Bordeaux-Bègles - Agen : pluie salvatrice

  • Maxime Lucu à la manœuvre. Il s’est révélé précieux dans un match perturbé par les intempéries. Photo Justine Hamon
    Maxime Lucu à la manœuvre. Il s’est révélé précieux dans un match perturbé par les intempéries. Photo Justine Hamon
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(23 - 0) Victoire sans bavure sous des trombes d’eau. Avec autant de pluie, Urios et ses Girondins ont eu le sentiment de pouvoir « nettoyer » une certaine image du club.

Sous les hallebardes, les Girondins ont enrichi leur palette. Avec le recul, on se rend compte de l’importance de l’entraînement que nous avions suivi mardi dernier, il avait été très dur, très exigeant. Fidèles aux préceptes de Christophe Urios qui désire absolument des séances aussi dures que les parties elles-mêmes. En plus, la météo de la semaine avait été clémente avec les Bordelais, en ce sens qu’elle avait proposé aux joueurs du vent et de la pluie comme au Cap Horn. Ils savaient donc exactement ce qu’ils avaient à faire samedi soir face à Agen. Les amateurs du rugby de tranchées en ont eu pour leur argent, à la 35e, il y avait toujours 0-0, et 6-0 à la pause. Depuis les tribunes, on sentait les joueurs transis et totalement imbibés de l’eau de là-haut, jusqu’à souffrir pour eux. « Non, pour les avants c’était même très bien. Nous avions la «clim» sur le terrain, quand ça s’emballe, on a toujours la pluie pour nous rafraîchir. On était préparés, puisque, dès mardi, une piscine s’est déversée sur nous à l’entraînement. C’était un peu difficile pour les transmissions. Mais je vous rassure, j’ai pris du plaisir ce soir, surtout en défense quand quelques séquences se sont terminées par des plaquages offensifs, un turnover ou un en-avant adverse, même si le supporter lambda préférera quand on joue de partout", a confié Alexandre Roumat.

Mais la déclaration de la soirée fut prononcée avec un sourire de gourmandise par Christophe Urios lui-même : « Quand j’entraînais Castres, j étais content d’affronter Bordeaux dans ce genre de conditions… Maintenant, je pense qu’on se dit que Bordeaux est difficile à jouer, même sous la pluie. Oui, pour moi, c’était un bon match.» Le sous-entendu était évident. Ses hommes lui ont prouvé qu’ils étaient capables de s’adapter aux caprices du temps et à faire des concessions au dogme du « beau jeu », qui est censé gouverner le destin du club. Du moins, c’est une idée qui flotte dans l’air. « Oui, je sens bien qu’ici le public s’enflamme dès qu’il y a une passe, une course. Mais dès qu’il faut ferrailler et qu’on doit mettre du pied, c’est moins enthousiaste. À Bordeaux, c’est plus facile de jouer au rugby quand il fait beau, je sais.» Le baroudeur du rugby français a souvent essuyé des critiques un peu rapides (malveillantes ?) sur la façon de jouer de ses équipes. En début de saison, il nous avait répondu traiter par l’indifférence les attaques de ce genre de détracteurs. « Ceux qui disent ça ne connaissent pas grand-chose au rugby », nous avait-il déclarés alors d’un air las.

Lucu comme un poisson dans l’eau

Que retirer alors précisément alors de ce match si bien conduit ? La belle partie de Maxime Lucu à la mêlée. L’ancien joueur de Biarritz est apprécié de Christophe Urios, pour son jeu propre et très efficace. Samedi, il a excellé sous le déluge avant de laisser sa place à Yann Lesgourgues, pour le coup parfait « finisher » (le nouveau nom "branché" des remplaçants) alors que les conditions météorologiques s’étaient améliorées. La beauté de son essai en fait foi. Maxime Lucu est venu s’expliquer sur sa prestation quasi aquatique. « Il a fallu s’adapter à un jeu restrictif, nous avons fait des choses minimalistes en restant forts sur les bases. Le 0-0 à la 36e ne nous a pas fait douter plus que ça. Même si nous étions un peu impatients, mais la première mi-temps nous a énormément servis. »

Le Basque a largement capitalisé sur ses coups de pied de pression ou d’occupation : « Ça faisait partie de la stratégie, évidemment. Il faut savoir que j’ai joué demi d’ouverture la saison passée avec Biarritz alors j’avais un peu perdu cette qualité de jeu au pied du demi de mêlée. J’ai reçu des reproches d’ailleurs après mes premiers matchs. Mais j’ai beaucoup travaillé avec Heini Adams et aujourd’hui ça a payé. je savais que j’étais attendu là-dessus pour mettre la pression ou la renverser. » En rugby donc, on renverse une pression, on renverse le sens d’une attaque, on renverse carrément un match, on renverse aussi des images y compris vis-à-vis de soi-même. Urios l’a bien noté.

Quel essai de Lesgourgues !

Il y avait 0-0 à la 35e minute. On s’attendait à un score famélique sous une pluie impitoyable et puis, les choses se sont un peu ouvertes en deuxième période alors que le vent et la pluie s’étaient calmés. L’UBB a pu exprimer son talent clairement supérieur ainsi qu’en témoignent ses deux essais. Le premier par Santiago Cordero au terme d’une bonne séquence, premier receveur, il s’arracha au plaquage de Laurence Pearce, puis élimina Verdu d’un joli crochet. Le second fut conclu par Lesgourgues après une attaque magnifique grand champ vers la gauche. Passe après-contact d’école de Jalibert pour Dufour, puis Higginbotham qui accélère, fixe, et retrouve son demi de mêlée à l’intérieur d’une chistera décroisée impeccable. Ce fut le petit bonbon de la soirée pour les 18 000 Bordelo-Béglais qui avaient bravé les intempéries. Le score grimpa jusqu’à 23-0. On crut même un bonus possible sur une ultime relance de cent mètres. Mais un ultime en avant en décida autrement. Bordeaux a mérité ce succès, c’est incontestable. Agen ne pouvait pas espérer grand-chose, c’est vrai. les Lot-etGaronnais ont mis plus d’une heure à venir jouer près de la ligne adverse. On les crut capables de réduire le score mais une dernière passe directement en touche sonna le glas de leurs ambitions.

 

J. P. 

PREVOT Jérôme
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