Les Bleus au rupteur

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    Les Bleus au rupteur Midi Olympique - Patrick Derewiany
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Au terme d’une semaine particulièrement intense, les Bleus se sont livrés, ce samedi, à une opposition contre le XV de France militaire à Nice. Un "entraînement test",selon le staff des Bleus aussi passionnant à regarder que rude à vivre...

Le manager du XV de France Raphaël Ibanez avait posé le décor avant le début de la séance. Désireux d’ouvrir davantage le XV de France à la presse pour plus de transparence, l’ancien talonneur tricolore avait briefé les médias invités à venir assister à cette opposition contre le XV de France militaire : "Nous ne sommes plus qu’à une semaine d’affronter l’Angleterre, et vous allez assister à un entraînement "test" pour le staff. Cette séance va être très dure et va se rapprocher de l’intensité d’un match international." Et Ibanez d’illustrer son propos par une valeur appelée le "player load" ("la charge de travail du joueur" en français). En gros, il s’agit d’une donnée globale calculée à partir des accéléromètres contenus dans les GPS des Bleus qui calculent et compilent l’ensemble des phases de combat et des collisions. Pour schématiser, on dirait donc qu’il s’agit d’un score qui mesure l’intensité d’une rencontre. "Mercredi, vous avez assisté à entraînement dont le player load était de 170. Un match international, c’est 300. Aujourd’hui, on veut que les joueurs aillent jusqu’à 285." En clair, les Bleus allaient évoluer entre 90 % et 95 % de leur intensité maximale. Mais pas n’importe comment.

D’abord, l’arbitre international Alexandre Ruiz avait été spécialement dépêché pour encadrer cette opposition raisonnée. Ensuite, le plaquage à la poursuite était interdit afin d’éviter toute blessure stupide. Enfin, tout était prévu pour pousser les Bleus dans leurs derniers retranchements. Les staffs avaient prévu huit cycles de trois, deux, deux, et une minute de jeu ininterrompu, le fameux "ball in play", soit le temps de jeu effectif cher à Fabien Galthié. Entre chaque séquence, les Bleus avaient une minute pour souffler et pas une seconde de plus. Soit… Un total de 64 minutes de temps de jeu effectif, et une séance de 104 minutes ! Il y avait aussi les petites "surprises" que le staff réservait à ses joueurs, comme de créer des infériorités numériques en retirant un flanker ou un centre ou en ajoutant deux adversaires pour les contraindre à trouver d’autres espaces. Bref, un programme littéralement diabolique, qui allait mettre les poumons et les nerfs de nos Bleus à rude épreuve…

Bulles de maîtrise et séance allongée

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le staff a réussi son coup. Après deux cycles, l’équipe de France militaire commençait déjà à montrer des signes de fatigue et multipliait les remplacements pour maintenir une opposition suffisante. Les Bleus, eux, tenaient le choc et avalaient les séquences sans paraître souffrir de la fatigue. Haouas, Willemse et Taofifenua s’illustraient par quelques charges dévastatrices tandis qu’Alldritt, Dupont, Fickou, Bouthier et Ollivon s’offraient quelques belles percées dans la défense adverse. Galthié, qui commandait la séance, corsait l’affaire en remettant systématiquement ses hommes sous pression dès qu’ils prenaient l’avantage. En cas d’essai marqué, il rendait aussitôt le ballon à l’adversaire qui contre-attaquait de son en-but. En cas de libération lente, il commandait un autre ruck à quelques mètres de là. Un jeu au pied trop long ? Il remettait un ballon en jeu. On l’a même vu à plusieurs reprises redonner la balle aux militaires à cinq mètres de la ligne des Bleus alors que ces derniers venaient de gagner quarante mètres grâce à un beau mouvement. Même les remplaçants n’avaient pas l’occasion de souffler : aussitôt sortis, ils rejoignaient l’en-but pour y effectuer un travail spécifique.

Pendant les courtes pauses, les Bleus se regroupaient et faisaient ce que Raphaël Ibanez nous a décrit comme une "bulle de maîtrise" (ou "huddle" comme l’appellent les Anglosaxons), un moment privilégié où ils se réunissent en cercle et prennent une respiration collective pour retrouver de la lucidité. En face, les militaires pliaient mais ne rompaient pas. Certains sortaient sonnés de leurs collisions avec des Bleus, mais se relevaient inlassablement. À mesure que les cycles s’écoulaient, les Bleus ont commencé à souffrir de la fatigue. Et c’était justement le but, comme l’expliquait l’entraîneur des trois-quarts Laurent Labit après la séance : "Cette séance nous a permis de travailler nos lancements et nos formes de jeu sous l’effet de la fatigue, et dans des situations critiques qui sont fréquentes au niveau international : infériorité numérique, ballon de contre, turnover… Que fait-on pour garder le ballon, défendre, ou sortir de notre camp ? Dans ces moments-là, il ne faut pas baisser la tête mais trouver des solutions." Et de toute évidence, les Bleus en ont trouvé car devant la qualité du travail effectué par ses hommes, Fabien Galthié a spontanément choisi de l’allonger d’une bonne vingtaine de minutes, portant le total de temps de jeu effectif à près de 80 minutes. On imagine que les Bleus ont dû bien dormir le samedi soir…

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