• Claude Atcher et Sébastien Chabal
    Claude Atcher et Sébastien Chabal DR / DR
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Reportages

2023, c’est déjà demain

Ce week-end de finale a été l’occasion d’une passation de pouvoir entre les comité d’organisation japonais et français. Pour Claude Atcher, qui avait œuvré pour le Japon et qui dirige France 2023, le rendez-vous était fort en émotions. En symboles, aussi. Désormais, la voie est libre…

Il était 20 h 30 à Tokyo, samedi, quand les écrans géants du Nissan Stadium de Yokohama ont laissé à leur joie les Sud-Africains, défilant entre des zombies Anglais figés sur la pelouse et tous à leur tristesse. Cela faisait déjà une demi-heure que le dernier épisode de la Coupe du monde 2019 avait rendu son verdict devant plus de 70 000 spectateurs. Sacrés Springboks.

Dehors, les bénévoles répartis tout au long du parcours menant les supporters jusqu’au métro commençaient déjà à remercier leurs visiteurs. "Domo Arigato", "Arigato gozaimasu", entre autres formules de politesse adressées dans un hochement de tête, buste incliné. Une vague de remerciements comme une Ola sans fin pour clôturer deux mois de compétition et de rencontres.

À l’intérieur du stade, la fête n’était pourtant pas finie, avec d’incroyables scènes de liesse entre supporters sud-africains dansant, chantant leur fierté et à la gloire de la Nation arc-en-ciel. Entre supporters japonais, néo-zélandais, gallois ou français. Quand les Anglais, eux, peinaient à trinquer pour noyer leur peine.

Il était 20 h 30 et c’est alors que les écrans géants du stade nous ont ramenés directement dans l’Hexagone. Pendant une minute, sont apparues les images du clip de promotion France 2023 ponctuées par une salve d’applaudissements. Cela n’a pas duré longtemps, juste ce qu’il faut pour imprimer de premières images, furtives, dans l’imaginaire collectif. Juste assez pour faire naître une promesse. Assez, en tous les cas pour que la France soit désormais attachée à la Coupe du monde. Jusqu’au 21 octobre 2023, jour de la finale.

À cet instant précis, Claude Atcher et son équipe ont ressenti le poids de l’héritage. Encore dans l’ombre, ils sont pourtant déjà entrés en scène. Tous à leurs espoirs. Nous n’étions plus au Japon. Déjà en France…

Pour Atcher, directeur de France 2023, l’instant avait une saveur particulière. Avant de faire campagne pour Bernard Laporte et de porter le projet d’organisation de la deuxième Coupe du monde 100 % française, il avait aidé le Japon, en 2009, à remporter l’attribution du Mondial 2019. "Je ne vais pas vous mentir, l’émotion a été très forte. Pendant toute la Coupe du monde, elle a été présente mais depuis quelques jours c’est monté d’un cran. J’ai été fier d’être l’une des trois personnes qui ont défendu cette candidature aux côtés de Yoshiro Mori. Ce n’est pas mon pays, j’étais juste présent pour les aider avec John Kirwan. Je suis également très heureux de la réussite de l’organisation et de voir comment la Coupe du monde a eu un impact sur le pays. Ce Mondial fera date."

Un calendrier précis

L’allusion n’est pas gratuite. Pour France 2023, l’ancien troisième ligne défend une vision qui dépasse les limites du terrain et du seul cadre sportif. "Il faut toujours se poser la question de la raison d’être et de l’intérêt que porte un événement de ce type en dehors de la seule dimension sportive. Je suis convaincu qu’il doit participer à l’amélioration de la vie et contribuer au rapprochement des peuples. France 2023 ne sera pas une réussite si, à la sortie, il n’a pas eu un impact sociétal. Ce n’est pas un "joujou", juste notre vision des choses. À ce titre, la victoire des Springboks est une aubaine pour l’Afrique du Sud, et même pour tout le rugby africain qui va être tiré par sa locomotive."

Puis d’ajouter : "Le rugby porte une forme d’exemplarité en lui : de par sa nature de sport de combat collectif à haute intensité il doit respecter un cadre extrêmement codifié. Et il fait la preuve que seul tu ne peux pas réussir. C’est une leçon de vie… Clairement, à mes yeux, le rugby est le sport exemplaire de la vie en société."

France 2023 a désormais quatre ans pour dérouler son calendrier. 29 novembre 2020 : tirage au sort des poules. 30 novembre 2020 : World Rugby Awards à Paris (Olympia). Décembre 2020 : présélection de 70 camps de base (sur 100 candidatures). Mars 2021 : lancement de la billetterie. 2022 : sélection finale des 58 points d’accueil pour les équipes, en compétition ou éliminées, et les arbitres…

Chaque étape est cochée sur l’agenda, projet après projet. Atcher précise : "On va notamment établir des passerelles avec la musique (mise en place de chorales pour chanter les 96 hymnes), la gastronomie… On va se rapprocher de l’éducation nationale, aussi. Le rugby doit retrouver sa place à l’école et toute la valeur éducative qui faisait sa fierté et sa réussite jusqu’à une dizaine d’années en arrière. En fait, on ne s’interdit rien et on recensera tous les projets qui peuvent avoir un impact sur la Coupe du monde et son héritage."

Une aventure humaine formidable

Le lancement du Mondial est prévu dès 2020, avec la volonté affirmée de mobiliser fortement la grande famille, mais aussi de faire découvrir et aimer le rugby au plus grand nombre. "Tout va aller très vite, je sais par expérience qu’il faut apprécier chaque jour qui passe, je le répète sans cesse à mes équipes… À ce jour, nous avons de l’avance mais il n’y a rien de trop face à la hauteur de notre ambition." Les priorités sont cochées. France 2023 n’échappera pas à l’épineux dossier sécurité. "On travaille déjà depuis un an avec le ministère de l’intérieur à ce sujet, l’État est déjà extrêmement structuré, avec hélas plus d’expérience que les autres. Le Préfet Pierre Lieutaud, en charge de la sécurité des grands événements, compte une équipe dédiée. Enfin, Olivier Bourde, ancien patron de la BAC, a rejoint France 2023 en qualité de directeur de la sécurité, sûreté et mobilité."

Pendant une semaine au Japon, Claude Atcher et ses équipes ont multiplié les rendez-vous, avec des partenaires français et internationaux. Ils ont fait le tour des instances internationales pour autour de rencontres informelles, avant de boucler les valises au coup de sifflet final de la cérémonie des Awards. C’est déjà France 2023. Pendant quatre ans, le rugby va rejouer sur le fil de nos émotions, pour peu que les Bleus s’affirment à la hauteur des attentes placées en eux. Et Claude Atcher de conclure, en filant vers les Awards : "C’est une aventure humaine formidable qui nous attend." 2023…

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