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XV de France

Portrait-robot d’un capitaine

Ce lundi, débute à Hossegor dans les landes, le deuxième séminaire de travaildu staff du xv de France pour trois jours. Fabien Galthié et ses adjointsvont débattre sur l’identité du prochain capitaine des Bleus pour le prochain tournoi des 6 Nations. Ils seraient cinq prétendants pour porter le brassard, Jefferson Poirot, Julien Marchand, Charles Ollivon, François Cros et Antoine dupont.

Historiquement, c’est la première grande décision d’un nouveau sélectionneur. Celle qui marque, plus que tout autre, un début de mandat. Le 19 décembre, le staff des Bleus emmené par Fabien Galthié va dévoiler un groupe de 42 joueurs pour préparer l’échéance du Tournoi des 6 Nations. Mais, au-delà d’égrainer les noms ou de les coucher sur un communiqué envoyé à toute la presse, la question qui taraude et obsède le moindre amateur de rugby est la suivante : le technicien va-t-il annoncer à qui il confie désormais le capitanat de l’équipe de France ? Depuis quelques semaines, elle est en tout cas au centre des attentions et cinq prétendants semblent se détacher, avec plus ou moins de fondement selon les avis ou les tendances : Jefferson Poirot, Julien Marchand, Charles Ollivon, François Cros et Antoine Dupont.

L’heureux élu sera-t-il parmi ceux-ci ? Sûrement. Mais, outre le choix du patronyme, il s’agit surtout de ne pas se tromper sur le profil. à quoi doit ressembler le capitaine parfait ? L’interrogation traverse les décennies mais existe-t-il seulement une réponse pertinente ? Raphaël Ibanez, qui a étrenné ces galons en sélection et se voit aujourd’hui propulsé manager du XV de France, se voulait prudent il y a cinq ans dans ces colonnes : "Nous avons tous tenté d’être le capitaine idéal. Pour moi, cela a parfois même viré à l’obsession." Avant de dresser une esquisse de portrait-robot : "Le plus important, c’est de rester entier, fidèle à ce que l’on est. Au départ, j’en ai fait des tonnes ; j’ai voulu forcer ma nature, retranscrire à l’oral des discours écrits. Au final, je tapais à côté ; les mecs le sentaient et me regardaient, l’air de dire : "Mais qu’est-ce qui lui prend ? Il est devenu fou ?" Le juste mot, c’est un exercice délicat." Ou l’art d’être entraînant sans être lassant, d’être respecté sans effrayer. Subtil équilibre, parfois impossible à dénicher. Qui plus est lorsque les hommes sont tellement différents les uns des autres.

Un mandat de quatre ans, c’est long

Il y a donc le leader charismatique, celui chez qui les prises de parole sont naturelles et efficaces, ou il y a celui d’exemple, qui préfère indiquer le chemin à suivre par ses actes. "Je n’étais pas un homme de mots, nous confiait aussi un jour Abdellatif Benazzi, capitaine des Bleus à la fin des années 90. J’essayais donc de montrer la voie par ce que je réalisais sur le terrain. Pour les discours, j’avais mes lieutenants : Olivier Magne, Jean-Luc Sadourny ou Philippe Carbonneau. L’idée, pour moi, était de responsabiliser les joueurs. Le jour où Marc De Rougemont m’a remplacé en troisième ligne contre l’Angleterre (1er mars 1997), il m’a demandé : "Je fais quoi, Abdel ? - Tu découpes tout ce qui bouge pendant un quart d’heure ! " Le message est passé." Il est là l’essentiel : savoir se faire entendre. Peut-être la raison pour laquelle le capitanat ne s’improvise pas. Beaucoup prétendent que des joueurs ont ça, en eux depuis toujours, d’autres que ce rôle s’apprend et s’apprivoise. Mais quel que soit le CV retenu, quelques critères restent indéfectibles.

Au premier rang desquels la nomination d’un titulaire indiscutable, dont la présence sur le terrain ne fait jamais débat. Est-ce pour cela que Jefferson Poirot, vice-capitaine durant la Coupe du monde japonaise et donc aspirant naturel à la succession, n’apparaît plus comme la solution idoine ? Aurait-il perdu du crédit par ses performances ? Cela peut-il fragiliser l’option François Cros, lequel fait face à une grosse concurrence en troisième ligne alors qu’il a un vécu international minime ? Idem pour Julien Marchand, malgré son statut de patron du vestiaire toulousain ? Ces hommes-là, néanmoins, possèdent un avantage de taille, comme Charles Ollivon ou Antoine Dupont, à savoir un âge qui leur laisse entrevoir encore de belles années en équipe de France. Parce que, contrairement au football qui offre une compétition internationale tous les deux ans (Euro et Coupe du monde) et donc un mandat calqué sur la même durée, le rugby en génère un, deux fois plus long. Quatre ans, entre deux Mondiaux, c’est même extrêmement long en certaines circonstances.

Faut-il être anglophone ?

Les exemples de Thierry Dusautoir ou Guilhem Guirado, capitaines sous les ères Saint-André puis Novès-Brunel sont éloquents : nommés au nom de l’expérience et de l’irréprochabilité à leurs postes, tous deux ont fini rincés en 2015 et 2019, remis en cause sportivement et affaibli par les contraintes de la fonction. Faut-il alors commencer par choisir un groupe de capitaines tournants durant un an pour observer les comportements et décharger de la pression avant d’arrêter une décision ? Ce ne serait pas le sens de l’histoire, tant le sujet est symbolique. Le capitaine doit-il forcément être anglophone ?

Voilà qui paraît indispensable, ne serait-ce que pour la relation avec les arbitres étrangers et pour éviter tout malentendu susceptible d’être rédhibitoire. à ce propos, Ibanez révélait une anecdote significative : "Le jour de la finale de Coupe du monde, en 1999, j’ai senti que je n’avais pas de prise sur les décisions de l’arbitre. Je parlais mal anglais. Je ne pouvais ni argumenter ni manier l’humour. John Eales m’a donné une leçon ce soir-là, m’a écarté de toutes les décisions importantes. Si j’ai signé aux Wasps quelques années plus tard, c’est aussi pour cette raison-là…" L’ironie de l’histoire, celle de voir aujourd’hui l’ancien talonneur peser aux côtés de Fabien Galthié (lui aussi ancien capitaine des Bleus) pour dégoter le leader exemplaire et inspirant dont la France a besoin, n’en est que plus savoureuse.

Jérémy Fadat avec Marc Duzan
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