Le Racing 92 ou l’art de garder le ballon

  • Les Racingmen de François Trinh-Duc montent en puissance. Les Brivistes d’ordinaire souverains sur leur pelouse en ont fait les frais.
    Les Racingmen de François Trinh-Duc montent en puissance. Les Brivistes d’ordinaire souverains sur leur pelouse en ont fait les frais. Midi Olympique / Patrick Derewiany / Midi Olympique
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Belle démonstration des franciliens, tout en conservation et en vitesse. Finn Russell et Camille Chat ont brillé en façade, le duo Le Roux-Bird a fait du gros travail à la mine.

C’est curieux, mais on se serait cru à l’Arena. Ou plutôt à l’idée qu’on se fait de la U Arena de Nanterre, écrin protégé des intempéries, propice au jeu de mouvement et de vitesse… Mais les chiffres nous ramenèrent à cette non moins curieuse réalité: le Racing est un club qui a glané plus de points à l’extérieur qu’à domicile. Même en Coupe d’Europe, il est allé gagner chez les Ospreys et faire match nul au Munster. Sa victoire à Brive fut celle d’un collectif impressionnant, qui tricota de belles séquences offensives avec des avancées, de la conservation, de l’accélération et des gestes techniques. Il faisait pourtant un froid de gueux à Brive. Pas de pluie, c’est vrai, mais il fallait affronter un adversaire remonté par son public pour jouer une sorte de match du maintien. Comment expliquer que le Racing soit plus performant loin de ses bases ? Laurent Travers avait sa réponse : "Je pense nos adversaires, quand ils viennent chez nous, disputent une sorte de match de gala. Ils donnent le meilleur d’eux-mêmes… Mais attention, l’Arena nous habitue à jouer à une certaine vitesse. Alors oui, parfois, ça se retourne contre nous en payant cher le moindre ballon perdu, par exemple. Mais ça nous apporte aussi quelque chose de bénéfique en général et ça nous sert quand nous nous déplaçons."

Le môme caoutchouc et les soutiers

L’explication est recevable. Le Racing est donc paradoxalement plus à l’aise loin de ses bases, pour imposer son système de jeu. Que nous a montré ce match à Brive ? Que le Racing, auteur de sept essais dont six accordés, était le plus fort collectivement. Ses actions étaient beaucoup plus rapides, plus huilées et plus efficaces alors que côté briviste, le danger venait davantage de prouesses individuelles. L’effet produit n’était pas du tout le même, la constance était francilienne. On sentit tout de suite que Brive ne pouvait compter que sur des concours de circonstances.

"Nous avons tenu notre ligne de conduite, les joueurs ont répondu présent dans la conservation et dans les duels. Il fallait obliger les Brivistes à défendre", poursuit l’entraîneur des Ciel et Blanc. Son plan de jeu était carré, il fallait ne pas rendre le ballon à l’adversaire ou en tout cas le moins possible. Pas de chandelles abusives, par exemple. "Le temps qu’on possède le ballon, c’est autant de temps durant lequel l’adversaire ne l’a pas… Et comme, en plus, nous avons gagné nos duels et que nous avons avancé…" En plus de quoi, les faits de matchs ont été favorables aux Racingmen avec deux essais précoces : "À l’extérieur, il est capital de prendre le score."

Évidemment, dans la saison, le Racing affrontera des équipes plus fortes que le Brive de samedi, rapidement privé de Olding. Pourrait-il jouer ainsi face aux Saracens ou au Leinster, par exemple ?

Mais on ne s’est pas privé de noter les possibilités offensives de cette équipe et de son animateur Finn Russel, sorte d’homme caoutchouc qui s’enroule autour de ses adversaires pour servir des offloads aux petits oignons, quand il ne franchit pas directement les défenses, comme sur le premier essai ou qu’il ne fait pas de passes volleyées sautées comme sur le deuxième "Ses qualités sont indéniables, mais il a pu les exprimer parce qu’il était mis dans de bonnes conditions avec des leurres et des avancées préalables. Nous avons gagné nos duels parce que les libérations de balles se sont faites à la bonne vitesse, c’est un travail ingrat et indispensable."

Les Dulin, Klemenczak, Thomas ont impressionné le grand public ballon en main, Chat aussi dans le rôle de pile électrique du combat rapproché, mais Laurent Travers a insisté sur la grosse performance de sa paire de deuxième-ligne. Le tricolore Bernard Le Roux était associé au méconnu Dominic Bird, colosse deux fois appelé par les All Blacks en 2013. "Oui, que ce soit sur les ballons portés, sur la touche, sur les déblayages et même sur le plan offensif, ils ont fait très mal à l’adversaire." Le demi de mêlée Teddy Irribaren connaît bien les deux "oiseaux" : "Bernard Le Roux, je n’en parle même pas, vous le connaissez. Dominic Bird est devenu un énorme travailleur de l’ombre. Quand il est arrivé, c’était d’abord un super joueur de ballon mais il s’est mis à la page, il a su s’adapter à un autre rôle. Vous l’avez vu cet après-midi. Il a été énorme."

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