Entraînements pour entraîneurs

  • Sur les installations du club de l'Amatori Napoli Rugby, l'ensemble du XV de France a une dernière fois testé son fonctionnement et le contenu de ses séances ce mardi avec l'ensemble du groupe France des moins de 20 ans.
    Sur les installations du club de l'Amatori Napoli Rugby, l'ensemble du XV de France a une dernière fois testé son fonctionnement et le contenu de ses séances ce mardi avec l'ensemble du groupe France des moins de 20 ans. Pierre-Laurent Gou. / Pierre-Laurent Gou.
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Ce mardi à Naples, avec les moins de 20 ans, le staff du XV de France a peaufiné sa préparation et sa mise en place afin d’être prêt dès ce dimanche, premier jour du stage à Nice préparatoire aux 6 Nations. Face au défi que représente le premier match de leur nouvelle ère, France - Angleterre le 2 février au Stade de France, Galthié et ses hommes ne veulent plus perdre de temps. Reportage en Italie.

S’entraîner à entraîner. Pour être prêt, opérationnel dès ce dimanche. Mine de rien, c’est une sacrée pression qu’a mis sur ses épaules et celles de son staff, Fabien Galthié. Le nouveau sélectionneur souhaitait que l’ensemble de ses adjoints et lui soient rodés dès le premier jour du rassemblement du XV de France. Alors, avec son manager Raphaël Ibanez, ils ont eu l’idée de ces séances d’entraînement à vide, en conditions presque réelles. "Est-ce que le contenu de nos entraînements va répondre à l’équipe et à son plan de jeu ? Il fallait que l’on perçoive comment ce que nous avions couché sur le papier, comme méthode et contenu de séance rugby, allait s’articuler, quelle serait notre cohésion de technicien. Si l’on compte bien, nous avons cinq grosses sessions d’entraînements avant le match face à l’Angleterre. Il faut qu’elles soient le plus juste possible. On ne peut pas se permettre d’être approximatif, sachant que nous aurons 42 joueurs à manager", justifiait Fabien Galthié à propos d’un procédé pour le moins original.

Il avait donc trois séances pour trouver le bon réglage avec son staff. Cela a débuté à Massy avant les fêtes. Puis en tout début d’année, une après-midi à Nice avec une sélection de joueurs de Fédérales du Sud-Est. Ce mardi à Naples, dans le sud de l’Italie, ce n’est rien de moins que l’ensemble du groupe des moins de 20 ans qui a servi de cobaye.

Une cinquantaine de joueurs en stage depuis six jours, au pied du Vesuve, pour préparer le Tournoi des 6 Nations avec en filigrane, aussi, la future défense du double titre de champion du monde de la catégorie à porter en juin prochain, en Italie justement et toujours sous la direction de Sébastien Piqueronies.

Ce dernier a accueilli les bras grands ouverts la délégation du XV de France venue au grand complet. Avec Galthié, on trouve tout son staff, Edwards, Giroud, Ghezal, Labit, Servat mais aussi les trois membres de la cellule performance de la FFR chargés des data, ainsi que ceux de la cellule vidéo.

Un lieu de travail idéal

Le cadre de travail se veut idyllique ou presque. C’est sous un franc soleil, dans les superbes installations de l’Amatori Napoli Rugby, bien à l’abri des embouteillages, de la pollution et des innombrables détritus jonchant les caniveaux de la capitale du Sud de l’Italie, qu’a eu lieu le troisième et dernier banc d’essai. Le club napolitain, évoluant en troisième division, bénéficie du terrain de rugby de l’ancienne base de l’Otan, aujourd’hui contrôlée par l’armée italienne. C’est bien simple, sa pelouse synthétique dernier cri s’étale au milieu d’un véritable havre de paix et de verdure, au beau milieu d’une agglomération sale et bruyante qui n’a d’yeux que pour son équipe de football du Napoli, capable de remplir l’immense stade San Paolo un mardi à 15 heures pour un huitième de finale de Coupe nationale.

Et du rugby, donc? Durant plus de quatre heures de séances, les grands espoirs du rugby français n’ont pas eu le temps de s’intéresser à autre chose qu’au ballon ovale. Le programme qui leur était proposé était impressionnant. Et encore, Thibault Giroud, grand ordonnateur physique de la séance, les a exemptés du dernier quart d’heure. "Ils sont rincés, on va péter des mecs et on n’est pas là pour cela !" Il faut dire qu’avant, les techniciens du XV de France leur ont demandé beaucoup au cours des trois fois trois phases de rugby, alternant celles courtes et séparées de travail entre avants et trois quarts, et celles dites "mixte" à très haute intensité.

"L’idée de Fabien, c’est de travailler physiquement, techniquement et tactiquement. Je suis en admiration devant l’investissement qu’ont mis les joueurs. Chez les seniors, quand tu vas titiller ces zones de fatigue, il y a parfois de la réticence. Là, ils étaient toujours volontaires", glissait Laurent Labit après coup et qui indiquait que ces entraînements à entraîner, lui permettaient de renouer avec le terrain qui lui manquait. "Nous sommes tous habitués à avoir nos joueurs au quotidien. Là, cela faisait deux mois et demi que nous n’avions pas travaillé sur la pelouse. Le terrain, les joueurs me manquaient. Cela fait un bien fou de retrouver ses sensations de technicien." Un avis partagé par William Servat, très exigeant au moment des phases de travail avec les avants, mais qui savait se transformer en véritable papa poule lors des rares petites pauses d’hydratation. "Nous avions besoin de renouer avec notre cœur de métier. Il fallait aussi que chacun trouve sa place dans notre quotidien. L’idée de Fabien est excellente. On se doit d’être performant dans ce que l’on va proposer dès la première minute. On a pu se tester et s’il reste encore quelques détails à peaufiner, je crois que l’on peut dire qu’on est prêt."

Une mécanique bien huilée

En effet, à les observer durant tout une matinée de travail, on voit que leur mécanique est déjà bien huilée. "Trois rucks, trois turnovers, yes !", criait Shawn Edwards lors d’un exercice en opposition aux défenseurs.

Par séquences de quatre minutes, ces petits matchs paraissent éreintants. Les chasubles vertes en défense, les jaunes en attaque, Laurent Labit au sifflet qui dirige la manœuvre, Servat qui reste au plus près des avants. Galthié qui distille ses analyses aux trois-quarts, le tout pendant l’effort qui se veut intense. Sur la touche, Giroud, le responsable de la performance, consulte en direct les données fournies par les traceurs GPS. À l’oreillette, il donne ses commentaires à Fabien Galthié, qui choisit ou pas de dépasser le temps de travail imparti. L’intensité est impressionnante. Après trois "rounds" de belle facture et près de deux heures d’entraînement, les ballons commencent à tomber en bout de ligne, signe de fatigue. Certains, comme Mathias Le Corvec ou Jordan Joseph, semblent "oxy". D’autres, rares, comme le tout jeune Matthias Haddad, en redemandent !

Cet exercice se veut un copier-coller de ce qui sera proposé mercredi prochain à Nice au XV de France. Sauf que l’opposition durera près de 60 minutes, selon les prévisions de Thibault Giroud. On comprend alors mieux que les Bleus vont souffrir. "Il faut en passer par là, si on veut rivaliser avec les meilleurs, prévient le préparateur physique. Notre cinq de devant, mais aussi l’équipe tout entière doivent progresser dans le jeu sans ballon. Pour cela, nous avons des données d’accélération, de déplacement sans ballon et d’alternance combat-collision à haute intensité à réussir." Les deux ordinateurs connectés livrent les data et les objectifs à réussir. Quand les "gros" se déplacent sans ballon, ils doivent le faire au moins à 15 km/h. La barre passe à 18 km/h pour les troisième ligne et 21 km/h pour l’ensemble des trois-quarts. "On doit casser cette culture de l’économie d’énergie quand on ne court pas avec le ballon", prévient Giroud. Mais le rugby et sa technique ne sont aussi jamais loin. "Arrêtez ces passes vissées. À part celles des demis de mêlée, l’écart moyen d’une passe est de trois mètres. Faites les simples et douces !", scande Galthié, resté un technicien qui, lors d’un temps mort, alerte aussi les blessés en bord de touche. "Vous devez vous aussi participer à l’entraînement. Je ne vous veux pas sur vos téléphones, en tribunes. Disposez-vous autour du terrain observez, encouragez les gars dans le rouge. Ne vous mettez pas en marge du stage." Il n’aura pas besoin de le répéter. Tous ces gamins avaient les yeux grands ouverts et affichaient une véritable satisfaction, malgré la souffrance physique, d’être entraîné par le staff de la "grande équipe de France" comme ils disent. Pour eux comme pour le staff, 2020 a débuté de manière privilégiée. Mais le plus dur commence…

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