Plaisir charnière

  • Anthony Belleau (Toulon) face au Stade français.
    Anthony Belleau (Toulon) face au Stade français. Icon Sport / Icon Sport / Icon Sport
Publié le / Mis à jour le

Auteur d’un bon début de saison, le joueur de 23 ans pourrait avoir seul les clés de l’animation offensive toulonnaise en l’absence de Baptiste Serin et Louis Carbonel, avec qui il forme un trio détonant depuis plus de trois mois.

Promis depuis son plus jeune âge à un immense avenir, héros d’une demi-finale de Top 14 à seulement 21 ans et international six mois plus tard, Anthony Belleau a gravi les marches du haut niveau deux par deux. Rien ne semblait alors pouvoir freiner l’ascension du jeune toulonnais. Pourtant en 2018-2019 le parcours jusqu’alors rectiligne du Monflanquinois connaît sa première anicroche : moins inspiré ballon en mains, plus fébrile face aux perches, l’international tricolore (12 sélections) est moins incisif. Il reconnaît sans problème être déçu par sa saison. Mais nouvelle donne, "Belitcho" doit également apprendre à faire face à ses premières critiques publiques, à commencer par celles de Mourad Boudjellal, courant février : "Il a attrapé le virus de l’équipe de France. Ils ne savent plus jouer. Et je comprends pourquoi il n’est pas titulaire en équipe de France vu son niveau actuel." Touché ? Forcément, mais certainement pas coulé ! "Antho" accepte la remarque, et se remet en question. "Quand j’ai commencé à jouer en pro ça se passait parfaitement, je ne me posais pas de question. Mais quand j’ai dû enchaîner je voulais toujours mieux faire. À ne rien vouloir laisser au hasard je pense que je suis allé contre nature. Je cherchais à apporter quelque chose de plus à mon jeu et j’ai perdu ma spontanéité. Je tentais moins de choses et prenais moins de plaisir."

Non retenu pour le Mondial, le numéro 10 doit essuyer une première déception. Mais plutôt que de ruminer, il revient plein d’ambition à Toulon et adopte une nouvelle philosophie : "J’ai appris qu’il fallait accepter que tout ne se passe pas de la manière envisagée. Il faut évidemment respecter un certain cadre, mais il faut également savoir en sortir. Il m’a fallu en prendre conscience pour rejouer "naturellement." Le déclic ? Je suis revenu aux sources de ce qui m’a fait aimer ce sport : prendre du plaisir sur le terrain." Grand bien lui en a fait : deuxième meilleur réalisateur du championnat et redevenu l’attaquant racé qui avait explosé aux yeux du public français, Belleau est à nouveau le joueur dominant qui faisait les beaux jours du RCT.

"Je n’ai jamais enfilé le numéro 12 à reculons !"

Mieux, en acceptant depuis plusieurs semaines un repositionnement au poste de premier centre, Anthony Belleau a développé sa palette de "joueur complet", et forme aujourd’hui l’un des trios les plus détonants du Top 14, aux côtés de Baptiste Serin et Louis Carbonel. "J’ai souvent entendu parler d’un changement de poste, mais je préférais évoluer à l’ouverture. J’ai toujours été dix et c’est là que je me sens le plus à l’aise, mais cette fois c’était une demande du staff et ça aurait été irrespectueux et égoïste de refuser. Je m’adapte aux besoins de l’équipe, et je n’ai jamais enfilé le numéro 12 à reculons !" Dans un évident rôle de cinq-huitième, Belleau lit les trajectoires, sert dans les intervalles, casse des plaquages et joue à merveille son rôle de deuxième 10. "On trouve des repères, et je prends de plus en plus de plaisir." Sauf que si la complémentarité du trio saute aux yeux à chaque rencontre et est sans le moindre doute l’une des clés du renouveau toulonnais, celui qui a porté sept fois lors de ses huit dernières apparitions le numéro 12 pourrait se retrouver sans ses deux compères à plusieurs reprises, durant le Tournoi des 6 Nations. "C’est la vie d’une équipe ! Certains joueurs vont nous manquer, mais on a confiance en tout le groupe. Ce n’est pas parce qu’on enlève un, deux ou huit joueurs que le RCT est démuni. Cette période sera l’occasion de montrer que nous sommes une équipe soudée." Ce sera également l’occasion pour lui de prouver qu’en 10 comme en 12 il demeure un joueur différent, capable de ramener le RCT au sommet du rugby français.

Par Pierrick ILIC-RUFFINATTI
Voir les commentaires
Réagir