• Jacky Lorenzetti, président du Racing 92
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Entretiens

Jacky Lorenzetti : "En quarts ? C’est Céline Dion qui jouera à la mêlée !"

Silencieux depuis de longues semaines, le patron des Ciel et Blanc Jacky Lorenzetti monte au front et balaye les sujets d’actualité, du salary cap des Saracens aux états d’âme de Ben Tameifuna en passant par la délocalisation d’un hypothétique quart de finale de Top 14.

Dimanche, le Racing s’est qualifié pour les quarts de finale de la Champions Cup. Tous les voyants sont-ils au vert ?

Sûrement pas, non. Il n’y a rien de gagné, rien d’accompli, on n’est même pas certain de pouvoir disputer notre quart de finale à domicile… Pour l’instant, je vous dirais simplement qu’avoir pris un bonus offensif contre le Munster, qui venait chercher chez nous la qualification, peut être un tournant dans la saison.

En cas de quart (week-end du 5 avril), l’Arena serait disponible. En revanche, votre enceinte serait occupée au mois de juin, au moment des barrages du Top 14…

Oui. Et je crois qu’en cas de barrage à domicile, c’est Céline Dion qui jouera à la mêlée (rires). Non, plus sérieusement, l’Arena sera en effet occupée par le groupe américain Green Day. Si nous avons à disputer le match de barrage, nous nous adapterons, comme nous l’avons fait la saison dernière (le Racing, en raison d’un concert de Mylène Farmer à Nanterre, avait délocalisé et perdu son quart à Colombe, N.D.L.R.).

Que vous inspire les Saracens, votre prochain adversaire ?

C’est une équipe exceptionnelle qui, au prix d’un recrutement exceptionnel, a dominé le continent européen depuis une demi-douzaine d’années. Aujourd’hui, on raconte que leur priorité est de rattraper leur retard en Premiership mais de mon côté, je n’oublie pas qu’ils sont toujours en course pour la qualification européenne : s’ils nous battent avec le bonus offensif, ils feront probablement partie des meilleurs deuxièmes. Ce match s’annonce épique…

Trente-cinq points de retrait au classement et près de 7 millions d’euros d’amende : les Anglais ne plaisantent pas en matière de salary cap…

C’est vrai. Sur l’initiative du Clermontois Éric de Cromières, nous allons d’ailleurs revoir la réglementation européenne afin que la sanction produite dans un pays puisse être étendue aux compétitions continentales. Ceci devrait être effectif d’ici deux ans.

Pouvez-vous détailler ?

Les onze clubs anglais ayant vu les Saracens sanctionnés ne sont pas plus pénalisés que les dix-neuf clubs européens se battant depuis dix ans avec les Sarries pour remporter la Coupe d’Europe… C’est donc un problème qu’il faut régler.

On peut néanmoins vous rétorquer que l’enveloppe du salary cap en France est supérieure de trois millions d’euros à celle des clubs du Premiership. On ne peut pas dire que les clubs de Top 14 aient donc été défavorisés par rapport aux Saracens…

Attention ! La règle du "marquee player" (un joueur supplémentaire hors masse salariale) permet aux clubs anglais d’avoir une marge de manœuvre plus importante. Au final, l’écart entre nous est infime…

Pourquoi n’est-on pas aussi sévère en France ?

La Ligue essaie de mettre en place un système de rassemblement de preuves, lesquelles constatent ou pas l’effraction. Mais nous sommes moins pragmatiques que nos amis britanniques, c’est sûr. Le sujet mériterait d’être approfondi.

Ben Tameifuna est comme moi. C’est un affectif, il somatise sur le casse-croûte.

Vous parlez de la Ligue. On dit que Mourad Boudjellal a le vent en poupe pour succéder à Paul Goze…

Il y a des candidats différents et c’est une bonne nouvelle pour le débat démocratique. On ne peut pas dire que Mourad soit dans la ligne du parti, n’est-ce pas ? Maintenant, les élections décideront. Pour ma part, je ne suis candidat à rien…

L’effectif des Saracens va être totalement démembré pour assainir les finances du club. Certaines stars peuvent-elles vous intéresser ?

Non. D’abord, ces joueurs sont hors de prix : j’ai mis dix ans à équilibrer les comptes du Racing, ce n’est pas pour me mettre dans le rouge sur un caprice. Et puis, ces rugbymen n’arriveront jamais sur le marché français parce qu’ils privilégieront toujours leur équipe nationale, à laquelle ils n’auraient plus accès en cas d’exode.

Vakatawa marche sur l’eau depuis quelques temps. Pourquoi ?

Virimi, chez nous depuis dix ans, a terminé son adolescence rugbystique, est reconnu en équipe de France et sur le plan affectif, il semble entre de bonnes mains. Grâce à Laurent Travers, il a aussi beaucoup progressé au niveau défensif. Je ne crois pas me tromper en disant que Vakatawa est aujourd’hui devenu l’un des meilleurs centres du monde.

Ben Tameifuna, revenu du Mondial avec dix kilos en trop, est lui aussi revenu au sommet de sa forme. êtes-vous satisfait ?

C’est un garçon qui est jeune, qui vit seul et qui a perdu ses repères à son arrivée en France. Affectivement, Ben a aussi connu quelques déboires et comme moi, il somatise sur le casse-croûte.

Vous aussi ?

Quand je suis fatigué, le soir, j’appelle ma femme et lui dis : "Fais moi des spaghettis à la tomate, s’il te plaît chérie !" Et puis, je vais chercher une bonne bouteille de rouge et ça repart. Le problème, avec Ben, c’est qu’il prend cinq sandwichs au lieu d’un quand il a un coup de blues. Mais il semble avoir pris conscience de tout ça. Il a bien réagi et c’est une bonne nouvelle pur l’équipe.

Et Wenceslas Lauret, l’avez-vous senti touché de n’avoir pas été pris en équipe de France ?

Il est un peu vexé, oui. Mais la liste n’est pas définitive. […] Globalement, ce qu’a fait Fabien Galthié est intelligent. Pour préparer la Coupe du monde 2023, je prêchais depuis des mois pour une arrivée au pouvoir des jeunes. Mais je crois que Wen aurait eu sa place dans ce dispositif, en tant que relais intergénérationnel.

Parmi les jeunes que vous citez, il y a notamment le deuxième ligne Boris Palu. C’est une belle reconnaissance pour votre centre de formation…

à mon arrivée (juin 2006), on a fait le choix de la formation et petit à petit, tout ça commence à payer. Dimanche, on a d’ailleurs terminé le match face au Munster avec treize Jiff sur le terrain.

Au moment où vous avez racheté le Racing, qui vous a convaincu du bien-fondé d’un centre de formation ?

C’était une croyance personnelle, voilà tout. à l’époque où j’étais PDG de Foncia, j’avais 7 000 collaborateurs et avais créé, au sein de l’entreprise, une sorte d’université pour former les cadres. Ce n’est pas nouveau, chez moi.

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