Kaino : « Je ne me contente pas de compter les titres »

  • "Je ne me contente pas de compter les titres"
    "Je ne me contente pas de compter les titres"
Publié le / Mis à jour le

À 36 ans, le double champion du monde All Black, Jérôme Kaino, troisième ligne du Stade toulousain, conserve des ambitions intactes. Mais au-delà d’enrichir son palmarès au moment d’entamer l’aventure européenne, lui insiste surtout sur la capacité du groupe rouge et noir à élever encore son niveau.

Le succès convaincant contre Clermont a-t-il insufflé de la confiance dans le groupe ?

Je le crois. Notre équipe continue à se construire à travers cette saison. Nos performances n’ont pas toutes été bonnes mais les intentions étaient là et il fallait mieux les exprimer. Ce fut le cas samedi et il était important de retrouver l’expérience des internationaux comme Sofiane (Guitoune), Max (Médard), "La Huge" (Huget), Thomas (Ramos) ou Romain (Ntamack). Ils apportent leur vécu derrière et leur talent offensif. La victoire contre Clermont est arrivée au bon moment pour renforcer le groupe avant la Champions Cup. J’espère qu’on va poursuivre sur ce chemin.

Est-ce une bonne répétition avant Gloucester ?

C’était le timing parfait pour apporter cette confiance indispensable avant de se rendre à Gloucester. Le contexte sera différent mais le défi est grand. Chacun d’entre nous a envie de répéter ce que nous avons fait l’an passé dans la compétition, de prouver que le Stade toulousain en est capable.

L’aventure européenne avait été incroyable…

Nous avons vécu une expérience exceptionnelle. Gagner contre le Leinster en match de poule, battre le Racing sur son terrain en quart de finale… Nous avons aussi beaucoup appris lorsque nous avons perdu face à cette même équipe du Leinster en demi-finale à Dublin.

Qu’avez-vous appris à l’Aviva Stadium ?

L’intensité du rugby pratiqué dans un tel rendez-vous, sur un match entier. Ce n’est pas vingt minutes à fond plus vingt minutes plus tranquilles. C’était quatre-vingt minutes complètes disputées à haute intensité. Nous possédons une jeune équipe et avons conscience qu’il nous faut progresser mais, pour nous, ce fut extrêmement enrichissant. Nous avons touché du doigt le niveau auquel évoluaient des cadors comme les Saracens, le Leinster ou le Munster. Nous savons désormais ce que nous avons besoin d’améliorer pour atteindre ces mêmes standards. On doit le prouver à Gloucester car le format de la Champions Cup laisse peu de place aux faux pas et le résultat aura une incidence sur la suite.

La compétition est-elle spéciale pour vous ?

Elle est même très spéciale ! Quand j’étais en Nouvelle-Zélande, je regardais les matchs de H Cup et les nombreux succès de Toulouse dans cette compétition. C’était un rêve pour moi d’y participer. Maintenant, c’est le cas et le jeu pratiqué est d’un niveau fantastique. C’est définitivement un des meilleurs tournois de rugby du monde. Voilà pourquoi c’est excitant.

Vous avez remporté tant de titres dans votre carrière. Ajouter la Coupe d’Europe à votre palmarès est-il un objectif suprême ?

Bien sûr mais je ne me contente pas de compter les titres. Je ne l’ai jamais fait. Le plus important, ce n’est pas la ligne sur le palmarès mais l’expérience vécue au sein d’une équipe qui m’a amené au titre. Quand on y parvient, on l’a mérité parce qu’on a travaillé très dur et qu’on a trouvé un bel équilibre dans le groupe. C’est ce qu’il s’est passé la saison dernière à Toulouse, avec une bonne alchimie entre tous les jeunes et les quelques mecs plus âgés comme moi. On veut encore afficher un joli visage cette année.

être champion d’Europe n’est-il pas votre dernier grand défi ?

Non, je ne l’aborde pas ainsi. La Champions Cup est un magnifique challenge. Mais, dans la façon dont je le vis, cela n’a rien à voir avec l’enrichissement personnel de ma carrière. Je veux profiter de l’aventure avec ce groupe et je sais qu’il est capable de grandes choses. Remporter la Coupe d’Europe est un rêve collectif, pas individuel. L’objectif minimum est d’essayer de faire au moins aussi bien que l’an passé. On a atteint la demi-finale, on veut aller plus loin.

Aviez-vous été impressionné par l’euphorie née du dernier Brennus dans la ville ?

Juste après la finale, Clément Poitrenaud et William Servat m’ont dit : "Attends d’arriver à Toulouse et tu vas comprendre ce que ce succès signifie pour les gens." Voir autant de monde et autant de bonheur durant notre parade restera un souvenir unique. ça donne envie de redonner de la joie à nos supporters et de faire quelque chose en Coupe d’Europe.

Donc de revivre ce genre de moments avec le trophée européen en mains ?

Pourquoi pas avec les deux trophées ? (sourires) Il faut un investissement énorme mais ce groupe bosse beaucoup. Donc je ne vois pas pourquoi il n’aurait pas les facultés pour accomplir cette double ambition.

Que connaissez-vous de Gloucester ?

Je ne pars pas dans l’inconnu car cette formation est composée de plusieurs joueurs que j’ai affrontés en Super Rugby et elle est entraînée par Johan Ackermann qui a coaché les Lions quelques saisons (entre 2013 et 2017, N.D.L.R.). Il a fait venir certains de ses anciens hommes, comme le flanker Jaco Kriel qui est impressionnant dans les rucks. J’ai déjà joué contre Cipriani aussi, ou Twelvetrees quand il était avec la sélection anglaise. Gloucester possède beaucoup de qualités, notamment devant. Le champion du monde springbok Franco Mostert est un des meilleurs deuxième ligne du monde.

Vous avez succédé, en termes de leadership, à Julien Marchand après sa blessure l’an passé. Son nom revient comme futur capitaine du XV de France. Qu’en pensez-vous ?

Ce serait extraordinaire pour lui et pour notre équipe. L’an dernier, même lorsqu’il était blessé, Julien était là pour insuffler son état d’esprit et il a eu une grande influence sur le groupe. Il a beaucoup aidé les jeunes joueurs à progresser. Son retour est une excellente nouvelle, pas juste pour ses discours mais aussi pour son exemplarité dans les performances ou ses attitudes à l’entraînement. Ce serait génial de le voir de retour avec les Bleus car il représente l’avenir du rugby français. Et tenir cette responsabilité serait très spécial pour nous.

Lui-même dit que c’est sûrement trop tôt…

Il n’est jamais trop tôt pour jouer ou être capitaine, en club ou en sélection. D’autres jeunes l’ont fait, c’est une question d’état d’esprit. Regardez Romain Ntamack ! Ce serait une belle opportunité pour Julien.

"Remporter la Coupe d’Europe est un rêve collectif, pas individuel. L’objectif minimum est d’essayer de faire au moins aussi bien que l’an passé."

Voir les commentaires
Sur le même sujet
Réagir