Tadjer : « Tous les matins, je suis comme un gosse »

  • Mike Tadjer (Clermont) contre Bordeaux
    Mike Tadjer (Clermont) contre Bordeaux Icon Sport - Icon Sport
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Remplaçant samedi, l’invité surprise de ce début de saison s’est pourtant taillé une place intéressante dans le groupe. Au point d’envisager d’y rester ?

Après deux relégations consécutives, vous disputez cette saison la Champions Cup. Vous pincez-vous tous les matins pour y croire ?

(il se marre) Je n’en suis plus là mais je suis comme un enfant, c’est clair. Après avoir effectué l’essentiel de ma carrière dans des clubs en lutte pour le maintien, jamais je n’aurais imaginé avoir l’opportunité d’évoluer un jour à Clermont. Chaque matin, lorsque j’arrive au centre d’entraînement, ou à chaque match, je suis comme un gosse à l’idée de côtoyer des mecs comme Isaia Toeava, Morgan Parra, Fritz Lee, Peceli Yato, Damian Penaud…

La vie de groupe est-elle différente dans un tel effectif que dans des clubs moins prestigieux ?

Honnêtement, j’appréhendais un peu cet aspect. Dans les clubs qui jouent le maintien, l’aspect « valeurs » est toujours mis en avant, et c’est quelque chose que je craignais de perdre à Clermont en matière de vie de groupe, de cohésion. Mais à ma grande surprise, malgré le pedigree et le palmarès des joueurs de l’effectif, j’ai finalement découvert que le groupe vivait exactement de la même manière à Clermont qu’ailleurs ! On se rassemble, on fait des activités en équipe, il y a un melting-pot fantastique… Tout ça rend cette expérience encore plus incroyable.

Votre arrivée à Clermont a été précipitée par l’arrêt « surprise » de Benjamin Kayser. Mais pour revenir à votre transfert, votre départ de Grenoble cet été en a surpris plus d’un…

C’était d’autant plus surprenant que dans mon esprit, je n’avais pas prévu de partir de Grenoble, quelle que soit l’issue de la saison. Mais une quinzaine de jours avant le match du maintien contre Brive, j’avais été reçu par les dirigeants du club, qui m’avaient expliqué qu’ils n’étaient pas contre l’idée de me libérer en cas de descente… Je l’avais eue un peu mauvaise, forcément. Et quand Benjamain Kayser a annoncé son arrêt, mon agent m’a très vite appelé. J’ai très vite compris que j’avais le profil, puisque Clermont recherchait un Jiff qui connaissait le Top 14. Puis j’ai eu Franck Azéma au téléphone, et ma venue à Clermont a tout de suite été une évidence.

Pour vous, peut-être. Pour les supporters, un peu moins… Leur en avez-vous voulu au départ ?

Je sais ce que je vaux, et le travail que j’ai accompli depuis le début de ma carrière. Après, je comprends évidemment que les gens ont été déçus en voyant mon nom. Vu le calibre du club, ils s’attendaient probablement plus à une star étrangère, ou un jeune à fort potentiel… Je ne vais pas mentir : j’ai lu beaucoup de choses sur moi, et je me suis servi de tout ça pour travailler encore plus et renforcer ma détermination à réussir. C’est pourquoi mes vacances n’en ont pas vraiment été ! (rires) Pour arriver en forme avant la reprise, j’ai perdu 7 kg cet été, et j’en ai tombé 11 au total depuis le début de la saison, tout en perdant 5 % de masse grasse. Même si j’avais toujours fait attention à mon poids, le fait d’arriver à Clermont m’a fait hausser mon niveau d’exigence.

Quand avez-vous senti que votre statut a basculé cette saison ?

En début de championnat, je n’ai pas trop joué. J’ai eu ma première titularisation à Paris, où ça s’est plutôt bien passé, d’autant qu’on avait été plutôt performant en mêlée après une prestation manquée contre Pau. J’ai pu enchaîner contre Montpellier, contre qui ça s’est plutôt bien passé aussi. À partir de là, je me suis vraiment senti partie intégrante du projet.

Au point de vous permettre de découvrir la Champions Cup…

Je n’avais jamais joué cette compétition. J’ai découvert une ferveur de dingue ! Sans dénigrer ce que j’ai connu avant, ici tout est multiplié par 100. Sportivement, je suis en plus rentré rapidement à chaque fois pour 30, 35 minutes. Au niveau mental, ça fait du bien. J’ai même eu la chance de marquer mon premier essai contre les Harlequins au Michelin… C’était énorme ! Et puis, un match comme en Ulster, c’est d’abord un affrontement rugueux, tout ce que j’adore. Bref, je comprends pourquoi on met cette compétition à part, ici.

La question peut paraître candide, mais avez-vous le sentiment de redécouvrir cette saison la notion de plaisir ?

Carrément. S’il fallait repasser par des « petits clubs », je le referais sans hésiter, car c’est cette expérience qui a forgé le joueur que je suis, qui m’a donné la carapace pour intégrer un club comme Clermont. J’y ai même connu de bons moments, une montée avec Agen, par exemple, des maintiens avec Brive… Mais c’est vrai que jouer la descente chaque année, ce n’est pas le même plaisir. Ici, à Clermont, je redécouvre cette notion. C’est pour cela que je vous disais que je vis chaque jour comme un gosse. Cette saison, pour moi, ce n’est que du plaisir.

Justement, au sujet de cette réception d’Agen entre deux blocs de Coupe d’Europe : ne s’agit-il pas du match piège par excellence ?

C’est ce qu’on s’est dit en début de semaine : à chaque fois qu’on a pris un match à la légère cette saison, on l’a regretté. Entre deux blocs de Challenge, Agen viendra jouer le coup à fond, avec les valeurs qu’on leur connaît : beaucoup d’engagement, du combat, de l’agressivité, qui font que le SUA se maintient depuis deux ans… Pour avoir joué dans ce genre d’équipe, je sais comment elles se motivent pour ces matchs-là. Il ne faudra surtout pas les sous-estimer.

À titre personnel, comment envisagez-vous votre avenir à l’issue de cette saison ?

J’ai signé un contrat d’une saison plus une autre en option, dont la levée doit être décidée dans les jours ou semaines qui viennent. J’espère avoir l’opportunité de rester ici, c’est en tout cas mon but. Si le club pense que je n’ai pas le niveau pour ça, ce sera le jeu, et au moins, j’aurai eu l’opportunité de me tester dans un club comme ça, et de donner ce que je pouvais. Et si l’ASM me conserve, j’en serai ravi ! Pour moi, mais surtout pour mon épouse. Elle en a un peu marre de faire et défaire des cartons chaque été, depuis deux ans…

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