Silence, on rêve

  • Tounoi des 6 Nations 2020 - La joie des Bleus après l'essai de Vincent Rattez contre l'Angleterre
    Tounoi des 6 Nations 2020 - La joie des Bleus après l'essai de Vincent Rattez contre l'Angleterre Midi Olympique / Patrick Derewiany
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Victorieux sans coup férir de l’Angleterre après une première heure parfaite, qui le vit mener jusqu’à 24-0, le XV de France a réussi malgré ses éternelles fragilités son premier examen de passage face à l’Angleterre. De quoi lancer le mandat de Fabien Galthié sous les meilleurs auspices...

Faut-il parler d’exploit, à l’heure de célébrer ce convaincant succès face aux vice-champions du monde ? Peut-être pas. Il faut bien convenir que cette Angleterre (privée des frères Vunipola et trop vite amputée de Tuilagi) était à des années-lumières du stratosphérique niveau de jeu affiché face aux Blacks en demi-finale de la Coupe du monde, voilà quelques mois. Il faut bien se rappeler que les débuts de mandat sont généralement des périodes fastes pour les nouveaux sélectionneurs (seul Jacques Brunel ayant perdu le premier match de son mandat depuis l’après-guerre). Mais faisons, pour un instant, fi de tous ces raisonnements de pisse-froid, pour nous laisser aller à cette essence profonde du sport que demeure l’émotion. Foutre, quel pied ! Quel bonheur profond, intense, de voir le XV de France arriver comme par enchantement à ce niveau d’engagement, de technicité et de résilience, après deux semaines de préparation dont on redoutait qu’elles se bornent à un plan de com’ bien rôdé ! Quelle joie, après une quinzaine de jours bourrés d’éléments de langage hermétiques, de constater que nos petits Bleus sont tout bonnement rentrés sur la pelouse du Stade de France pour en découdre à la régulière, quitte à repousser les Anglais au-delà de leur ligne de ballon mort après le doublé de Charles Ollivon, après avoir présenté 80 minutes durant un premier rideau de fer qui dut rappeler à Shaun Edwards ses meilleures heures galloises. Quelle joie de noter que la qualité technique et le sens tactique des jeunots Dupont et Ntamack n’ont rien à envier à ceux du trio Youngs-Ford-Farrell lorsque la pression s’inverse, et que les fameux « entraînements à haute intensité », ne sont pas bons qu’à pousser les joueurs au-delà de leur seuil de résistance trop tôt dans la semaine (ainsi que semblaient en témoigner les blessures de Camille Chat ou Damian Penaud). Ils ont aussi permis au XV de France de tenir, tant bien que mal, pendant 80 minutes… Et parce qu’on est un brin maso, avouons-le, quel plaisir avons-nous pris à nous faire peur durant ces 20 ultimes minutes si déficientes en maîtrise, mais débordantes de courage et de fraîcheur, à l’image d’un «Toto» Dupont capable du meilleur (plaquage décisif sur son vis-à-vis Heinz) comme du pire (ce dégagement derrière son en-but pour avoir cru le match terminé avant l’heure...).

Galthié, état de grâce prolongé

La morale, dans cette histoire ? Elle est que, comme en politique, Fabien Galthié a parfaitement su capitaliser sur l’état de grâce des cent premiers jours, au point de s’assurer d’entrée de jeu un succès à même de rabibocher définitivement le XV de France avec son public, plus désireux que jamais de rêver en bleu. Et qu’en matière de quête d’identité, Galthié a réussi à relever le gant avec brio, quitte à offrir à son équipe un visage un peu trop français dans l’art de se faire peur, au bout d’un coaching probablement un brin précipité… Rien n’aurait changé, alors? Les grands maux du XV de France demeureraient curieusement les mêmes, à savoir cette conquête défaillante, ces fins de match poussives et cette surréaliste capacité à se faire des frayeurs par manque de maîtrise tactique ? Peut-être, après tout. Sauf que l’espoir a enfin changé de camp et le combat d’âme, ainsi que l’a suggéré la pénalité symboliquement tentée par Owen Farrell en fin de match pour assurer le bonus défensif. Cela dans l’optique d’un classement final où les Bleus, pour la première fois depuis si longtemps, peuvent nourrir de vrais espoirs. Silence, on rêve...

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