Taofifenua : « Dans ces moments, tu ne sais pas quand la douleur va s'arrêter... »

  • Romain Taofifenua (Toulon) contre le Racing 92
    Romain Taofifenua (Toulon) contre le Racing 92 Icon Sport / Icon Sport / Icon Sport
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Commotionné contre le Racing 92, mi-septembre, Romain Taofifenua a fait son retour à la compétition contre les London Irish, trois mois plus tard. Ce repos forcé, qu'il reconnaît salvateur, lui a permis de prendre (enfin) conscience du danger lié à ses commotions répétées. Le deuxième ligne admet également en toute franchise avoir eu peur, notamment lors des premières semaines. Entretien.

Romain, victime d'une nouvelle commotion contre le Racing 92, vous avez dû couper trois mois. Comment avez-vous vécu cette période ?

Les commotions... Je n'avais pas assez pris ce sujet au sérieux jusqu'alors... J'ai laissé passer quelques fois et quand je suis rentré de la préparation physique du XV de France j'ai pris un gros coup. Contre le Racing. J'avais déjà pris des coups à la tête lors des matchs précédents, sans y porter véritablement attention. Je crois que j'ai mis du temps à le réaliser, mais il fallait absolument faire un break. Sur le moment, le plus dur pour moi c'était de laisser passer les bénéfices de la préparation physique du XV de France...

Et où en êtes-vous aujourd'hui ?

Juste après l'arrêt, j'ai passé un bon mois bien difficile... En suivant ç'a été de mieux en mieux. Mais honnêtement j'ai mis beaucoup de temps à reprendre le sport. Dès que je refaisais un effort j'avais mal à la tête. J'avais besoin de beaucoup de temps de repos. Désormais ça va beaucoup mieux.

Psychologiquement, comment avez-vous vécu cette période ?

Ç'a été très long. C'est quand même particulier d'avoir mal au crâne sans trop savoir pourquoi. Ça fait un peu peur, même... Ça fait réfléchir et avec le recul je suis content d'avoir coupé pendant trois mois.

Le fait d'avoir mal à la tête tous les jours, sans arrêt, de devoir rester enfermé dans ma chambre, dans le noir, sans pouvoir regarder les écrans, car la lumière me gênait... ça fait un peu peur

Avez-vous douté quant à la suite de votre carrière ?

Non, en revanche j'ai pris conscience que c'était un sujet que j'avais trop souvent pris à la légère. Mais cette fois, le fait d'avoir mal à la tête tous les jours, sans arrêt, de devoir rester enfermé dans ma chambre, dans le noir, sans pouvoir regarder les écrans, car la lumière me gênait... ça fait un peu peur. D'autant que dans ces moments tu ne sais pas quand la douleur va s'arrêter. C'est certainement le plus dur, ça met un coup au moral et je le répète, ça fait peur... Psychologiquement ç'a été compliqué de le gérer. Même à la maison ce n'était pas facile, pour ma femme et mes enfants notamment.

Qu'est-ce qui vous a servi d'éléctrochoc ?

Comme je le disais précédemment, j'ai mis du temps à réaliser, à accepter qu'il fallait que j'arrête... Mais l’électrochoc est intervenu quand j'ai vu le neurologue et qu'il m'a dit que c'était important de couper trois mois. Ça m'a mis un gros coup au moral. Après j'ai eu la chance que le staff me laisse du temps pour revenir. J'ai pu couper, partir en vacances, oublier et repartir à zéro.

Votre retour à la compétition met un terme à ce début de saison particulier. Comment retrouvez-vous l'équipe ?

La dynamique est très différente... Pendant trois mois j'ai suivi les matchs sur le côté. C'était dur de regarder les autres jouer, mais les mecs ont bien bossé, l'équipe est en pleine forme et avoir pu reprendre sur une victoire à l'extérieur ça fait du bien.

Quels objectifs vous fixez-vous ? 

L'objectif c'est déjà de retrouver durablement les terrains et la compétition. Les mecs ont travaillé dur pendant mon absence et la concurrence en deuxième ligne va être forte. J'espère donc retrouver du temps de jeu.

Un mot, enfin, sur l'équipe de France : est-ce toujours un objectif pour vous ?

Quand tu y as été, tu l'as forcément dans un coin de ma tête. J'ai eu un entretien avec William Servat, récemment. Ça m'a d'ailleurs surpris de savoir qu'à mon âge je faisais encore partie des joueurs observés. C'est une source de motivation, forcément (sourire). Pour autant, avant de précipiter les objectifs, je veux d'abord rejouer avec Toulon et on verra ce qui se passe par la suite.

Pierrick Ilic-Ruffinatti
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