• Fabien Galthié (sélectionneur du XV de France)
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Edito

Le grand bricolage

L'édito de Léo Faure... On peut discuter des primes de match, de victoires et de tous les avantages qui accompagnent une sélection en équipe de France. Jouer pour ce maillot bleu devrait être un honneur qui se suffit à lui-même ? Peut-être. Mais il y a bien longtemps que le rugby est passé professionnel, qu’il est un métier que certains saisissent avec le goût de la passion vissé au cœur, d’autres avec un plan de carrière en poche et une stratégie marketing. Qu’importe, finalement. Chacun l’entend à sa guise. La seule compétence sportive, donc professionnelle, prévaut.

Mais voilà que le rugby français invente un nouveau concept. Pour jouer en équipe de France, il faudra désormais que certains joueurs s’assoient sur des jours de congé. C’est ce qu’ont convenu leurs décideurs, de tous bords, cette semaine à Nice.

Les clubs-employeurs, qui mettent leurs joueurs-employés à disposition de l’équipe de France pour des périodes désormais étendues et similaires à ce qu’il se fait ailleurs, dans les meilleures nations, réclamaient une compensation financière légitime. La fédération-emprunteuse, aux cordons financiers déjà bien tendus, refusait cette perspective. Alors, que fait-on ? On fait payer les joueurs.

La manœuvre a des allures de grand bricolage. Deux mois de négociations ont débouché sur une entente de contrainte, à la durée de vie éphémère et qui ne résout rien, sur le problème de fond. Une issue de secours par laquelle on fuit les problèmes, sans vraiment les régler.

Le staff de l’équipe de France n’a toujours pas la certitude de bénéficier du groupe élargi souhaité pour préparer ses prochaines échéances, par-delà le prochain Tournoi des 6 Nations 2020. Sa Fédération ne lui en donne aucune certitude. Les clubs n’ont pas la compensation financière réclamée. Les entraîneurs n’ont toujours pas l’identité des 42 joueurs qui composeront la première liste de Fabien Galthié, promise pour début décembre, reportée à début janvier en l’attente de ces négociations qui n’aboutissent pas vraiment.

Ce n’est pas anodin : pour les clubs, cette liste servira de base au calcul du prochain Salary Cap 2020-2021 et, en l’état, son retard bloque certains recrutements ou prolongations.

Les joueurs, eux, sont perdants sur toute la ligne. Ils font le plus beau métier du monde ? Peut-être. Mais sur une planète rugby où il est reconnu, internationalement, que le modèle français n’accorde pas assez de plages de repos à ses meilleurs guerriers, voilà qu’une partie d’entre eux vient encore de perdre quelques jours de régénération.

Personne, in fine, ne sort vraiment gagnant. Le rugby français, lui, bégaye son histoire. Entre des clubs et une fédération plus souvent en confrontation qu’en entente, où chacun défend son bon droit, les promesses d’une concorde autour du nouveau projet "France" n’ont pas tardé à voler en éclats.

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