• Denis Lalanne sur le plateau de "Vivement Dimanche"
    Denis Lalanne sur le plateau de "Vivement Dimanche" Getty / Getty
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Edito

Du souffle à l’épopée...

L'édito d'Emmanuel Massicard... C’était au lendemain des derniers Oscars annuels de Midi Olympique, à la faveur d’une discussion téléphonique partagée avec Olivier Margot, l’un de nos mousquetaires chroniqueurs. L’idée avait fusé aussi vite qu’une contre-attaque de Cheslin Kolbe : et si nous partions à la rencontre de quelques-unes des belles « plumes » qui ont fait la magie du métier de journaliste sportif ?

Des discussions sans prétention menées autour d’un ballon, pour comprendre ce que fut le métier avant internet et les réseaux sociaux ; témoigner de l’évolution du rugby et d’autres disciplines par-delà le prisme grossissant d’une société désormais vouée au culte hégémonique de la communication ; appréhender la force de l’écriture, le sens des rapports humains, le plaisir de la rencontre, la beauté des gestes et la musique des mots écriture ; transmettre, surtout, ce qui nous revient de cet héritage porté par les rugbymen depuis tant d’années et qui nous semble filer entre les doigts des pros d’aujourd’hui, eux qui font carrière quand avant-hier on embrassait un mode de vie en tombant dans le rugby. « Je suis ton homme » avait alors lancé Margot.

Cela ne vous étonnera pas : le premier des noms que nous avions évoqué fut celui de Denis Lalanne, qui est parti dans la nuit de vendredi à samedi et nous laisse pour toujours avec notre vouvoiement et nos questions. Comme des cons. Avec lui, nous voulions revivre le temps des Boni, plonger dans les coulisses du grand combat du XV de France, mesurer la force de l’épopée et apprécier le lien entre l’écrivain et ses joyeux contemporains en shorts. Il devait être question d’exigence, d’indépendance, d’information. Plus que tout de liberté et d’amitiés. Somme toute de ce bois qui a façonné les champions croisés par Lalanne durant toutes ses années.

Nous aurions forcément glissé vers aujourd’hui. Et demain, en marchant dans les pas du tandem Galthié-Ibanez qui s’en va présider aux destinées du XV de France et qui doit, déjà, choisir ses premiers hommes. Son ou ses leaders.

Avec Olivier, nous l’aurions questionné sur ce qui fait la gloire d’un capitaine. Là encore, lui qui avait croisé Jean Prat (sa référence), Lucien Mias (son amour absolu), François Moncla, Michel Crauste ou plus tard Serge Blanco aurait eu tant à dire du rôle tenu par chacun de ces hommes dans l’histoire de l’équipe de France. Les temps ont changé, certes. Comme les devoirs et prérogatives des différents capitaines qui, jusqu’à Guirado, ont mené les Bleus.

Il n’en reste pas moins une vérité. Ces hommes-là ont tous quelque chose de plus que les autres. Une exemplarité sur le terrain. Une aura en dehors. Le sens du jeu, une vision du contexte, le pouvoir de rassurer et d’éclairer le chemin. Plus que tout, la capacité à fédérer et à donner du souffle à l’épopée comme Lalanne aimait tant à l’écrire.

Qui seront-ils demain, les patrons du XV de France ? La liste est ouverte, de Poirot à Ollivon en passant par Marchand. Une chose est certaine, le XV de France, son staff et ses supporters ne doivent plus attendre leur homme providentiel. Puissent-ils quand même trouver parmi la bleusaille qui pointe sur le chemin de 2023 l’incarnation d’une personnalité différente, l’âme d’un groupe et son aiguillon. Ce cœur tricolore qu’aurait tant apprécié Denis Lalanne.

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