Ryan : « J'apprends même le verlan »

  • Donnacha Ryan (Racing 92)
    Donnacha Ryan (Racing 92) Icon Sport / Manuel Blondeau / Icon Sport
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Au club depuis l’été 2018, l’international irlandais, Donnacha Ryan, (47 sélections) s’est très vite imposé comme un leader naturel. Il parle aujourd’hui un très bon français. À tel point qu’il a souhaité absolument répondre à cette interview dans la langue de Molière, ne faisant appel à sa langue maternelle que ponctuellement.

Vous êtes l’un des joueurs les plus utilisés depuis le début de saison. Quel est votre secret pour être toujours aussi performant à 35 ans ?
(Il rigole) Le sommeil ! Dormir, c’est capital. À mes yeux, la récupération est aussi importante que l’entraînement. Lorsque j’avais 20 ans, j’aimais après les matchs fêter les victoires, aller boire quelques bières avec mes partenaires. C’était souvent de chouettes moments. Seulement, en vieillissant, j’ai beaucoup appris. Je sors moins. J’ai mis en place une certaine routine depuis plusieurs années où je fais beaucoup d’étirements. Et puis, j’ai la chance d’avoir une femme qui s’occupe très bien de nos enfants quand ils se lèvent tôt (rires).

Vous allez avoir 36 ans le 11 décembre prochain. Combien de temps pensez-vous encore jouer au plus haut niveau ?
Mon contrat avec le Racing court jusqu’en juin 2021. J’espère pouvoir aller au bout, c’est mon objectif. Je prends encore beaucoup de plaisir à jouer, à évoluer avec les jeunes du club. Ils me donnent beaucoup d’énergie, me font bien marrer, même si je déteste leur musique dans le vestiaire (rires). Le rap, ce n’est pas trop mon truc. Je suis trop vieux pour ça. Mais j’avoue que ça m’aide pour mieux parler français, même si parfois ce ne sont pas de jolis mots (rires). J’apprends même le « verlan », je sais dire « Zarrebi » (bizarre, N.D.L.R.).

Vous avez porté les couleurs du Munster durant treize ans. Qu’est-ce que cela représente d’affronter vos anciens partenaires à Thomond Park ?
Je trouve ça super ! C’est l’endroit où j’ai grandi, j’y ai beaucoup d’amis. Il y aura forcément beaucoup d’émotion samedi. Le Munster, c’est mon club de cœur, mais j’avais toujours rêvé de jouer en France. Et aujourd’hui, je me sens très bien au Racing.

Quand on joue aussi longtemps pour une équipe comme le Munster, est-on Munsterman à vie ?
Oui, c’est un peu vrai. Les joueurs du Munster étaient mes héros quand j’étais gamin. Et les gars d’aujourd’hui le sont toujours un peu. Ils portent les couleurs de ma région. C’est un peu la même chose au Racing. Je vois bien le regard des jeunes vis-à-vis des anciens. Il y a beaucoup de respect et d’admiration. J’aime tous ces gamins comme Antoine (Gibert), Yoann (Tanga-Mangène)… Plus tard, quand je serai à la retraite, je pourrais dire que j’ai joué avec ces gars-là.

Dans la culture irlandaise, la transmission est très importante. Avez-vous le sentiment d’avoir un rôle à jouer dans ce domaine au Racing ?
J’ai eu la chance au Munster d’avoir des joueurs qui m’ont toujours guidé. Quand j’étais jeune, j’étais très nerveux. Je me bagarrais souvent. C’est grâce aux anciens que j’ai réussi à canaliser mon énergie. Aujourd’hui, je suis vieux (rires), mais j’aime passer du temps avec les jeunes comme Baptiste (Chouzenoux), Yoann (Tanga-Mangène) ou les autres. Et si je peux les aider, si je peux être un mentor, c’est un plaisir et une fierté pour moi.

Que représente Thomond Park pour un Munsterman ?
C’est comme une cathédrale. C’est l’endroit où tout le monde se retrouve le samedi ou le dimanche. On y croise son instituteur, son boucher, ses amis, sa famille. Chacun y a ses habitudes. L’atmosphère y est fantastique pendant et après les matchs où les gens se retrouvent pour boires quelques pintes. Pour l’équipe, c’est une force indéniable. Jouer sur la pelouse de Thomond Park, c’est comme jouer dans le jardin familial.

Est-ce aussi ça la « Racing family » ?
C’est un peu différent, mais les cultures irlandaises et françaises sont différentes. Avec moi, les supporters du Racing ont été formidables. L’an passé, j’étais parrain d’une association, les Piranhas. Je me souviens que lorsque mes parents sont venus, ce sont eux qui nous ont accompagnés pour visiter Paris. Mais j’ai surtout été marqué par leur générosité. Lorsqu’il y a eu le décès d’Anthony Foley (l’entraîneur du Munster est décédé en 2016 dans un hôtel de Suresnes quelques heures avant un match opposant les deux équipes), la rencontre avait été annulée. Or, les supporters du Munster ne pouvaient pas tous se payer de nouveau un hôtel lorsque le match a été rejoué. Spontanément, ceux du Racing les ont accueilli dans leurs maisons. Ça m’avait touché.

Quel est votre regard sur le renouveau du Munster depuis deux ans ?
Après 2010, l’équipe était en plein renouvellement. Beaucoup de joueurs étaient partis à la retraite. Il a donc fallu un peu de temps afin qu’une nouvelle génération se mette en place. Aujourd’hui, c’est une des meilleures équipes européennes. Elle reste sur deux demi-finales de Champions Cup, ce n’est pas rien. Et même si nous les avons battu en 2018 à Bordeaux, on doit se méfier.

Vous attendez-vous à un accueil « personnalisé » sur le terrain ?
Je connais bien les mecs, là-bas. Le combat, il aime ça. Je sais que ce ne sera pas simple et que je risque de subir quelques plaquages bien appuyés. Mais, c’est le jeu (rires)

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