• Bodi Medji Tadjoudine fait partie de la réserve gourdonnaise après avoir eu un parcours incroyable.
    Bodi Medji Tadjoudine fait partie de la réserve gourdonnaise après avoir eu un parcours incroyable. DR / DR
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Du Togo à la Bouriane

Gourdon a accueilli l’an dernier, un ressortissant togolais, Bodi Medji Tadjoudine dont l’existence ressemble à un film d’aventure. Avant de rejoindre le Lot, Bodi a flirté avec les risques, sa vie n’a tenu qu’à un fil. Récit…

Bodi Medji Tadjoudine a 22 ans. Il a vu le jour à Lomé au Togo. Actuellement, il réside à Gourdon où il est employé dans une société agroalimentaire. Le dimanche, il évolue au poste de deuxième ligne au sein de la réserve du club local, lequel dispute le championnat Honneur de la Ligue Occitanie. Bodi incarne le joueur type du rugby amateur bien dans sa vie, bien dans ses crampons. Avant de rejoindre Gourdon et la Bouriane où il mène désormais une existence tranquille, Bodi a livré des rencontres certainement plus difficiles qu’un match de Top 14 ou du Tournoi des 6 Nations.

Il y a deux ans en arrière, il a tenté tout simplement de sauver sa vie. Tout a commencé dans son pays natal où ses opinions politiques n’étaient pas en phase avec celles du régime dictatorial en place. "J’ai été obligé de partir, de laisser ma mère, ma sœur et mes deux frères. Au Togo, ma vie était en danger. Je n’avais plus aucun avenir. Je devais être incarcéré, j’ai sauté d’un camion qui m’amenait en prison. J’ai pris la fuite, traversé la forêt, je me suis retrouvé au Benin sans papier d’identité et sans argent."

Niger, Lybie, Italie, Gourdon

Une fois arrivé au Benin, Bodi a trouvé le soutien de personnes charitables qui l’ont aidé à se rendre au Niger. Il a ensuite traversé le désert du Sahara en camion dans des conditions très spartiates. "C’était très dur, ajoute-t-il. La faim, la soif c’était terrible. J’ai cru mourir."

Après le désert saharien, Bodi se retrouve en Lybie où son statut d’étranger sans papier l’envoie pendant un mois dans une geôle à Tripoli. "Mon désir était de rejoindre l’Europe. En Lybie, j’ai pris un bateau, un zodiac dont la capacité d’accueil était de cinquante personnes, nous étions deux cents. Par miracle, nous n’avons pas chaviré, nous avons même rencontré des pirates. Finalement, j’ai pu rejoindre l’Italie. J’ai été pris en charge par un centre s’occupant de l’accueil pour réfugiés. Les conditions de vie étaient difficiles, ce qui m’a motivé à aller en France. J’ai traversé les Alpes, je me suis retrouvé à Briançon puis à Gourdon où j’ai été aidé par l’association, le collectif d’aide aux migrants gourdonnais. À Gourdon, j’ai enfin vu le bout du tunnel."

Ensuite, les rebonds ont été un peu plus favorables. Il trouve un travail, s’insère dans la vie locale et lors d’une simple visite chez un kinésithérapeute, ce dernier lui propose de rejoindre le Gourdon XV. Bodi décide alors de relever le défi. Le premier contact l’incite à signer une licence. Au sein du club, il a maintenant gagné l’estime de ses coéquipiers, dirigeants et entraîneurs.

Après avoir flirté avec le danger, la mort, Bodi a gagné le droit d’aspirer au bonheur. Le jeune deuxième ligne de la réserve gourdonnaise mérite aussi le respect de toute la communauté rugbystique.

Le Gourdon XV Bouriane peut être aussi fier de posséder un tel joueur.

Didier Navarre
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