Diaby et les risques du métier

  • Mahamadou Diaby a purgé sa suspension.
    Mahamadou Diaby a purgé sa suspension. Icon Sport / Manuel Blondeau / Icon Sport
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Après sept semaines de suspension, Mahamadou Diaby revient dans le circuit. avec Bordeaux-Bègles.

On l’avait perdu de vue depuis ce fameux 19 octobre et ce plaquage illégal sur le Briviste Thomas Laranjeira, qui retomba sur la tête. Mahamadou Diaby avait pris très cher sur ce coup, sept semaines de suspension. Il était alors le capitaine de l’UBB en l’absence de Jefferson Poirot. Christophe Urios avait évoqué, la semaine passée, un gars qui bouillait d’impatience. Sa peine est désormais purgée, il en parle sans détour : "Vous me retrouvez comme vous m’avez quitté. Je suis le même joueur. L’important pour moi, c’est que je peux me regarder dans la glace. Mes intentions étaient saines, j’ai 200 matchs professionnels au compteur, j’estime que je n’ai jamais cherché à porter atteinte à un adversaire. Et je suis très heureux qu’il n’ait pas été blessé sur ce coup-là."

Le troisième ligne rapide et puissant de 29 ans traversait l’une des meilleures périodes de sa carrière. Sur son geste, il porte un regard réaliste, sans pathos exagéré ou larmoyant, mais avec une vraie lucidité. "Il y a d’abord la spécificité du poste : je fais environ vingt plaquages par match et des matchs, j’en ai fait onze, en comptant les matchs amicaux. Vous imaginez la probabilité de vivre ce genre de situation… Par exemple, vous verrez rarement Yann Lesgourgues ou Matthieu Jalibert s’exposer à de tels incidents. Ensuite, on parle beaucoup du défenseur, on oublie de parler de l’attaquant. Comment aurais-je dû réagir devant un attaquant qui arrive lancé à 25 km à l’heure ? Il y a des mécanismes de protection qui se mettent en place. Je ne pouvais pas arriver relâché… En fait, la vitesse des deux joueurs génère forcément des actions spectaculaires. Je pense aussi que si on refait l’action dix fois, il se passera la même chose."

Cette lourde sanction, il ne la conteste pas. Il admet sans problème que du point de vue réglementaire, son geste était fautif : "La faute existe. Mais je reconnais que sur le moment, j’étais persuadé de ne pas avoir retourné le joueur. Quand je me relève du plaquage, je dis à l’arbitre avec conviction : "Regardez la vidéo, je ne l’ai pas retourné." Quand la vidéo est repassée, bon... Je me suis rendu à l’évidence. Mais c’est pour vous dire la vitesse à laquelle ça s’est passé et le fait que mes intentions étaient saines."

Avec un adversaire qui retombe sur la tête, les arbitres actuels sont inflexibles, Diaby le sait. Les plaqueurs patentés, puissants et dynamiques comme lui sont en permanence exposés à ces verdicts qui en équité, nous semblent si sévères. La saison passée, il avait été suspendu quatre semaines pour un déblayage sur un joueur castrais : "Mon épaule était entrée en contact avec son cou. J’avoue, cette suspension-là, je ne l’avais pas comprise."

Pas un gramme de pris

Le joueur béglais nous alerte aussi sur une pratique qui se répand en Top 14, sorte d’effet pervers de la lutte contre les commotions : "J’aimerais dire aussi qu’il y a un nouveau jeu qui apparaît. Il consiste pour les joueurs à se laisser manipuler lorsqu’ils se sentent pris au plaquage. Tout le monde est conscient de cette pratique. Je pense que c’est antisportif et j’invite les joueurs qui se laissent aller à ça, à réfléchir à leur propre sécurité."

Un plaquage trop haut, c’est une affaire de technique. Mais un adversaire qui retombe sur la tête, est-ce la responsabilité à cent pour cent du défenseur ?

Nous arrêterons là le débat pour nous intéresser à la vie de Mahamadou Diaby durant cet intermède. "Il a été bien géré. Dans les premières semaines, je m’entraînais avec le groupe les lundis et mardis, les jours les plus chargés. En fin de semaine, je faisais du travail individualisé, j’améliorais certains points particuliers, des skills et un peu de foncier. Je crois avoir bien travaillé avec les préparateurs physiques, je n’ai pas pris un gramme." Au sein d’une troisième ligne bordelaise dense et performante, il aura encore son mot à dire, souvent côté ouvert pour chasser les attaquants adverses et balle en main faire parler sa vitesse. Sans s’apitoyer sur les risques de son métier…

Jérôme PRéVôT
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