• Louis Picamoles touché à un ligament et longuement absent, Montpellier est bien heureux de pouvoir compter sur Caleb Timu.
    Louis Picamoles touché à un ligament et longuement absent, Montpellier est bien heureux de pouvoir compter sur Caleb Timu. Icon Sport / Icon Sport / Icon Sport
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Portraits

Les 1 000 vies de Timu

Tour à tour star émergente du rugby à XIII, missionnaire mormon en Nouvelle-Zélande, chauffeur de taxi, étudiant en commerce puis Wallaby, l’Australien du MHR a connu bien des détours, à seulement 25 ans. Avant de se poser dans l’Hérault à Montpellier.

Quand on signe dans le même été Handré Pollard, Guilhem Guirado et Kahn Fotuali’i, 157 sélections et une litanie de trophées à eux trois, l’arrivée de Caleb Timu et ses 2 sélections dans les bagages fait soudain figure de recrutement de complément. Fausse route. Le Wallaby n’est peut-être pas le nom le plus ronflant de la scène internationale mais, depuis son arrivée dans l’Hérault, il s’installe surtout comme une des bonnes pioches du recrutement en Top 14, version été 2019. Parce qu’il joue indifféremment en numéro 8 ou sur l’aile de la troisième ligne, déjà, ce qui facilite forcément la vie de son entraîneur Xavier Garbajosa au moment de composer son équipe. Parce qu’il est bon, surtout. Avec 117 kg pour 1,90 m, l’Australien est un solide porteur de balle, capable de casser la grande majorité des premiers plaquages. Il est aussi doté d’une gestuelle propre, rare à son poste et en phase avec le rugby moderne, qui lui permet souvent d’assurer la continuité du jeu, après lui, une fois le premier rideau franchi. Un profil rare, complet, qui trouve ses racines dans une éducation multiple au rugby. Et un parcours fascinant.

Missionnaire mormon plutôt que rugbyman

Né en Nouvelle-Zélande de parents samoans, Caleb Timu émigre en Australie avec sa famille, à l’âge de 4 ans. Il découvre alors le rugby. À XV, tout d’abord, où il est rapidement retenu en sélection de jeunes (les Schoolboys). Puis à XIII, dont le championnat australien supplante le XV en termes de popularité. Un sport où il est très jeune étiqueté du lourd statut de "future star", la presse locale (il était sous contrat avec les Broncos de Brisbane) le présentant même comme le plus grand espoir du pays.

Et alors ? À seulement 20 ans, en 2014, Caleb Timu a tout envoyé se faire voir. Direction l’église mormone, dont il est un fervent fidèle et contributeur. Il racontait alors : "Quand j’ai décidé de mettre ma carrière entre parenthèses pour partir en mission, mes coéquipiers n’ont pas compris. — "Tu as une grande carrière qui t’attend. Tu t’assois sur la gloire et pas mal d’argent." Mais ce n’est pas ce qui m’importait vraiment. J’ai toujours eu cela en moins, cette envie de me mettre au service de ma religion. Ma foi est immense." Fini le rugby, pour un temps au moins. Missionnaire mormon, Timu s’envole pour la Nouvelle-Zélande, puis les Samoa et les îles Cook. Avec un régime strict, loin des préoccupations des jeunes de son âge, en Australie : la télévision, le téléphone, internet mais aussi le sport sont bannis de son quotidien. "Ce fut pourtant la plus belle période de ma vie, une expérience puissante. Chaque jour, vous vous levez avec pour seul objectif d’aider les autres, d’améliorer leur quotidien. Vous allez à leur rencontre et ce mélange des cultures, des idéologies vous rend plus fort. Je n’ai jamais été aussi heureux que depuis cette expérience, qui m’a mis au service des autres."

Joueur à temps plein, taxi à temps partiel

La morale est belle mais l’aventure à une fin. En 2016, Timu retourne chez lui, à Logan, sur la côte est australienne. Les lendemains ne sont pas roses. Pourtant, phénomène reconnu de son sport et encore jeune (22 ans), il retrouve rapidement un contrat. La province des Queensland Reds, coachée par le All Black Brad Thorn qui, comme lui, a commencé par le rugby à XIII, lui tend la main. Mais les inquiétudes l’entourant sont encore grandes, après deux années sans jouer au rugby et, plus globalement, sans pratiquer de sport. Le contrat reste modeste. Timu, futur papa, connaît alors la galère. "Je n’avais pas encore 22 ans. Je venais juste de me marier et ma femme était enceinte. Pire : je me suis fait une rupture d’un ligament croisé juste après avoir signé pour les Reds. Il fallait que je trouve de quoi payer les factures et financer des travaux dans ma maison. J’avais bien essayé quelques petits boulots. Assistant en école, par exemple. Mais les plannings correspondaient difficilement avec mon quotidien de rugbyman. Je ne pouvais pas m’investir, ça ne fonctionnait pas."

C’est alors que l’application Uber est apparue. "Je cherchais une activité de complément et flexible. Uber, c’était parfait pour moi. Je me suis lancé dans l’aventure." Caleb Timu passe alors ses journées au centre d’entraînement des Reds, pour soigner son genou opéré et poursuivre sa vie de rugbyman. "Et pendant les temps libres, je faisais chauffeur de taxi. Surtout la nuit, en fait. C’est à ce moment que les gens utilisent le plus ce service. Ça collait avec mon autre activité. Je m’entraînais la journée et je bossais les soirs, les nuits et parfois les matins, avant de me rendre au club. Mais je n’en garde que du positif : cette période m’a appris la valeur du travail." Et vous savez quoi ? Dix-huit mois plus tard, Timu honorait sa première sélection et devenait un Wallaby. Amplement mérité.

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