• L'Afrique du Sud a remporté, ce samedi, sa troisième Coupe du monde face à l'Angleterre
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Coupe du Monde

Au nom d’un peuple

L’Afrique du Sud a décroché, samedi à Yokohama, le troisième titre mondial de son histoire. Si leur année 2019 en faisait un sérieux candidat au titre suprême, les Springboks reviennent pourtant de loin. Au-delà de l’exploit sportif, les discours ont vite pris une tournure sociétale, dès samedi, tournés vers un pays en grande souffrance.

C’est le capitaine Siya Kolisi, bien sûr, qui a pris la parole face caméra pour un message à destination des supporters, distillé sur les réseaux sociaux. « L’Afrique du Sud, toute l’Afrique du Sud, nous tenions simplement à vous dire « merci ». Nous avons vu chacune de vos vidéos de soutien. En réponse, nous avons tout donné. » Au premier rang derrière Kolisi, Cheslin Kolbe et Faf De Klerk posaient chacun une main sur le Trophée Webb-Ellis, bientôt dans les vitrines de Johannesbourg et pour quatre années au moins. Encore derrière eux, le pilier Vincent Koch et le talonneur Mbongeni Mbonambi, qui s’embrassaient. Il y avait tout, dans cette image. Un capitaine noir, ce n’est pas un gros mot. Un stratège blondinet et un ailier métis, comptan parmi les meilleurs joueurs de la planète. Un pilier franchement blanc, un talonneur franchement noir, dont le partage des émotions noie les préjugés.

Par le prisme français, peu auraient relevé. Anecdotique, finalement. Vu d’Afrique du Sud, pays de mélange qui n’a jamais su apaiser les tensions raciales de son histoire, le cliché vaut de l’or. C’est, en fait, tout ce après quoi l’Afrique du Sud court et, via le rugby, rêve de trouver enfin. Une paix, une communion. Au-delà du titre, qui appartient à la seule sphère sportive, il y a l’Histoire. « Voilà ce que peut faire notre pays quand il ne fait qu’un, qu’une seule équipe est unie autour d’un seul but », poursuivait Kolisi. Quelques minutes plus tôt, en conférence de presse devant des journalistes de toute la planète rugby, le capitaine de Boks s’était étendu sur le sujet. Sur les difficultés actuelles de l’Afrique du sud, sociétales, bien loin du rugby. « Depuis que je suis né, je n’ai jamais vu mon pays dans cet état. » Il est ici question d’insécurité, de racisme et de ce vivre ensemble dont le peuple sud-africain n’a jamais semblé aussi loin. Kolisi encore : « Il y a beaucoup de problèmes dans notre pays, et une équipe comme la nôtre avec différents parcours, différentes races a su se réunir pour atteindre son objectif. J’espère qu’on a montré à notre peuple qu’il était possible d’accomplir de grandes choses, à condition de tous avancer dans la même direction. »

De toutes les couleurs

Le rugby peut-il régler tout cela ? Ce n’est pas ici l’objet. Ni une analyse sociologique des tumultes de la société sud-africaine, ni une thèse sur les impacts - réels ou non - d’une épopée sportive sur les maux d’un quotidien. Mais ce sacre mondial, dès samedi soir, transcendait facilement les seules préoccupations du rugby. Les discours parlaient d’espoir, de souffrances et de rêves de lendemains meilleurs, donnant à ce titre une dimension nouvelle. Jusqu’au Prince Harry, beau perdant, qui passait dans les vestiaires des Boks pour un mot de félicitations. « Je crois profondément que le rugby à la capacité d’unir chacun d’entre nous. Et je ne pense pas qu’un pays en ait plus besoin que vous, en ce moment. Rien que pour ça, well done*. » 
Le talonneur Mbongani n’appelait rien d’autre de se vœux. « Avant le match, nous savions tout ce que cette finale pouvait représenter, pour le pays et pour nous-mêmes. Nous avions comme précédents les expériences de 1995 et 2007 et nous savions quels impacts ces titres avaient eu sur notre nation. Nous espérons que ce nouveau trophée aura le même impact. Aujourd’hui, nous représentions une nation toute entière. Ce qui signifie être porteur d’espoir. Nous prières vont en ce sens : que ce titre de champion du monde ramène de l’espoir chez les Sud-Africains. »

La manière dont les Sud-Africains ont détruit l’Angleterre en mêlée, fermé le centre du terrain et ciblé l’axe Youngs-Ford semblait alors vite appartenir au rayon des anecdotes. Cette victoire fut pourtant immense. En écrasant le XV de la Rose dans tous les compartiments du jeu, à commencer par le défi physique, les Springboks ont fait aux Anglais ce que ces derniers avaient infligé aux Néo-Zélandais une semaine plus tôt : une leçon de rugby. Diablement physique, terriblement brutal mais tellement intelligent, battant l’adversaire sur son point fort pour le faire vaciller. Du rugby, en somme.

L’affaire n’est pas mince, pour une nation qui pointait au huitième rang mondial il y a moins de deux ans et qui, il y a peu, s’inclinait encore contre l’Italie. En 18 huit mois, Rassie Erasmus aura rendu à cette sélection son âme et son statut. Ce samedi, l’Afrique du Sud est devenue championne du monde pour la troisième fois de son histoire, en seulement sept participations. Personne ne dit mieux. Pour en arriver là, elle en aura vu de toutes les couleurs. 

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