• Guillaume Marquet se montre assez septique sur les nouvelles règles
    Guillaume Marquet se montre assez septique sur les nouvelles règles / DR
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Fédérale 2

Marquet : « L’insécurité a changé de camp »

L’équipe de Saint-Denis a profité des nouvelles règles pour se faire une place au chaud sur le podium de son groupe. Mais son manager n’est pas convaincu de leurs bienfaits.

Vous entraînez une équipe de Fédérale 2 en assurant en parallèlement un rôle de cadre technique à la ligue d’Ile-de-France. Que pense le pédagogue que vous êtes des nouveaux règlements émis par la fédération depuis le début de saison sur les phases de plaquages et de rucks ?

J’étais sceptique au départ, et ce que je craignais, comme la plupart de mes homologues entraîneurs, s’est vérifié. Ce règlement n’atteint pas son but, ou très peu, et même il créé des situations dangereuses.

Pourquoi ?

La première des raisons tient à notre plaisir de pratiquant. Je dois dire que ce nouveau règlement profite aux équipes joueuses comme la nôtre. C’est son aspect positif. Mais dans le détail, l’application de cette nouvelle consigne de l’abaissement de la ligne du place sous le bassin, créé beaucoup d’incertitude. Cela donne une place trop importante à mes yeux à l’interprétation de l’arbitre. C’est bien simple, chaque dimanche, nous jouons des matchs différents. Si un arbitre est très pointilleux, nous allons disputer une rencontre excessivement hachée. Mais si un arbitre est porté sur le jeu, il va appliquer le nouveau règlement avec davantage de modération. La finalité, c’est que nous devons nous adapter de dimanche en dimanche, sans savoir avec quel type d’arbitrage nous allons devoir composer. Et franchement, c’est parfois difficile à accepter.

Quel genre de situation défavorable avez-vous vécu ?

La plus défavorable, c’est de disputer des matchs sans aucun rythme, cadencés par les interventions de l’arbitre. Au Puc, nous avons été pénalisés trente fois ! C’est énorme. En moyenne, nous disputons des matchs au cours desquels le jeu est arrêté une quarantaine de fois uniquement sur pénalité. Et la plupart de ces pénalités sont sifflées sur le geste du plaquage. C’est vraiment le gros point noir.

Ramener à son but recherché, à savoir la sécurité du joueur, ce nouveau règlement est-il efficace ?

Pas du tout, et c’est même plutôt le contraire. C’est le paradoxe de la situation : l’insécurité a changé de camp. Nous avons protégé le porteur du ballon en interdisant au défenseur de le prendre trop haut. Du coup nous avons fragilisé le défenseur. J’ai constaté six K.-O. chez nous depuis le début de saison. C’est déjà davantage que le nombre que nous avions subi sur l’ensemble de la saison dernière. Ces K.-O. se ressemblent tous. Le défenseur s’est baissé sous la ligne du bassin et a adopté une bonne position. Il engage la bonne épaule. Mais dans un combat face à face, il arrive assez fréquemment qu’il subisse un choc à la tête sur la hanche de l’attaquant.

L’autre aspect de la modification du règlement touchait la zone de ruck. Le porteur du ballon ne peut plus percuter vers le bas. On l’a coupé de la possibilité de créer des rucks successifs. Cette règle est-elle efficace ?

Elle n’est pratiquement jamais sifflée. C’est la grande oubliée du début de saison. Les arbitres sont vraiment focalisés sur la zone du plaquage. Du coup, cette règle sur les rucks se retourne plutôt contre le défenseur. L’arbitre ne pénalise pas le joueur qui va aller percuter vers le bas. En revanche, il va pénaliser le défenseur, qui prend l’attaquant trop haut, puisque celui-ci s’est baissé… C’est un peu ubuesque.

Dans les discussions que vous entretenez avec vos homologues, quelle est la tendance sur le bilan des quatre premiers mois de compétition : d’accord avec ces règles, ou pas ?

C’est très mitigé. Mais elles ne laissent personne indifférent, c’est certain. Encore une fois, l’esprit de la règle est bon. Dans notre groupe, toutes les équipes du haut de tableau sont des équipes joueuses. Ces règles récompensent tout de même le sens de l’initiative. Mais il me semble qu’elles devraient être réajustées. Je crois que la ligne de plaquage abaissée seulement sous le pectoral serait le bon choix. Avec une application très stricte. Cette ligne est identifiable plus facilement par l’arbitre. Aux Etats-Unis, c’est la ligne qu’ils ont choisie, en la matérialisant sur les maillots. Elle permettrait de garder l’aspect positif de la réglementation sur le plan offensif, puisque l’attaquant aurait toujours les bras libres pour faire jouer autour de lui. Et elle serait moins accidentogène pour les plaqueurs.

Guillaume Cyprien
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