Tension d’une nuit d’hiver à La Rochelle

  • Le Stade rochelais a démontré qu’il était capable d’actions spectaculaires, à l’instar d’Arthur Retière, auteur d’un triplé.
    Le Stade rochelais a démontré qu’il était capable d’actions spectaculaires, à l’instar d’Arthur Retière, auteur d’un triplé. / Xavier Léoty
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Le Stade rochelais est toujours invaincu à domicile en championnat. Face au MHR, le club maritime a joué à se faire peur malgré soixantes minutes d’une grande qualité.

On joue la 39e minute au stade Marcel-Deflandre. La Rochelle mène 22 à 11 et vient de prendre le large grâce au deuxième des trois essais d’Arthur Retière. L’entraîneur principal des Jaune et Noir Ronan O’Gara descend la tribune pour se rendre au vestiaire et harangue la foule de la tribune Atlantique avec rage et conviction. L’Irlandais demande aux supporters de se lâcher et d’être sur la même longueur d’onde que ses joueurs, finalement libérés après une entame difficile (11-3 à la 20e minute). Un geste qui en dit long sur l’importance cruciale d’une rencontre sous tension contre le MHR de Xavier Garbajosa, concurrent direct aux phases finales venu sur la côte atlantique pour faire un coup, comme le Stade français l’avait fait l’an passé avant les vacances. C’est que l’ancien ouvreur du Munster s’était montré tranchant cette semaine en conférence de presse, assurant haut et fort que la culture club était plus forte à La Rochelle que dans l’Hérault. Malicieusement sans jamais citer le polyvalent trois-quarts sud-africain Johan Goosen, l’Irlandais a fait comprendre à tout le monde et en particulier à son auditoire qu’en acceptant des joueurs "pas très honnêtes", une faille résidait dans la culture montpelliéraine et qu’il fallait la montrer samedi soir. Rajoutez à cela le retour de l’ancien entraîneur Xavier Garbajosa dans son ancienne ville, un classement plus que jamais serré, et vous obtenez la dose de tension aperçue durant les 80 minutes. À l’instar de Victor Vito, capitaine parfois énervé dans le premier acte. "C’est difficile pour moi car quand je suis énervé je veux parler en anglais, expliquait-il dans la langue de Molière après la rencontre. Mais il faut être un peu plus tranquille. J’ai senti que l’arbitrage n’était pas égal, j’ai essayé de lui dire que s’il donnait un avantage pour eux, il fallait aussi qu’il le fasse pour nous mais la réalité est peut-être différente. C’est ma faute, c’était ma mauvaise perception sur le terrain."

Une base solide

Le Stade rochelais est en constante progression. Une analyse facilement réalisable au regard des derniers matchs et d’un jeu qui se met progressivement en place. "Nous sommes une équipe avec une base forte", disait O’Gara cette semaine. Une affirmation qui s’est confirmée dans le froid de Marcel-Deflandre pendant la majeure partie de la rencontre. Durant pratiquement une heure, la touche a affiché un sans-faute (10/11 au final), l’indiscipline chronique fut totalement gommée (deux pénalités en 55 minutes, 8 au total), la mêlée stable et surtout un jeu léché de plus en plus séduisant. En témoignent les deux essais d’Arthur Retière, par deux fois venus d’actions en première main et magnifiés par deux combinaisons simples mais parfaitement exécutées. "On commence à progresser sur les phases statiques à partir de mêlées et de touches, à avoir des lancements plus précis, réagissait l’arrière du soir Jérémy Sinzelle. Après dans le jeu dans le désordre c’est un peu moins fluide, c’est plus compliqué. On doit progresser." Quand le talent individuel est au service du collectif, les Rochelais sont capables d’actions spectaculaires. À l’image de la percée de Uini Atonio sur le quatrième essai maritime au retour des vestiaires, et de sa libération au contact pour un Kevin Gourdon une nouvelle fois très en jambes et véritable dynamiteur d’attaque.

Mais des regrets

Le paragraphe qui vient aurait pu être évité. Longtemps les supporters ont cru que la deuxième période se résumerait à un cavalier seul, une victoire conséquente face à des Montpelliérains sonnés et menés à la 50e de 21 points (32-11). Pourtant voilà, comme souvent cette saison les Rochelais ont joué à se faire peur. Bonus offensif provisoire dans la poche, la machine s’est enrayée, la mêlée s’est grippée (quatre pénalités en dix minutes), l’indiscipline est réapparue et les cinq points se sont échappés. Dans un premier temps avec la réduction de l’écart par Goosen (64e) puis définitivement après l’interception du deuxième ligne Janse Van Rensburg. C’est au final la victoire qui a failli échapper aux Jaune et Noir après le quatrième essai montpelliérain à trois minutes de la sirène. "Il y a des sourires, forcement ça gagne et c’était l’objectif mais on est frustrés de la "remontada" des Montpelliérains car on avait le match en main et on se met sous pression bêtement sur ces dernières minutes, regrettait le coach des avants Gregory Patat. Ça montre qu’on a encore du chemin à parcourir, avec plus de maîtrise sur l’ensemble d’un match." Les Rochelais se souviendront longtemps des deux dernières minutes de ce jeu à une passe en attendant la délivrance et de ce soulagement, qui fit se lever les 16 000 supporters maritimes et qui leur permet donc de s’installer, durant deux semaines au moins, sur le podium du championnat.

Paul Arnould
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