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Entretiens

Fabien Galthié : «Pour avoir une bonne équipe, il faut un staff performant»

À l’issue de la dernière session d’entraînement pour lui et ses adjoints, le sélectionneur a pris le temps d’expliciter sa démarche et sa préparation en vue de sa véritable prise de fonction ce dimanche à l’occasion du premier rassemblement des Bleus pour le Tournoi des 6 Nations.

Pourquoi ces trois sessions d’entraînement pour vous et vos adjoints étaient-elles si importantes ?

C’était même primordial. Nous avons peu de séquences d’entraînement avant France — Angleterre et pour que les joueurs soient performants, on ne peut pas se permettre d’être approximatif. Nous avons 42 joueurs à manager durant la compétition, alors il fallait confronter sur le terrain, le contenu de nos réflexions. On s’est retrouvé à chaque fois avec 42 participants, deux équipes de 21 joueurs sur le terrain, donc deux quinze et six suppléants à chaque fois. Il fallait aussi que l’on contrôle le timing des séances. Nous demandons beaucoup d’intensité, il ne faut pas trop tirer sur la corde.

Comment est née l’idée ?

J’avais eu parfois, comme joueur de l’équipe de France, l’impression de perdre du temps. Quand tu es avec les Bleus, tout est précipité, tu n’as que très peu de temps pour travailler. On courait toujours après. Si tu ratais une séance, c’était perdu, il fallait passer à autre chose. Il nous faudra donc essayer d’être le plus précis possible. La construction du staff et de son fonctionnement se veut particulière. On souhaite "désilotter" toutes les activités. Le physique, la conquête, le mouvement général. Tous ces micros phases que l’on veut mettre dans le macro. Or ceci demande un timing extrêmement rigoureux. Il fallait donc que l’on répète. Je veux des entraînements "ball in play", c’est-à-dire que le ballon soit toujours en jeu, en mouvement. Comme on n’a pas beaucoup de temps, on essaye de mettre du rugby tout le temps

Concrètement cela vous apporte quoi au niveau du plan de jeu ?

Il faut arriver à articuler ensemble plusieurs petites cellules de joueurs. Le rugby moderne est fait de possessions, dépossessions, puis à nouveau possession du ballon. Il faut vite apprendre à trois ou quatre joueurs à créer une cellule offensive ou défensive efficace, ensuite le collectif se greffe dessus. On ne peut pas construire un collectif global en sélection. En tout cas c’est ma conviction.

Quel bilan tirez-vous de ces répétitions? Êtes-vous prêts pour dimanche ?

Il reste encore plein de petits points d’amélioration, des détails, mais globalement oui, cela tient la route. Au niveau de nos objectifs physiologiques, nous savons où nous devons aller. Cet été, durant la Coupe du monde, on a pu apercevoir rapidement nos manques mais aussi nos progrès. Cela nous a donné une bonne base de travail. Nous avons filmé les entraînements, non pas pour juger les joueurs, mais pour nous juger. Voir nos entraînements, leurs qualités et leurs défauts. On a pu améliorer certains points avant notre mise en "production".

Et qu’avez-vous encore à améliorer ?

Trouver encore plus de liant notamment dans les phases de rugby général, où l’on "active" les joueurs. J’anime la manœuvre, Laurent s’occupe de la deuxième passe, William des collisions et des déplacements après ceux-ci, Shawn de la défense et des contre-rucks, et Karim a pris le jeu de passe pour les douze joueurs pas concernés et qui peuvent rentrer à tout moment. On essaye que tous travaillent en microcellule de trois joueurs pour s’inscrire dans un collectif.

Êtes-vous satisfait de l’intensité de vos séances ?

Je pense. Surtout, travailler véritablement à quinze contre quinze te fait gagner vraiment du temps. Quand une équipe possède le ballon, elle travaille l’attaque, mais l’autre bosse sur le système défensif, en même temps. La préparation physique et le développement physiologique aussi ! On veut optimiser le temps et le potentiel des joueurs. Pour construire une équipe performante, cela passe par des entraînements à forte intensité et pour cela, il faut un staff performant. Donc on s’est entraîné pour l’être !

Votre démarche est pour le coup original ? Peu d’entraîneurs s’entraînent à entraîner une fois leur carrière installée.

Vous trouvez ? C’est une vraie conviction venue d’une réflexion que j’ai eue avec cette sélection comme joueur. Cette vision est, je crois, partagée par tout le staff. J’ai le souvenir d’avoir eu la sensation de n’être pas prêt 24 heures avant une rencontre internationale, très souvent, parce que nous avions perdu du temps en début de semaine dans la mise en place. C’est ceci que j’ai voulu gommer au maximum. 

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