose une Coupe du monde. Depuis leur arrivée au Japon le 14 septembre, les Anglais ont changé neuf fois de lieu. Autre détail, cela fait des mois que les Anglais s’entraînent avec des ballons mouillés pour s’habituer à l’humidité du climat japonais. Mais le pire, c’est la discipline. Voilà un an que le boss du XV de la Rose a appliqué le système des cartons à chaque entraînement. Sauf que celui-ci est diabolique : si un joueur avait le malheur de commettre une faute qui méritait un carton jaune, il quittait l’entraînement sur-le-champ et rejoignait l’hôtel. Mais sa peine ne s’arrêtait pas là : quelques heures plus tard il avait droit, à l’écart du groupe, à une séance de physique punitive menée par un préparateur spécialement missionné. Voilà comment les Anglais n’ont commis que six fautes (dont seulement deux dans leur camp) face aux Blacks. Et les fruits de ce travail dépassent aujourd’hui la simple dimension athlétique, comme nous l’expliquait Jonny Wilkinson : "Je savais que cette équipe était capable de cette performance. En revanche c’est leur engagement qui m’a impressionné. Je ne parle pas d’agressivité. Je parle d’investissement mental. À aucun moment je ne les ai sentis se dire : "Ok, si on fait ça, on est à l’abri." Non. Ils se disaient qu’ils devaient continuer jusqu’à la fin, jusqu’au coup de sifflet final."

Ces Anglais-là sont prêts, c’est indéniable. Pour tout dire, ils sont même favoris. Mais sont-ils prêts à affronter les "vrais" Springboks ? Pas ceux qui ont déçu contre les Gallois, mais ceux qu’ils vont affronter en finale ? "Le danger pour l’Angleterre est que tout le monde juge cette équipe d’Afrique du Sud par rapport à ce qu’elle a fait contre le pays de Galles, avertit "Wilko". Elle avait une tactique particulière pour cette demi-finale, et elle s’y est tenue. Mais ce ne sera pas pareil samedi. Vous verrez, les Springboks seront une tout autre équipe. Les Anglais ne doivent pas se préparer à affronter les Boks de la demi-finale, mais plutôt le potentiel que possède cette équipe. Et celui-ci est immense…" Parole de champion du monde.

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