La Rochelle : l'art de se compliquer la tâche

  • Le centre des Sharks, Rohan Janse Van Rensburg a posé des problèmes à la défense rochelaise. Bien que les coéquipiers de Vincent Rattez, longtemps en infériorité numérique, aient fait preuve de pugnacité pour échouer à seulement dix points. Photo Icon Sport
    Le centre des Sharks, Rohan Janse Van Rensburg a posé des problèmes à la défense rochelaise. Bien que les coéquipiers de Vincent Rattez, longtemps en infériorité numérique, aient fait preuve de pugnacité pour échouer à seulement dix points. Photo Icon Sport
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(25-15) Le Stade rochelais a joué quarante-six minutes en infériorité numérique dont seize à treize. Et pourtant, elle a fait bonne figure. Mais qu’est-il passé par la tête de Pierre Bourgarit ?

Franchement, qu’est ce qui a pris Pierre Bourgarit à la 38e minute ? Pourquoi est-il venu se mêler d’une petite échauffourée et, par-derrière, poser sa main sur le visage de Tom Curry, dont un contact avec les yeux ? Ce sera difficile à nier. Poliment, le talonneur international refusa de nous parler après la rencontre. Il méditait les conséquences de son geste ; à court terme (défaite de son équipe et chances de qualification limitées) et à long terme (lourde suspension possible pour lui). Sincèrement, sans ce carton rouge précoce, La Rochelle aurait pu ramener quelque chose de ce voyage dans le nord de l’Angleterre, dans ce stade perdu dans une zone sans âme sous un pont autoroutier, et face à une équipe de Sale qu’on pensait plus dangereuse avec son champion du monde Faf De Klerk. "Notre première mi-temps fut de bonne qualité, la meilleure de la saison mais ensuite, nous avons voulu trop forcer les choses quand La Rochelle s’est retrouvée à treize", nous confiait Jono Ross, capitaine sud-africain de Sale. Ses propos sonnaient comme un hommage à ses adversaires, ces Rochelais auteurs notamment d’une deuxième mi-temps étonnante. Malgré une pluie de pénalités contre eux, trois cartons, ils ont souvent joué dans le camp adverse, ils ont contré, ils ont franchi, avec un bon Vito, un Kerr-Barlow qui apporta beaucoup dès son entrée par sa faculté à porter le ballon.

Patat : "On a voulu jouer contre l’arbitre"

"Notre indiscipline nous a coûté très cher. On a voulu jouer contre l’arbitre et à ce jeu, on perd toujours. Nous avons montré une image négative à l’arbitre central et ensuite, toutes les décisions litigieuses furent contre nous. Mais on ne peut pas excuser le geste de Pierre Bourgarit. C’est à nous de l’accompagner désormais. On va le défendre, il a voulu pousser Curry et sa main est entrée en contact avec les yeux. Il n’y avait pas de volonté délibérée de faire mal", résumait Grégory Patat, entraîneur paradoxalement assez fier de cette équipe. On le comprend car les Jaune et Noir ont fait mieux que de la simple résistance. On regrettera peut-être une pénalité non tentée par Brock James juste avant la pause. La touche qui suivit ne déboucha sur rien sinon l’essai – superbe – refusé à Ashton. "Nous avons été souvent dangereux dans le camp adverse, sans concrétiser. Mais derrière les premières relances de jeu des avants, nos trois quarts ont su trouver de bonnes situations, avec des différences sur les extérieurs et du bon jeu derrière la défense. Des trucs qui nous faisaient défaut ces derniers temps. Mais je le reconnais, après des percées, on n’a pas su faire la différence. Sur les derniers rucks, les joueurs de Sale ont souvent su ralentir les ballons, juste ce qu’il fallait. Mais on a montré qu’on pouvait exister dans cette compétition." À se remémorer les péripéties de cette partie, on se dit que Geoffrey Doumayrou aurait pu s’abstenir de ratisser un ballon au pied dans les mains d’un joueur adverse, geste sans gravité mais que le public hua comme s’il s’était agi d’une agression inqualifiable. M. Brace retourna une pénalité. On se souvient que Rémi Le Roux fut expulsé temporairement pour le sauvetage d’un essai sur Solomona, a priori sans ballon, mais sanction vraiment cruelle. La Rochelle s’est donc retrouvée avec une main liée dans le dos en jouant seize minutes à 13 et trente à 14, et franchement, vu des tribunes, ça ne s’est pas vu. Ça ne ramène pas de point, mais ça fait chaud à l’âme.

Jérôme Prévôt
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