• Top 14 - Patrice Collazo et Eben Etzebeth (Toulon)
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Edito

Questions de saisons

L'édito d'Emmannuel Massicard... Depuis de longues années le débat fait rage autour de la surcharge des calendriers, principalement chez nous en France où le feuilleton du Top 14 se confond avec la cadence du rugby international. Le dernier épisode en date, autour des négociations pour la sélection de 42 joueurs est édifiant : faute d’un accord financier entre la Ligue et la Fédération, il a été question de puiser dans le stock de congés des joueurs pour satisfaire tout le monde et soulager ainsi la pression qui pèse sur les clubs.
 

Dans l’urgence, pourquoi pas. Si chacun doit faire des efforts, il est logique de voir les joueurs s’engager eux aussi. Sauf que rien n’est jamais simple chez nous et à ce jour rien n’est encore acté, malgré les promesses des uns et des autres.

Ce plan d’urgence ne saurait masquer une réalité : quand tous les pays du monde ménagent leurs internationaux, le rugby de France a toujours tendance à réduire le temps de préparation et de récupération des joueurs. Les Bleus sont ceux qui ont eu le moins de jours de congé après le Mondial japonais. Et ils pourraient perdre encore du repos pendant le Tournoi… Cela n’a rien d’anecdotique, dans un rugby d’élite toujours plus énergivore, désormais voué au culte de la vitesse et de l’intensité.

Voilà un modèle qui ne fait pas bon ménage avec la réalité d’un calendrier faisant du rugby un sport d’hiver. Face à des conditions climatiques parfois dantesques ce week-end, les promesses de spectacle ont fait place au sourd combat d’un jeu direct, forcément limité. Le rugby est aussi cela, évidemment. Mais c’est un revers de médaille que ne connaît plus le Racing 92 depuis qu’il a quitté Colombes pour cette Arena où il fait toujours bon jouer. Il n’est d’ailleurs pas anodin de voir que l’affiche entre les Franciliens et Montpellier a été la plus prolifique du week-end en termes de points, de jeu et de spectacle.

Sur la voie de sa mutation, le rugby ne pourra plus ignorer cette vérité : sans pluie, ni vent et sur un terrain synthétique, les passes ont bien plus de chances d’aboutir. S’il sera difficile de doter tous les clubs de stades couverts, il faudra bien, un jour ou l’autre, mesurer l’intérêt de continuer à jouer au cœur de l’hiver quand tout nous pousse aujourd’hui vers l’attaque, le grand mouvement en quête de frissons.

Parce que nous ne sommes plus à un paradoxe près, c’est quand même dans ces conditions que Bordeaux a disposé du Stade rochelais pour prendre la tête du Top 14 au détriment du Lou. Face aux éléments, l’Union a résisté avec un plan de jeu taillé au cordeau, avec du pied et un jeu de pression pour marquer le seul essai de la rencontre sur du pick and go. Intelligent et pragmatique. Fidèle à l’image de Christophe Urios en somme.

Pourtant, ne vous y trompez pas : cette équipe, à qui l’on promettait l’enfer d’un rugby de tranchées sous le joug de l’ancien technicien castrais, ne cesse de monter en puissance au fil des matchs. Sans jamais renier son appétit offensif, elle s’est construite sur des bases solides. À tel point que le mélange des cultures nous semble aujourd’hui porter la promesse d’une jolie vendange… au printemps venu. S’il n’y a plus de saison, ce Bordeaux-là a beaucoup des grands – crus — et il mériterait d’avoir davantage à jouer sous le soleil. Pour mûrir et nous ravir. 

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