• Ibrahim Diarra, décédé mercredi soir, laisse le souvenir d’un homme affable et généreux. Sous les couleurs de Montauban, il fut sacré champion de France de Pro D2 en 2006. C’est à Castres qu’il connaîtra le sommet de sa carrière en club, en devenant champion de France de Top 14 en 2013. Photo Midi Olympique - Patrick Derewiany
    Ibrahim Diarra, décédé mercredi soir, laisse le souvenir d’un homme affable et généreux. Sous les couleurs de Montauban, il fut sacré champion de France de Pro D2 en 2006. C’est à Castres qu’il connaîtra le sommet de sa carrière en club, en devenant champion de France de Top 14 en 2013. Photo Midi Olympique - Patrick Derewiany Midi Olympique / Patrick Derewiany / Midi Olympique
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Portraits

"Ibou" s’est envolé

Champion de France 2013 et ancien international, "Ibou" s’est éteint,mercredi, des suites d’un AVC. Le monde du rugby pleure une personnalité très attachante. Et l’un de ses plus beaux sourires.

L’éclatant sourire qui barrait continuellement son visage s’est figé pour l’éternité. Ibrahim Diarra, ancien troisième ligne international passé par Montauban, Castres, Pau et Lavaur, est mort, mercredi soir, en l’hôpital Georges-Pompidou de Paris, où il se trouvait dans un état critique depuis plusieurs jours, à la suite d’un accident vasculaire cérébral consécutif à des problèmes cardiaques. Ibrahim Diarra est mort, à 36 ans à peine, le cœur déjà usé par une vie riche de mille vies. Et c’est tout le monde du rugby qui pleure la perte d’un de ses enfants chéris.

L’ancien deuxième ligne Yogane Correa a connu celui que tout le monde surnommait "Ibou" à Montauban "alors qu’il n’était encore qu’un gosse" et était devenu, au fil du temps, un de ses plus proches soutiens. Il se souvient, le cœur au bord des larmes, de ce colosse dégingandé qui ne laissa personne indifférent lors de son premier entraînement dans la cité d’Ingres en 2005 : "Je l’ai rencontré lors de son arrivée à Montauban en provenance de Viry-Châtillon, où il avait été formé. Il était très jeune et avait intégré l’effectif espoir. En tant qu’aîné déjà chez les pros, je l’ai pris sous mon aile. C’était un diamant brut qu’il fallait encore polir. Mais il avait tellement de qualités rugbystiques qu’il a très vite tapé dans l’œil de Xavier Péméja, notre entraîneur en première. Quand il a intégré l’effectif professionnel, j’ai vite compris qu’il ne resterait pas longtemps à Montauban et qu’une grande carrière s’ouvrait à lui. Je ne me suis pas trompé. Les deux Laurent (Labit et Travers, N.D.L.R.) l’ont emmené dans leurs valises, direction le CO, avec le succès que l’on sait…"

Fer de lance du Tarn-et-Garonne

Le duo Labit-Travers s’attache à polir le diamant bien dégrossi par Péméja. Avant l’envol vers Castres, les deux Laurent font d’"Ibou" un champion de France de Pro D2 (en 2006) et, surtout, un international. En 2008, aux côtés de Yannick Caballero, Ibrahim Diarra fait son entrée dans le cercle fermé des Montalbanais qui ont porté le maillot bleu frappé du Coq, sélectionné par Marc Lièvremont et sous le capitanat de Lionel Nallet. "Ibrahim vous offrait tout, il ne pensait qu’à l’équipe, pose d’emblée Laurent Travers. C’était un garçon d’une générosité extrême. Je l’ai eu sous mes ordres durant huit saisons. Quatre à Montauban et quatre à Castres. On a traversé de très bons moments, mais aussi quelques tempêtes. Dans les périodes difficiles, quand nous étions sous pression et que la pluie s’abattait sur nous, il suffisait de regarder "Ibou" et de plonger dans son regard chaleureux pour que tout reparte dans le bon sens. Je suis triste et choqué. C’est le genre de garçon à qui l’on ne peut souhaiter que le bien parce qu’il véhicule le bien. Lors de notre "épopée" montalbanaise, lorsque l’on place deux mecs en équipe de France, "Ibou" et Yannick ont porté haut les couleurs du Tarn-et-Garonne. Le club et la ville peuvent être fiers. Quand nous avons terminé notre histoire avec le MTG XV, il était logique qu’il nous accompagne à Castres…"

Une fin de carrière à Lavaur

Une aventure tarnaise qui mènera Ibrahim Diarra sur le toit du rugby français, avec en guise de paroxysme un titre de champion de France obtenu en 2013, "climax" de sa carrière en club. Mathieu Bonello défendait alors les couleurs du CO aux côtés du flanker international : "Je suis profondément triste. "Ibou" était un coéquipier en or et je peux en parler car j’ai passé six saisons à ses côtés. Je veux retenir sa joie de vivre. C’est un garçon qui, comme tout le monde — et peut-être même un peu plus que tout le monde — a eu des soucis dans sa vie. Mais il ne le laissait jamais transparaître et était toujours d’humeur égale. Quand j’ai pris en main l’entraînement à Lavaur et que j’ai su que cela ne se passait pas idéalement pour lui à Pau, j’ai nourri le rêve de le récupérer pour venir renforcer mon effectif en Fédérale 1. Il a immédiatement accepté. C’était un joueur droit, un mec de devoir qui ne supportait pas la tricherie, qui ne voulait pas se mentir, ni mentir à ses coéquipiers. Quand au bout de trois mois passés à l’ASV, il a choisi d’arrêter sa carrière en avouant qu’il n’avait pas anticipé la difficulté de la compétition, j’ai essayé de l’encourager à poursuivre. Mais il n’en pouvait plus. Il était au bout du rouleau. Il avait donné tout ce qu’il avait pu au rugby et était usé. Cette année-là, on réalise une saison assez exceptionnelle et on accroche un titre de champion de France. Il nous suivait de près et après chaque match, il nous envoyait des messages de soutien et de félicitation. C’était un mec profondément généreux."

Un vide immense

L’homme qui l’a lancé chez les pros, Xavier Péméja, la voix étranglée par l’émotion, raconte "son" "Ibou", un de ces gosses qu’il a tant aimé entraîner : "C’est le père de "P.-P." Lafond (Pierre, N.D.L.R.) qui l’avait repéré à Viry-Châtillon et m’avait conseillé de le faire venir à Montauban. Il faisait partie de ses gars qui sont faciles à entraîner. Quand il a compris les exigences pour devenir rugbyman professionnel, il s’est mis instantanément au travail. Il a alors connu une évolution terrible, prenant dix kilos de muscles et progressant jour après jour à grande vitesse. Le jour où il est devenu international, en 2008, j’ai reçu une photo de lui. Il était tout sourire, c’était sa consécration. Il m’a écrit : "Coach, je vais peut-être pouvoir me payer la BMW qui me fait tant rêver." Je ne sais pas s’il l’avait finalement achetée. Mais aujourd’hui j’espère qu’il l’avait fait et qu’il a pris du plaisir à son volant."

Pour son après-carrière, "Ibou" avait entrepris de se reconvertir en reprenant des études. Une licence de "développement commercial", effectuée en alternance. Un terme pompeux pour dire qu’il apprenait à vendre du sable à un Saharien. Histoire de mettre en avant ses principaux atouts : un sourire ravageur, une sympathie et une bonhomie naturelles. Au début de sa nouvelle vie de commercial, "Ibou" avait intégré Team One, une société de marketing sportif, avant de la quitter voilà deux mois. Dans ce cadre-là, il était revenu récemment dans le giron du club de Montauban auprès duquel il était missionné. À chacune de ses apparitions à Sapiac, les supporters ne manquaient pas de le saluer, évoquant avec lui le bon temps où le club de la cité d’Ingres jouait la regrettée H Cup. Pour parfaire sa formation, Ibrahim Diarra passait souvent par Albi où il pouvait compter sur l’accueil de Yogane Correa qui le logeait, l’aiguillait. "Yogi" est sidéré par la violence de la nouvelle : "Il poursuivait sa formation à la CCI du Tarn. Il venait régulièrement dormir chez nous. J’ai certaines de ses affaires personnelles dispersées çà et là dans la maison. Mes filles pleurent. Nous sommes dévastés. Comment est-il possible de mourir à 36 ans ?" Un de ses derniers coéquipiers, Nicolas Clergue, troisième ligne de Lavaur, est lui aussi plongé dans un abîme d’incrédulité : "C’est impensable. Je n’arrive pas à y croire. C’était un tel colosse, un tel roc… J’ai toujours entretenu une relation particulière avec lui. C’était mon pote avant d’être mon coéquipier. Quand Mathieu Bonello l’a fait venir à l’ASV et qu’il a débarqué à Lavaur, nous nous sommes étreints pendant un quart d’heure. Nous étions juste heureux de nous retrouver. On jouait au même poste mais entre nous il n’y a jamais eu de concurrence. On était content pour celui qui allait jouer le dimanche et si on avait la chance d’être aligné tous les deux on savait qu’on allait passer un bon moment et que ça allait faire des étincelles. Il avait été international, ça vous pose un homme. J’avais longuement parlé avec lui de l’arrêt de sa carrière. Il avait pris un coup sur la tête. Il avait été champion de France, idolâtré… Il avait un peu souffert d’être retombé dans le relatif anonymat de la Fédérale 1. C’était un bon vivant, il a profité pleinement. Ibrahim va beaucoup manquer au rugby. Il va beaucoup me manquer." Ibrahim Diarra va laisser un vide immense. Plongé dans le coma dans un état irréversible, sa famille et ses médecins ont décidé de le laisser partir. Le combat était perdu d’avance. Xavier Péméja conclut : "Ceux qui ont connu "Ibou" savent à quel point il aimait la vie et c’est ce que l’on retiendra de lui. "

Digest

Né le : 25 mai 1983 à Paris

Mensurations : 1,85 m, 105 kg

Surnom : Ibou

Poste : troisième ligne

Clubs successifs : formé à Viry-Châtillon, passé par Montauban (2005-2009), Castres (2009-2016), Pau (2016-2017), Lavaur (2017-2018).

Sélections nationales : international français, 1 sélection contre l’Italie dans le cadre du Tournoi des 6 Nations 2008

Palmarès : champion de France de Top 14 avec Castres en 2013 ; champion de France de Pro D2 avec Montauban en 2006.

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