• Jacques Nienaber, le « porteur d’eau » des Springboks durant le Mondial, pourrait devenir le futur sélectionneur des champions du monde.
    Jacques Nienaber, le « porteur d’eau » des Springboks durant le Mondial, pourrait devenir le futur sélectionneur des champions du monde. Sportsfile / Icon Sport / Sportsfile / Icon Sport / Sportsfile / Icon Sport
Publié le / Modifié le
Portraits

Le frère Jacques

Entraîneur de la défense des champions du monde sud-africain, Jacques Nienaber, qui n’a jamais joué au rugby et a commencé sa carrière dans le rugby professionnel comme kiné, est pressenti pour prendre la succession de Rassie Erasmus - dont il est le plus fidèle lieutenant depuis l’université - à la tête des springboks. Retour sur un parcours hors norme.

C’était l’arme secrète des Springboks. Ce petit plus qui a permis aux Sud-Africains de soulever le trophée Webb-Ellis le 2 novembre dernier à Yokohama, synonyme de troisième sacre mondial pour la nation arc-en-ciel. C’est lui qui a permis à des Boks à la dérive fin 2017 de briller sur la planète ovale seulement dix-huit mois après son arrivée en sélection. Vous pensez certainement à Cheslin Kolbe, ou encore au retour triomphant de Duane Vermeulen, de l’avènement du capitaine Siya Kolisi. D’autres pourraient alors citer le sélectionneur Rassie Erasmus. Ce serait difficile de les contredire mais peut-on vraiment parler de botte secrète ? Les Boks ont conquis le monde grâce à leur défense et à l’homme qui a construit ce rideau de fer : Jacques Nienaber.

Ne cherchez pas dans vos souvenirs, vous ne parviendrez pas à le visualiser ballon en mains et crampons au pied. Vous ne trouverez pas non plus sur internet. Même Youtube a ses limites et il est difficile d’inventer ce qui n’existe pas. Et comme Jacques Nienaber n’a jamais joué au rugby, il n’est donc pas nécessaire d’en vouloir à votre fournisseur d’accès à internet. Jacques Nienaber n’est pas non plus entraîneur de rugby. En tout cas, il ne l’était pas avant de rencontrer Rassie Erasmus et il n’avait jamais rêvé l’être. L’entraîneur de la défense sud-africaine voulait être kinésithérapeute. C’était son plan de carrière, comme on dit, mais la vie est faite de rencontres. Celle avec Rassie Erasmus va changer ses plans. « Nous nous sommes rencontrés pour la première fois il y a très longtemps, raconte ainsi Jacques Nienaber, Nous avons fait l’armée ensemble. C’est une expérience qui soude les hommes. » Les deux hommes sont bien loin d’imaginer fêter un titre de champion du monde ensemble. « Rassie est resté plus longtemps que moi dans l’armée. Il était bien plus à l’aise et intéressé que je ne pouvais l’être… Il était très bon tacticien, comme vous pouvez le constater ! » Le hasard de la vie veut que les deux frères d’armes se retrouvent à l’université. Rassie Erasmus ne tarde pas à devenir le capitaine de l’équipe de rugby. Jacques Nienaber se porte volontaire pour en devenir le kiné et ainsi mettre en pratique son enseignement. Les deux hommes discutent alors beaucoup pendant que Rassie est allongé sur la table. Ce dernier est alors frappé par les connaissances de son ami et par la clarté de sa vision. Après l’université, les deux hommes se retrouvent chez les Cats. Le kiné peut admirer la progression de son ami qui devient international. « Je suis devenu entraîneur dès que j’ai arrêté de jouer », se souvient alors Erasmus qui a alors une idée que beaucoup qualifieront de saugrenue. « J’ai tout de suite fait venir Jacques en tant qu’entraîneur spécialisé. Sa passion, ses connaissances et son éthique de travail en matière de défense étaient déjà évidentes à l’époque. Il est très bon dans le relationnel et sait faire passer son message avec brio. » Les deux hommes ne se quittent plus depuis 2006, formant un duo aussi atypique qu’indissociable, passant des Cheetahs aux Stormers, tentant aussi l’aventure européenne au Munster. L’ancien patron de la province irlandaise Garrett Fitzgerald est bien placé pour le savoir, lui qui a accueilli les deux hommes en 2016 avant de les voir faire le trajet inverse deux ans plus tard avec deux autres entraîneurs dans leurs valises Aled Walters et Felix Jones : « Lorsque Rassie nous a informés qu’il partait, notre souhait était que Jacques reste et qu’il devienne alors le nouvel entraîneur en chef. Mais je pense qu’ils continueront toujours de travailler ensemble. » C’est ainsi que le kinésithérapeute (il continue de pratiquer avec sa femme qui est aussi kiné), qui a profité de ce statut pour entrer sur la pelouse avec les soigneurs pendant la Coupe du monde, est le grandissime favori pour prendre la place de son ami à la tête des Springboks puisque les deux hommes seraient alors encore amenés à travailler ensemble.

Logique pour Duane Vermeulen

Une succession qui apparaît logique, tout du moins chez les joueurs comme le souligne Duane Vermeulen : « Jacques est une personne fantastique. Quand je l’ai rencontré pour la première fois, il était kinésithérapeute et il est maintenant entraîneur de la défense. Je ne sais pas qui va prendre la relève, mais ce serait un bon successeur. Il comprend comment nous jouons et comment nous voulons évoluer en tant qu’équipe. » De son côté, Jacques Nienaber relativise son parcours atypique, expliquant qu’il a eu la chance de prendre en charge la défense à une époque où les spécialistes ne se bousculaient pas au portillon. Toujours est-il que son travail est reconnu de tous puisque l’Afrique du Sud n’a encaissé que quatre essais pendant la Coupe du monde, dont deux lors du premier match face à la Nouvelle-Zélande, pour un total de 67 points encaissés en sept rencontres (les Springboks encaissaient 27 points de moyenne lors des deux ans précédant son arrivée). Les Anglais, pourtant étincelants dans le secteur offensif, se sont cassé les dents sur la défense sud-africaine en finale.

Reste que si le poste lui semble promis d’autant plus que Rassie Erasmus prône pour la continuité alors que le groupe des champions du monde ne devrait pas être handicapé par un nombre important de départs à la retraite, des interrogations subsistent en Afrique du Sud : peut-on confier le poste de sélectionneur à quelqu’un qui n’a jamais endossé le costume d’entraîneur en chef alors que des candidats comme Deon Davids (Southern Kings) se sont manifestés ? Des craintes exprimées notamment par l’ancien ailier Akona Ndungane, champion du monde en 2007 : « Entraîneur en chef, c’est totalement différent que d’être un simple entraîneur de la défense, car vous vous concentrez uniquement sur vous. Vous n’avez rien d’autre à gérer. Par exemple, pour le coaching, vous devez être très bon dans différents secteurs et cela va au-delà de votre rôle d’entraîneur spécialisé, en particulier en termes de gestion des joueurs. » Jacques Nienaber pourra encore compter sur son ami pour appréhender ses nouvelles fonctions si jamais la Fédération décidait de suivre rapidement les recommandations d’Erasmus. Il y a aussi fort à parier que celui que l’on pouvait prendre pour un simple « porteur d’eau » pendant les matchs était en réalité le véritable bras droit, pas seulement cantonné à son rôle d’entraîneur de la défense. Et encore moins à celui de kinésithérapeute. En tout cas, dans le plan d’Erasmus, il est celui qui doit guider les Boks pour la tournée des Lions Britanniques et Irlandais en 2021.

Digest

Né le : 16 octobre 1972 à Bloemfontein (Afrique du Sud)
Clubs successifs : Cheetahs (kinésithérapeute de 1996 à 2004, préparateur physique de 2004 à 2006), Stormers (entraîneur de la défense de 2008 à 2015), Munster (entraîneur de la défense (2016-2017), Afrique du Sud (entraîneur de la défense depuis mars 2018).

Voir les commentaires
Réagir