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Edito

La part des hommes

L'édito du lundi d'Emmanuel Massicard... Selon vous, quel est le point commun entre Mourad Boudjellal et Christophe Urios ? Vrai, le premier a un temps imaginé que le second pourrait être son entraîneur du côté de Toulon. En vain. Surtout, le patron du RCT a fait venir en France Semi Radradra, l’étoile qui lui a très vite filé entre les doigts au profit de l’UBB et qui va presque aussi rapidement disparaître de la galaxie bordelaise pour continuer à gagner à l’euro million du côté de Bristol.

L’ancien talonneur est également un bon client pour la presse. Jamais avare de ces bons mots qui donnent du corps au message et mettent en lumière la faiblesse de discours lénifiants, servis ailleurs à la table de la bien-pensance. Samedi, après l’éclatante victoire bordelaise au Racing, Urios l’a même jouée comme Boudjellal. Ponctuant son analyse par une déclaration aux allures de bras d’honneur. « Ce match est une dédicace à tous les incompétents du rugby qui pensaient que je ne savais pas faire jouer mes équipes ! » Tiens, prends ça… Et tant pis si, comme Penaud, tu n’as pas mis ton protège-dents !

Urios a fait le buzz avec cet uppercut qu’aurait pu balancer Mourad samedi soir, lui qui va filer les clés à Bernard Lemaître, le nouveau proprio des Rouge et Noir. Du style : « Cette rencontre est mon coup de boule à tous les baltringues qui juraient que je ne savais pas gérer un club… » Finalement, Boudjellal est resté mué malgré la victoire des Rouge et Noir à Pau où il avait pourtant si peu gagné. Accordez-nous la faiblesse d’y voir la confirmation du changement d’ère…

Alors, le point commun entre ces deux-là, et aussi Radradra ? Ils témoignent d’une vérité : la performance rugbystique est le fruit d’une histoire humaine. Le résultat d’une drôle d’alchimie entre la stratégie, le talent et l’affect. Entre le brio de la technique individuelle et la force d’un engagement collectif. Parce que la part des hommes change tout.

Urios semble sur le point de transformer la belle alanguie bordelaise en machine à gagner, comme il avait remis Castres sur les rails après avoir placé Oyonnax sur orbite. Mais, cette fois, il casse ses propres codes : son équipe vibre sur la base d’un rugby de grand mouvement. Et le technicien n’invente rien, il fait juste preuve d’intelligence et de sagesse en s’adaptant à sa matière première : les joueurs. Selon leurs qualités propres, il décline cette saison une version du jeu qui célèbre la vitesse de Jalibert et plus encore le punch de Radradra quand, jusqu’à présent, il magnifiait la rudesse des combattants castrais.

Le succès aidant, Urios en profite pour régler ses comptes mais, ne soyez pas dupes, il n’oubliera jamais la vérité : les grands joueurs font les grands entraîneurs. Pas dupe, Éric Béchu, l’ancien entraîneur d’Albi et Montpellier, nous avait d’ailleurs confié, un soir de succès : « Ce sont les joueurs qui gagnent. Les entraîneurs sont sur leur porte-bagages… »

Plus humain que tant d’autres, l’ancien Columérin n’a jamais failli à ce principe. Urios, lui, va voyager le plus longtemps et le loin possible derrière les jaillissements de Radradra en attendant d’imaginer l’avenir sans ce drôle de Fidjien, la saison prochaine.

Si nul n’est irremplaçable, on peut se demander à quoi ressemblera alors l’UBB. Comme on se demande déjà ce que sera Toulon le jour où Boudjellal aura définitivement tourné les talons… Un peu ce Stade français toujours orphelin de Max Guazzini, ou ce Stade toulousain réanimé par Didier Lacroix ? Chez eux encore la part des hommes et le choix des joueurs furent prépondérants.

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