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Didier Retière : « C‘est favorable au jeu »

Didier Retière - Directeur technique national de la FFR Attelé en ce moment même à un grand travail de traitement des retours faits par les clubs et les arbitres, le technicien nous en livre les tendances.

Six mois après la mise en place des nouvelles règles pour le rugby amateur, quel bilan tirez-vous ?

Nous sommes justement en train de mener une grande enquête auprès des clubs et des arbitres qui doit se terminer le 8 janvier. Avant les vacances de Noël, nous avions déjà reçu plus de 400 réponses aux questionnaires que nous avons fait parvenir à chaque président de club et à chaque arbitre. Ensuite, nous allons comparer 25 matchs de Fédérale 2 de la saison dernière à 25 autres matchs de Fédérale 2 cette année pour mesurer les conséquences de ces nouvelles règles sur le jeu : nombre de passes, de plaquages, de rucks, franchissements, points, pénalités, temps de jeu effectif, blessés, cartons bleus, etc. Nous allons analyser chaque rencontre comme on le ferait pour un match du XV de France. Nous referons une deuxième analyse en fin de saison pour voir s’il y a eu une évolution au cours de la saison. La synthèse de cette étude sera ensuite remise à World Rugby, qui se positionnera ensuite. La France a été le seul pays à tenter une telle expérience. L’année dernière, l’Angleterre n’avait mené cette expérimentation sur les matchs de Coupe anglaise de deuxième division.

Quelles sont les grandes tendances ?

La majorité des entraîneurs et des joueurs estiment que les règles ont été favorables au jeu. Selon beaucoup, on revoit des gestes qui avaient disparu comme du jeu dans la défense, du jeu après contact… Il y a aussi davantage de passes. Bref, on nous dit que l’on rejoue au rugby.

Quels premiers retours avez-vous eu des arbitres ?

Cela n’a pas été facile d’arbitrer les plaquages à deux simultanés. Il y a eu au départ beaucoup de pénalités données, et cette règle leur a donné du fil à retordre car elle est spécifique au rugby amateur. On ne la voit donc pas chez les pros à la télévision et elle demande beaucoup de rigueur. En revanche, les arbitres confirment que le volume de jeu est plus important et que les nouvelles règles ont éclairci les phases de jeu au sol car les situations plaqueur-plaqué sont nettement plus lisibles : on ne trouve plus de joueur couché sur le ballon, par exemple. Du coup, il y a moins de pénalités au sol et cela semblerait compenser l’augmentation de pénalités liée à l’application de la règle sur le plaquage haut. Nous allons vérifier cela.

Quelle règle a été la plus satisfaisante ?

On ne peut pas isoler une règle, car l’efficacité de l’ensemble vient de la combinaison des règles. Par exemple, celle baisse la ligne de plaquage n’a aucune valeur sans celle qui interdit au porteur de balle de baisser la tête.

Quels retours négatifs avez-vous eus ?

Nous en avons eu, mais surtout au début de l’expérimentation. Aujourd’hui, les choses semblent s’être stabilisées. Ces règles ont rebattu les cartes, et n’ont pas favorisé les équipes physiques qui ont été mises en difficultés par d’autres plus rapides. Cela a changé le profil du jeu et cela a perturbé des entraîneurs et des joueurs. Le gros point positif, c’est que l’on sent que les entraîneurs sont engagés dans le projet. Ils sont consultés et écoutés. Nous verrons ensuite si des choses doivent être aménagées ou non.

Certains entraîneurs pensent que la règle de l’abaissement de la ligne du plaquage est dangereuse car elle expose la tête du défenseur à d’éventuels coups de genou du porteur…

C’est là où il faut reprendre l’apprentissage du plaquage que l’on fait à l’école de rugby : on plaque au short, et pas dans les jambes. En aucun cas ces règles ne disent qu’il faut se jeter dans les jambes. Il faut plaquer au short, qui est la zone la plus sécuritaire en plaçant sa tête du bon côté et en la collant contre le short pour se protéger. Les entraîneurs doivent donc réapprendre la technique du plaquage à leurs joueurs, et ces derniers sont obligés de défendre de façon intelligente : qui défend sur qui ? Il y a donc tout un travail à refaire sur l’organisation défensive et la communication. In fine, on revient à un jeu qui est davantage basé sur la réflexion, même si le rugby reste un sport de contact avec des collisions. Mais pour encadrer ces contacts, il faut maîtriser la règle, l’état d’esprit et la maîtrise technique.

Certains estiment que la suppression du plaquage à deux handicape les petits gabarits, qui subissent nécessairement la puissance des plus gros porteurs de balle…

Il y a deux techniques pour plaquer : une pour imposer sa puissance en percutant au short pour faire un plaquage offensif tel qu’on en voit souvent en Top 14, et une pour les gabarits moindres ou les joueurs qui n’ont ni le temps ni la vitesse pour la première solution. Celle-ci consiste à ceinturer au short de l’adversaire, à coller sa tête et à tourner le bassin pour utiliser l’énergie cinétique de l’adversaire pour le faire tomber. C’est le "plaquage enveloppant", qui absorbe l’énergie de l’adversaire. Le défenseur doit donc réfléchir et s’adapter. C’est ce que je dis à mes fils qui jouent derrière et qui affrontent des joueurs bien plus costauds qu’eux. Pour gagner la ligne d’avantage, ils doivent monter plus vite sur l’adversaire : s’ils perdent deux mètres dans le plaquage mais qu’ils en gagnent cinq à la course, c’est gagné.

Avez-vous déjà observé une baisse des blessures ?

Nous sommes en train de recenser les cartons bleus, qui signalent des commotions cérébrales avérées. Nous allons comparer dans les chiffres, ainsi que dans l’analyse vidéo des 25 matchs de Fédérale 2. Nous étudierons la nature des chocs et des blessures, et vérifierons si elles touchent principalement les porteurs ou les défenseurs.

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