"Facu, tu es le meilleur, réveille-toi un peu !"

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S’il reconnaît avoir souffert de sa non-sélection pour le mondial japonais, le troisième ligne argentin compte bien se servir de cette épreuve pour revenir plus fort et, enfin, devenir plus qu’un "simple" impact player.

Avant de démarrer, comment allez-vous ?

Bien, très bien même ! Après avoir fait la préparation physique avec la sélection et enchaîné six matchs avec Toulon, nous avons eu droit à neuf jours de vacances. Ça fait du bien de couper. J’ai pu partir à Dubaï, profiter des dernières chaleurs avant l’hiver. Tout le monde est revenu en pleine forme. Moi ? Je fais 110 kilos, contre 113 habituellement. Je me sens plus léger, en pleine forme. Je vais continuer à travailler, à faire du cross fit… et éviter les boulangeries (rires).

Avant les vacances, Patrice Collazo affirmait qu’il attendait beaucoup plus d’un joueur comme vous, tant sur le terrain qu’en dehors. Le comprenez-vous ?

Après la défaite contre le Stade français, il m’a pris à part. On a longuement discuté. Il me demande de devenir un leader. Ce n’est pas naturel chez moi. Alors, les vacances m’ont permis de réfléchir dans mon coin, d’en discuter avec ma copine. J’ai également pu mettre derrière moi la déception de ne pas disputer la Coupe du monde…

Justement, comment avez-vous vécu cette non-sélection pour le Mondial ?

Ça a été un moment très difficile. C’était injuste…

Pourquoi ?

Nous ne sommes pas tous partis sur la même ligne de départ. Avec Mario Ledesma, les joueurs n’évoluant pas en Argentine avaient moins de chance d’être dans la liste finale. Il nous l’a dit dès le premier rassemblement. Alors, tu espères faire basculer sa décision, mais il était clair qu’il comptait davantage sur les "Argentins".

Vous sous-entendez que le choix n’a donc pas uniquement été sportif…

Exactement. Ce n’était pas contre moi, puisqu’il a prévenu tout le monde, pour mettre les choses au clair dès le début de la préparation. Aussi bizarre soit-elle, c’était la règle… Ça a été dur à avaler.

Benjamin Urdapilleta et Nicolás Sánchez ont, eux, été retenus. Est-ce d’autant plus rageant ?

Je ne veux pas comparer nos situations, et j’étais sincèrement content pour eux. Qu’ils soient retenus ou non, ça ne changeait rien pour moi, nous n’évoluons pas au même poste… Sur mon cas, j’ai été touché, déçu. Je ne suis pas le seul. Honnêtement, quand tu te penses que Juan Imhoff ou Ramiro Herrera n’ont également pas été retenus… C’est la politique de la sélection, mais tu te prives de certains joueurs de classe mondiale. Maintenant, si le coach et la Fédération pensaient que c’était la meilleure décision, tant pis pour nous.

Combien de temps vous a-t-il fallu pour avaler la pilule ?

Ça fait plus de deux mois que je suis revenu à Toulon et je pense que c’est désormais derrière moi. J’ai eu la chance de jouer dès mon retour, contre Lyon. Pour être tout à fait honnête, j’ai senti que je jouais beaucoup pour moi. J’ai été trop personnel pendant ce match. Je voulais certainement évacuer la frustration, oublier la Coupe du monde… Je n’avais plus joué depuis le 10 août et une titularisation contre les Springboks. La liste est tombée ensuite et ça a été difficile à vivre. Retrouver le terrain avec Toulon m’a libéré. Objectivement mon début de saison était bizarre. Je cherchais à évacuer. Mais c’est fini, désormais je suis enfin focalisé à 100 % sur Toulon.

Est-ce que cette non-sélection pourrait faire évoluer vos choix de carrière, afin d’avoir davantage de chances de disputer le mondial 2023 ?

Non. Mon objectif est de continuer à Toulon, d’aller décrocher un Top 14 et un titre de champion d’Europe. Voilà mes priorités. Cette non-sélection ne change rien. Quand j’ai signé à Toulon en 2017, la politique de sélection était déjà en place. Elle était même plus stricte (aucun joueur évoluant à l’étranger n’était sélectionnable, N.D.L.R.). J’ai appris à vivre avec. Finalement, le règlement a évolué et j’aurais pu disputer le Mondial… Avec l’Argentine la porte est parfois ouverte, parfois non. C’est instable. C’est dur quand on est joueur. Désormais, si je suis en sélection, tant mieux, sinon on fera avec. Aujourd’hui je suis en contrat avec Toulon jusqu’en 2022 et c’est ma seule priorité.

Pensez-vous vous servir de cette épreuve pour devenir un autre joueur ?

Comme joueur je ne peux pas faire beaucoup plus. J’ai un profil assez précis et je ne pense pas qu’il faille changer parce que je n’ai pas été retenu pour la Coupe du monde. Ça n’a rien à voir. Non, ma véritable marge de progression concerne plutôt le leadership. Patrice me demande d’en faire beaucoup plus.

Et donc ?

Pour être honnête, en dehors du terrain, je ne tiens pas à être un joueur référent. Ce n’est pas mon truc. Alors, je dois le devenir davantage sur le terrain. Je touche 15, 20 ballons par match et je ne peux me contenter de jouer dans mon coin. Patrice a compris que je n’étais pas un joueur qui parlait dans le vestiaire, alors il me demande de gagner en régularité, pour qu’à chaque match je puisse emmener l’équipe, par mes charges, mes plaquages.

Comment devenir plus régulier ?

Avant, je me mettais moins de pression. Je bossais pour faire avancer l’équipe et apporter un plus. Mais aujourd’hui, je ne suis plus un jeune joueur, et chaque erreur commise me coûte plus cher. Quand je fais un en-avant, je sais que les mecs me regardent et se disent : "Qu’est-ce qu’il arrive à Facu ?" Ils peuvent alors douter, baisser la tête… Ça me rajoute un peu de pression et j’essaye d’apprendre à faire avec.

Ne craignez-vous pas de perdre l’insouciance qui a longtemps fait votre force ?

Il va falloir trouver l’équilibre. Je dois désormais en faire plus que les autres. Ne plus me reposer sur mes acquis. Que ce soit sur le terrain, à l’entraînement, à la musculation. Je dois montrer l’exemple.

À votre arrivée, on disait de vous que vous étiez capable de faire avancer l’équipe de 30 mètres sur une charge, mais également d’arriver en retard à l’entraînement et d’être dans vos rêves toute une journée… Que répondez-vous ?

Que c’est vrai ! Mais je pense avoir progressé. Je suis devenu ponctuel. (rires) Plus jeune, je n’avais pas pris la dimension du professionnalisme…

Qu’est-ce qui vous a fait grandir ?

Côtoyer des grands joueurs, avec d’immenses carrières, me permet de comprendre ce qu’on attend de moi. Je les observe beaucoup. Quand vous êtes jeune, vous vous reposez sur vos qualités. En vieillissant, c’est moins vrai. Je réapprends à travailler. En quantité comme en qualité. Les anciens me l’ont toujours dit et j’en prends conscience…

On parierait pourtant que Juan Martin Fernandez Lobbe, votre mentor, vous avait prévenu…

Il me le répète depuis deux ans, mais je ne comprenais rien (rires). Et il n’était pas seul. Lors du dernier Rugby Championship, nous avons organisé une réunion entre les troisième ligne. Et tous les mecs m’ont dit : "Facu, tu es le meilleur, réveille-toi un peu !"

Ça vous pique ?

J’entendais ce qu’ils me disaient, mais je n’avais pas envie de tout changer… Je répondais présent sur le terrain ; alors je pensais que c’était suffisant… Mais aujourd’hui, il faut aller de l’avant. Ce que m’a expliqué et demandé Patrice (Collazo) m’aide beaucoup. Il n’a de cesse de me dire que je dois devenir un leader. Il me le répète, me le répète et je pense que ça rentre petit à petit… Ce n’est pas naturel pour moi, mais je comprends que l’équipe a besoin de moi. Je ne peux plus me contenter d’être "un joueur qui avance". Je dois faire plus. Même si je ne fais pas de grands discours dans le vestiaire, je dois montrer aux mecs qu’ils peuvent compter sur moi et se reposer sur moi.

Il paraît que Liam Messam vous a également emmené vers cette prise de conscience…

Je le regarde énormément. C’est le joueur qui s’entraîne le plus : sur le terrain, à la salle de musculation. Il arrive le premier et part le dernier. Il me fait penser à Leguizamon. Lui, c’est un fou de travail. Tu le regardes tu te dis : "C’est qui ce mec ?" Le problème, c’est que certains joueurs aiment travailler, pousser… mais pas moi !

À ce point ?

Un jour, pour rigoler j’avais dit que j’étais là pour faire du rugby, pas de la musculation, sinon je me serais inscrit au cross fit. Ça avait amusé les mecs (sourire). Alors, je me cachais un peu. Plus aujourd’hui. Il m’a fallu du temps pour le comprendre. Je préfère toujours jouer au rugby et, d’ailleurs, j’aimerais que le reste n’existe pas. (rires) Mais aujourd’hui c’est un indispensable.

Comment appréhendez-vous l’arrivée de Sergio Parisse et le retour de Charles Ollivon, qui peuvent évoluer en 8 ?

Avec Charles on se connaît très bien. Nous sommes en concurrence depuis deux saisons et ça s’est toujours bien passé. Sergio… C’est bizarre pour moi. Je regardais tout le temps des vidéos de lui quand j’étais petit. Il va nous faire tellement de bien. Il va aussi me tirer vers le haut. Je vais regarder chacun de ses gestes, de ses exercices. Pour moi, il est sur le podium des plus grands troisièmes lignes du monde. C’est fou de dire que je vais jouer avec lui désormais.

Enfin vous avez démarré toutes les rencontres en 8 cette saison. Vous verra-t-on à nouveau avec le 6 ou le 7 ?

Je n’ai rien demandé à Patrice cette saison… Simplement parce que je n’ai cessé de lui réclamer la saison passée et qu’il ne m’entendait, ne m’écoutait pas ! (rires) Mais oui, cette saison j’aimerais être au centre de la troisième ligne. C’est là que je suis le plus à l’aise. Quand la mêlée avance ou qu’on a un ballon d’attaque, je peux charger et faire avancer l’équipe. Je touche beaucoup plus de balles, et c’est là que je suis le meilleur. Ça participe également à ma responsabilisation, car le numéro 8 est un joueur central pour l’équipe.

"Sergio… C’est bizarre pour moi. Je regardais tout le temps des vidéos de lui quand j’étais petit. Il va nous faire tellement de bien. Il va aussi me tirer vers le haut."

Midi Olympique
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