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    Dupont : « Oui, j’ai eu peur… » Midi Olympique / Patrick Derewiany / Midi Olympique
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Dupont : « Oui, j’ai eu peur… »

Blessé au dos au retour de la Coupe du monde et à l’arrêt pendant deux mois et demi, le Toulousain, Antoine Dupont, aurait pu craindre pour sa place en sélection. Mais, en livrant un match dantesque ce dimanche, il a prouvé qu’il était désormais un des tauliers des Bleus.

Que ressent-on quand on démarre une nouvelle ère par un succès face au vice-champion du monde ?

Cela fait du bien de démarrer de la plus belle des manières mais je crois que cela va surtout nous donner envie de goûter encore à ça. Ce sont des sensations qui sont vraiment fortes et c’est pour les vivre qu’on joue au rugby. À nous de les retrouver très vite.

Aviez-vous senti dans la semaine que vous étiez capables de renverser cette équipe ?

Oui, il y avait bien sûr beaucoup d’appréhension et de stress liés au début du Tournoi, au duel face à Angleterre… Mais, au fond de nous tous, on y croyait et on se savait capables de réaliser ce genre de performance. La preuve, c’est que, dès l’entame de match, notre équipe n’a pas joué petit bras. On sentait qu’on avait confiance en nous.

Que s’est-il passé à la 79e minute et deux secondes, quand vous tapez le ballon en touche dans votre en-but ?

J’avais fait deux médias avant vous et personne ne m’en avait parlé (rires). Comme vous vous en doutez, je croyais qu’on arrivait à la fin de la dernière minute, et non pas de l’avant-dernière. Il restait trois secondes quand j’ai baissé la tête dans le ruck et j’étais persuadé que c’était terminé. Bon, j’ai vite compris que je m’étais trompé d’une minute ! Je mettrai les lentilles au prochain match.

Cela a-t-il fait rire vos partenaires ?

Oui, on en a rigolé. Même si, finalement, les Anglais prennent le bonus défensif à la suite de cette erreur. On peut en rire car il n’y a pas de grosses incidences mais, si on perd la rencontre là-dessus, cela n’aurait pas été du tout marrant. Certains m’ont dit : "C’est bien Antoine parce qu’on a fait passer le temps et ils ne pouvaient plus jouer." Personnellement, je le vois plutôt comme une grosse connerie qui aurait pu nous coûter cher. À moi de faire gaffe la prochaine fois.

Quelques minutes avant, votre plaquage sur Heinz fut capital. Le mesurez-vous ?

Ce fut surtout important de récupérer le ballon et de se donner un peu d’air car nous avons été asphyxiés dans notre camp en deuxième mi-temps. Il y a eu plusieurs turnovers décisifs, dont celui-ci à dix mètres de notre ligne ou les deux de Jeff (Poirot, N.D.L.R.) qui grattent les ballons.

À côté de ça, vous avez livré une énorme prestation individuelle…

Je me suis senti bien, comme toute l’équipe. On nous disait que nous étions jeunes et inexpérimentés. Mais on avait le vécu des quatre mois de Coupe du monde en commun, avec le même système de jeu et la même ossature de joueurs. Nous n’étions pas perdus et nous savions où il fallait aller. On avait la stratégie en tête et on l’a tenue de bout en bout. En faisant ce qu’on avait prévu, ça marchait. Donc il n’y avait pas de questions à se poser.

Pouvez-vous nous raconter ce troisième essai ? Vous récupérez un ballon dans le désordre et vous le transformez en or…

J’ai eu un peu de chance. Ils nous ont quand même bien contrés sur la touche et je n’ai pas hérité que de ballons faciles. Sur ce coup, ça s’ouvre devant moi et j’ai encore Charles (Ollivon) qui est au soutien, hyper opportuniste. D’habitude, on me dit que c’est moi. Là, c’était pour lui (sourires). Cela nous a soulagés de passer à vingt-quatre points d’avance.

Est-ce votre meilleur match en sélection ?

(Il souffle) Je ne sais pas. Je le regarderai de nouveau mais, aujourd’hui, je ne me pose pas cette question. Je suis content de moi, de l’équipe et surtout de la physionomie de la rencontre. C’était une belle soirée. Il faut savourer ces moments.

Êtes-vous satisfait de la maîtrise dont vous avez fait preuve, notamment à la charnière ?

Avec Romain (Ntamack), je crois que nous avons plutôt bien géré le fait d’occuper au pied et de ne pas prendre trop de risques chez nous. Mais il y a toujours du travail et nous n’étions parfois pas très bien organisés. J’ai par exemple été contré deux fois, lui a été mis sous pression deux fois aussi. Le ballon était très glissant, les phases de ruck étaient difficiles et puis, il y avait des Anglais en face, donc ce n’est jamais évident.

Avez-vous pensé au scénario catastrophe en fin de match ?

Quand ils ont marqué, il y a peut-être eu certaines pensées nocives mais elles ont vite été évacuées. Nous nous sommes rassemblés et nous avons répété qu’il fallait lever la tête et continuer à faire la même chose. La confiance, c’était le maître-mot. Il n’y avait pas lieu de se désolidariser. Après avoir mené 24-0, on aurait eu les boules de perdre. Même si on se fait quand même peur. S’ils avaient mis ces deux essais plus tôt, cela aurait été une toute autre fin. On doit arriver à maintenir cette avance, donc bosser sur les aspects stratégique et mental.

Pour un joueur qui avait une demi-heure dans les jambes il y a un mois, il vous a fallu tenir quatre-vingt minutes…

Mais ça va, les deux matchs de Coupe d’Europe avec Toulouse m’ont permis de me mettre en jambes. Ça revient vite, je ne me suis pas arrêté six mois non plus. Ça revient vite mais je pense que quelques-uns auront des courbatures ce lundi (sourires).

Était-il prévu que vous jouiez le match entier ?

Ce n’est jamais prévu. On ne sait jamais comment un match va se passer, donc je m’attendais à tout. Je me sentais bien, j’ai vu que je restais et cela ne m’a pas posé de soucis particuliers.

Après avoir été à l’arrêt pendant deux mois et demi, avez-vous eu peur de rater le Tournoi ?

Oui, j’ai eu peur… Je ne savais pas trop quand j’allais reprendre. Dans le pire scénario, c’était mi-janvier. Cela aurait donc été très dur pour moi de postuler. Mais, au-delà, j’avais surtout envie de reprendre avec mon club. Je suis rentré avec beaucoup de déception de la Coupe du monde et la meilleure façon de l’évacuer, c’était de retrouver le terrain, la victoire et les copains. Ce fut une frustration pour moi mais il fallait que je me repose. C’était essentiel.

Le staff du XV de France vous a-t-il rassuré durant cette période ?

J’ai eu Fabien (Galthié) au téléphone plusieurs fois, qui prenait des nouvelles. On échangeait sur le projet de jeu, le système ou le cadre de vie. C’était important et rassurant pour moi. Il ne m’a pas dit que je serais pris d’office mais au contraire de reprendre quand je serai prêt. Je n’ai pas accéléré le processus et je suis revenu dans les délais prévus.

Être associé à Romain Ntamack est-il un gain de temps ?

On commence à bien se connaître et avoir un petit vécu, même si nous n’avons été associés que six ou sept fois. Pour une charnière de l’équipe de France, sur les quatre dernières années, c’est déjà énorme (rires). On apprend sur la gestion de match et le niveau international, nous sommes de jeunes joueurs. Mais c’est plaisant de le faire ensemble.

L’objectif est-il désormais de remporter le Tournoi ?

On ne va pas être prétentieux non plus. On revient d’années complexes, on va être humbles, bosser et préparer sérieusement la réception de l’Italie. Le but est toujours de gagner les matchs. Donc, quand on commence une compétition, c’est pour la remporter. Mais ce n’est pas parce qu’on a battu l’Angleterre qu’on va être champions. Nous ne sommes pas dans cette optique. On va grandir petit à petit, mais on le fait plus vite dans la victoire.

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