Place aux actes !

  • Antoine Dupont (France) lors du Captain Run avant d'affronter les Anglais
    Antoine Dupont (France) lors du Captain Run avant d'affronter les Anglais Icon Sport / Icon Sport / Icon Sport
Publié le / Mis à jour le

L’expertise supposée de Fabien Galthié et le talent dont fait preuve la jeunesse tricolore en Top 14 sont autant de promesses au moment d’aborder le vieux Tournoi. Des promesses que l’Angleterre s’est néanmoins jurées de piétiner…

Convenez que l’emballage a de la gueule. Cette fois-ci, le XV de France possède à sa tête le "meilleur technicien du pays", puisque c’est ainsi que le qualifient ses pairs et les joueurs qu’il n’a pas encore envoyés en maison de repos. Qu’on le veuille ou non, Fabien Galthié a d’ores et déjà fait honneur à sa réputation, tirant la quintessence de cette équipe nationale en guenilles pour en faire, lors du dernier Mondial, un bougre mieux attifé, moins bordélique. À l’aune du Tournoi 2020, ce XV de France se présente bien, rassure les grands sponsors fédéraux et multiplie les éléments de langage nous signifiant que l’âge martial où le Goret incitait ses troufions à "sortir le casque à pointe", l’époque où Bernie jurait que "le rugby, c’est juste pousser en mêlée et sauter en touche", est bel et bien révolu. Avec Galthié et son bras droit, Raphaël Ibanez, on a donc basculé vers une communication moins fleurie, plus intello et, si l’on ne comprend pas toujours à quoi ils font référence avec "la flèche du temps", "le pacte moral" ou le "chemin commun", on remercie néanmoins le ciel qu’un tel déchaînement d’idées n’ait pas encore rendu sourds ceux et celles qui en usent. Autour de ce XV de France 2.0, il y a aussi les "datas", soit la démarche toute scientifique du préparateur physique (Thibault Giroud) le plus médiatique depuis Tiburce Darou - le gourou de la Star Ac’ un jour débauché par Mourad Boudjellal - et l’œil vif d’une jeunesse ambitieuse, qu’on espère enfin débarrassée des complexes de la génération maudite, celle qu’incarnaient en leur temps Wesley Fofana, Yoann Maestri, Guilhem Guirado, Yoann Huget ou Mathieu Bastareaud.

Jamais, dans l’histoire du XV de France, un sélectionneur ne s’était donc appuyé sur un staff aussi large. Jamais, depuis l’avènement du rugby pro, une équipe nationale n’avait préparé le Tournoi dans un confort pareil, comptant sur ceux que l’on identifie, avec Galthié, comme les quarante-deux meilleurs rugbymen du pays. Car excepté Maxime Médard ou, à degré moindre, Wenceslas Lauret, quel poste de la première liste du patron a-t-il vraiment fait débat ? Pas le moindre et, de l’extérieur, il nous semble même que cette équipe nationale draine derrière elle un soulèvement populaire que l’on ne connaissait plus depuis des lunes : que le Crunch se dispute à guichets fermés est une chose, que le France-Italie et le France-Irlande qui suivent ne comptent quasiment plus la moindre place disponible en est en effet une autre…

La Rose a un éléphant dans le salon

Mais passé le chic du packaging, on veut désormais assister à la mise en pratique et voir du rugby, nom de Dieu. Place aux actes ! Car si cette équipe de France de bizuts est réellement capable de mettre un terme aux incessants bavardages d’Eddie Jones, qui promettait cette semaine encore de régler le sort de la bleusaille par la "voie brutale", elle nous comblera d’aise. Et pourquoi, après tout ? Le XV de la Rose, tout vice-champion du monde soit-il, a un "éléphant dans le salon" depuis que les montages financiers des Sarries ont été révélés au grand jour, outre-Manche. Or, sept membres du XV de la Rose sont aujourd’hui issus du club banni, l’entité du nord de Londres montrée du doigt, publiquement humiliée et à qui on demande même aujourd’hui de ne pas présenter ses trophées de façon ostentatoire. Et si les présidents du Premiership estiment avoir été floués par l’institution Saracens, pourquoi les joueurs ne partageraient-ils pas le même avis que leurs employeurs ? Au bout du bout, la bombe qu’incarne l’un des plus gros scandales du rugby pro a-t-elle vraiment été désamorcée aussi facilement que nous l’assura Eddie Jones mi-janvier ? "Personne n’arrive en équipe nationale drapé de blanc, nous confiait-il alors. Tout le monde débarque ici avec ses problèmes personnels, parfois bien plus importants que ne l’est le plafond du salary cap… L’essentiel, c’est de s’asseoir autour d’une table, d’en parler et de crever l’abcès." À l’hiver 2020, la Rose reste évidemment supérieure à cette équipe de France en culottes courtes, au sein de laquelle Gaël Fickou (25 ans) sera le joueur le plus expérimenté. Mais, puisque les Britanniques assuraient encore mercredi que le "dossier Saracens" avait ouvert le groupe anglais en deux, on veut bien s’accrocher à ce "british gossip"* comme à un heureux présage, un encouragement sans lequel on se demande bien comment la bleusaille aurait pu venir à bout du problème.

L’incertitude Bouthier, le doute Willemse

Hé quoi ? À quelques heures du coup d’envoi, on ne sait toujours pas si les paris de Galthié s’avéreront oui ou non raisonnables. Après tout, on a du mal à imaginer le Montpelliérain Anthony Bouthier en patron du triangle du fond quand Elliot Daly et Owen Farrell tenteront de le "promener", comme ils l’avaient fait l’an passé à Twickenham, avec Yoann Huget. Va-t-il oser diriger, déplacer, commander son bloc ? Et en deuxième ligne, que peut-on attendre de Paul Willemse ? Si le Montpelliérain, d’un poids équivalent à celui du grand "Vahaa", répondra vraisemblablement aux attentes en mêlée fermée et sur les mauls pénétrants, on s’interroge en revanche sur sa capacité réelle à survivre plus de vingt minutes au niveau international. À ce titre, ces cinq premières sélections ne furent pas de franches réussites…

Au crépuscule de la Coupe du monde, le désir de Galthié était donc de rendre au pack tricolore la dangerosité qui fut la sienne jusqu’à l’hiver 2010, date à laquelle il offrit au rugby français le dernier grand chelem de son histoire à la faveur d’un centre de 120 kg (Mathieu Bastareaud) et, surtout, d’une mêlée qui concasse. Si le sélectionneur y parvient, la ligne de trois-quarts tricolore, sans équivalent en Europe, pourrait enfin devenir une arme de destruction massive. S’il échoue, nous voici une nouvelle fois suspendus aux exploits individuels de Teddy Thomas, Virimi Vakatawa ou Antoine Dupont. C’est peu et beaucoup à la fois…

* rumeur britannique

Voir les commentaires
Réagir