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Edito

L'édito : Champion, mode d'emploi

L'édito du lundi par Léo Faure... On entend souvent qu’il faut du temps, à tout joueur, pour trouver ses marques. Que le rugby est bien trop collectif pour qu’un seul homme transforme une équipe et que, à ce titre de cohésion, seul le temps fait son affaire des résultats. C’est vrai, certainement.

À quelques exceptions près, dont l’exigence parfois obsessionnelle écrase ces maximes de patience. Ces exceptions sont les champions, justement parce qu’ils sont des êtres à part. Vous nous voyez venir ? Eben Etzebeth, pour qui en doutait encore, est de cette caste.


Pour sa première en Top 14, dimanche dernier, le Sud-Africain tout juste débarqué sur la rade a eu vite fait de le justifier. Quatre minutes de jeu, une ligne d’attaque lue au millimètre, une première interception, un premier essai. Et cette sensation, qui a jailli à nos yeux profanes de « nordistes » : Etzebeth est un colosse, bien sûr, à faire passer Romain Taofifenua pour un «demi-portion». Il est surtout diablement rapide, pour un type de 120 kg et 48 cm de tour de bras. Il est aussi fichtrement intelligent. Vite rangé au rayon des équarrisseurs à tendance pugilistique, Etzebeth rappelait promptement qu’il est aussi un sacré joueur de rugby, brillant par exemple dans les parties d’échecs qui se jouent en touche.


Voilà pour son apport direct, la partie visible de cet iceberg aux bras d’enclume. Mais il y a autre chose, à y regarder de plus près, bien plus important encore : à son contact, les autres sont soudainement devenus meilleurs. Depuis combien de temps n’avait-on pas vu les avants du RCT rouler à ce point sur leurs adversaires ? C’est le propre des champions, insatiables et irradiants. Au contact d’Etzebeth, quelques joueurs souvent médians sont soudain devenus des mâles dominants.


L’impact d’un homme sur un collectif peut donc être réel. En 2009, tous les Perpignanais avaient bien juré que la seule présence de Carter au quotidien, même blessé, avait sublimé les hommes. L’an dernier, les Toulousains n’avaient de mots que pour un homme, au soir du titre : Jérôme Kaino, 36 ans, déjà double champion du monde. Sur le papier, tous les éléments réunis d’une brave préretraite en France. Mais Kaino, comme Carter, Etzebeth et d’autres, est d’une autre caste.


C’est un sacerdoce qui anime ces hommes d’exception. « Il y a 12 ans au moins que ce titre de champion du monde est dans un coin de ma tête. Depuis, je me lève Coupe du monde, je déjeune Coupe du monde, je m’entraîne Coupe du monde, je mange Coupe du monde… » promet Etzebeth, dans l’interview qu’il nous a accordée (voir page 18). Voilà ce qu’est un champion. Premier à l’entraînement, chaque matin. Dernier à parler, avant chaque match, pour gonfler ses troupes de conviction.


Le rugby français compte-t-il, dans son réservoir, des joueurs de cette trempe, au destin supérieur ? À première vue, la pénurie semble réelle. C’est un enjeu du moment, pour le nouveau staff qui peaufine sa liste de 42 joueurs pour préparer le prochain Tournoi des VI nations. À ce propos, un de ses membres nous confiait en début de semaine : « vous avez vu ce qu’a fait Etzebeth dimanche soir ? C’est ce genre de joueur qu’il nous faut ! Ce mec a soudain fait pousser des c... à tous ses coéquipiers, autour de lui. » Voilà ce qu’est un champion. Inspiré et inspirant.

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