• Alex Arrate (Stade français) contre Brive
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Edito

Sans bataille ni lutte

L'édito du vendredi par Léo Faure... Puisqu’il est ici question de maintien, d’ambiances pesantes et de ces clubs de Top 14, élevés au nombre de six (Agen, Brive, Bayonne, Pau, Paris et Castres) qui s’opposent encore, après treize journées, pour s’éloigner de son spectre, prenons le contre-pied : parlons du Pro D2. Ça fait peur ? Non. Ça grève un club, son histoire et son futur ? Même pas.

La deuxième division française n’est ni une honte, ni le grand méchant loup à craindre. Loin des idées préconçues, on y trouve d’excellents matchs de rugby, plus ouverts qu’on veut bien le dire, une compétition homogène et des phases finales à l’engouement sans rien à envier à la grande sœur du Top 14. Voilà qui aura de quoi apaiser quelque peu les actuels mal classés de première division.

Mieux encore : un passage par le Pro D2 est souvent un soulagement, pour pas mal de clubs qui veulent remettre de l’enthousiasme et de la vie dans leur stade. S’il n’y avait plus cet engouement identitaire et populaire pour le porter, ce lien social à tisser, pourquoi s’évertuer à bâtir un projet sportif, aussi professionnel soit-il ? Voilà donc, pour cette relégation si crainte, une autre vision des choses. Une autre identité : celle d’un remède contre la sinistrose ambiante des fonds de tableau.

C’est ce que montrent les expériences du passé, même le plus récent. Brive, par exemple. Sa relégation de 2012 avait été vécue comme un cataclysme. La mort d’un club ? Rien du tout. Un an plus tard, loin du climat délétère qui avait accompagné la cité corrézienne jusqu’à sa relégation, ils étaient des milliers, une quinzaine peut-être, fiers de leurs couleurs sur la route du stade Chaban-Delmas de Bordeaux où les attendait la finale d’accession remportée face à Pau.

Loin de la torpeur promise, Brive avait retrouvé en Pro D2 de sa joie de vivre, sa fierté et son ambition. Il en fut de même la saison dernière, après une nouvelle relégation et une seconde accession au Top 14 en sept ans.

D’autres ont emprunté ce même chemin vers le Pro D2, sans y périr. Agen, Grenoble, Perpignan, Oyonnax pour les plus récents. Ils y ont vécu parfois mieux qu’à l’étage supérieur où, faute d’épaules financières assez larges, les saisons pouvaient tourner au calvaire. Souvenez-vous de l’Usap, de la folie de ses phases finales d’accession en 2018, jusqu’à la marée sang et or qui déferla sur Ernest-Wallon pour y fêter le sacre et la remontée, un après-midi ensoleillé de mai. Et souvenez-vous, quelques mois plus tard, de cette litanie de défaites et de ces travées d’Aimé-Giral, jadis si ferventes, désormais chaque semaine un peu plus vides.

Dans son chapelet de meilleurs souvenirs, pas un supporter catalan ne citera la longue purge de 2018-2019, quand bien même elle fut estampillée Top 14. Tous, en revanche, gardent en souvenir une saison de Pro D2 glorieuse.

En ce sens, gageons ici d’un petit effort sémantique : si le maintien qui nous occupe ci-contre est un objectif et, par opposition, la relégation un échec, on y associera difficilement l’idée d’une bataille, de lutte. On lutte contre un mal, ou contre une maladie. On vit une relégation, ses douleurs et ses espoirs. Il y a les affres économiques, et leurs obligations de restructuration qui placent souvent les joueurs dans des situations contractuelles inconfortables. Il y a, aussi, l’opportunité d’un lendemain. Une relégation peut aussi être une chance, pour qui maîtrise l’art du rebond.

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