• Marchand, Dupont, Alldritt et Haouas, sonnent la charge des Bleus.
    Marchand, Dupont, Alldritt et Haouas, sonnent la charge des Bleus. Midi Olympique / Patrick Derewiany / Midi Olympique
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XV de France

Forza Francia !

Les promesses nées de la victoire dans le Crunchne sauraient être saccagées par une contre-performance contre l’Italie. Confiance donc à ces jeunes bleus mais surtout, sans excès !

France-Italie, mille sabords… Gardez-vous un souvenir ému de ce match, ces cinq dernières années ? Gardez-vous d’ailleurs un "souvenir tout court ", des récents duels entre les deux Latins du Tournoi ? Car s’il est une constante dans cette opposition, c’est bien la sinistre qualité du spectacle généralement présenté, une foire à l’empoigne ne remplissant plus le Stade de France depuis des lunes et qui fut même, l’été dernier, à l’origine d’un gigantesque four, tout juste sauvé de la pleine humiliation par un flot d’invitations. En réalité, il existe plusieurs raisons au fait que les France-Italie de l’histoire aient pour la plupart enfanté de bouses. D’abord, il faut reconnaître aux rugbymen italiens un indéniable talent pour "sortir les Bleus de leur match", comme dit le clicheton. Comment ? En pourrissant les libérations, en donnant leur vie sur chaque plaquage, en jouant ce match comme ils n’en jouent aucun autre dans la compétition, en fait…

Il est aussi admis, concernant ces France-Italie, que les Tricolores y ont trop souvent tendance à être méconnaissables, brouillonnasses et peu inspirés, face à un adversaire qu’ils n’ont jamais vraiment pris au sérieux. Au fil des ans, ce présumé complexe de supériorité eut parfois même de funestes conséquences sur la carrière de plusieurs internationaux français : après avoir touché le fond à Rome (mars 2011), de grands joueurs tels Yannick Jauzion ou Jérome Thion, de moins grands tel Sébastien Chabal, n’eurent ainsi jamais plus l’occasion de porter le maillot tricolore, enterrant donc, face aux azzurri, leur carrière sur une glissade. En résumé, il n’y a pas grand-chose à gagner sur un France-Italie, si ce n’est la certitude d’entrer dans le Guiness Book, en cas de défaite historique à Paris. En revanche, il y a tout à perdre : en vrac, son plan de carrière, sa crédibilité et, pour les plus malheureux, quelques milliers de followers

Courez, marquez, osez !

Faut-il avoir peur, alors ? Sincèrement, on aurait beau armer ces Italiens de barres à mines et de revolvers, on aurait du mal à ressentir un quelconque effroi, en voyant débouler Luca Bigi et ses coéquipiers au Stade de France. Dans les faits, la squadra azzura n’a plus gagné dans le Tournoi des 6 Nations depuis quatre ans, sort d’une brave fessée au pays de Galles (42-0) et aurait pu, à Cardiff, attaquer la défense adverse dix ans durant, elle n’aurait pas réussi à marquer le moindre essai. Au vrai, le rugby italien est dans un tel état de stress que sa place dans le vieux Tournoi ne tient aujourd’hui qu’à une puissance financière - et donc des droits télés assez conséquents, "6 Nations" étant avant tout une société commerciale, pas une ONG… - supérieure à la Géorgie, la grosse bête désargentée du Tournoi B.

à l’hiver 2020, le rugby italien stagne, son championnat domestique est en ruines et ses provinces (Zebre et Trevise) meurent à petit feu dans une Ligue Celte qui n’intéresse globalement personne. Mais chacun ses problèmes, après tout. Car après avoir vécu l’enfer avec ce XV de France pendant près dix ans, on serait bien pervers si l’on en venait aujourd’hui à se pourrir la vie sur la question de l’avenir du rugby transalpin. En tout état de cause, quatre-vingt minutes enthousiasmantes face à la Rose ont suffi à gonfler d’espoir le petit peuple du rugby français, soudainement persuadé qu’il tient là un champion du monde en puissance. Il n’en est rien, bien évidemment. Et à la débauche d’énergie déployée le week-end dernier, la bande à Galthié doit désormais greffer une animation offensive digne de ce nom, quelques lancements de jeu bien sentis, soit tout ce qui fait encore défaut à une ligne de trois-quarts sur le papier ébouriffante mais incapable, lors de sa première sortie, de jouer ensemble. Alors lâchez-vous, nom de Dieu ! Courez, osez, marquez ! Et bouffez enfin ces espaces que ne manquera pas d’offrir la plus faible défense du Tournoi des 6 Nations !

Des hommes qui reviennent de loin

Hé quoi ? On a tous constaté face à la Rose qu’Anthony Bouthier, imperturbable ou presque lorsque George Kruis approcha de lui ses 120 kg de barbaque, possédait un courage évident. Son entraîneur à Montpellier Xavier Garbajosa, dont l’"air plaquage" face à Jonah Lomu en 1999 hante encore les nuits, abondera probablement en ce sens. Passé le Crunch, on se réjouit aussi que Teddy Thomas et Virimi Vakatawa ne saccagent plus les organisations défensives dont ils font partie avec des montées suicidaires, tout comme on félicite Gaël Fickou d’avoir retourné Tom Curry, peu coutumier du fait. Mais on veut désormais voir autre chose. On veut voir le Bouthier qui avait mis le dawa à l’Arena, lorsque le MHR s’était pointé à Nanterre fin décembre. On veut voir Gaël Fickou griller des défenseurs grâce aux foutus retours intérieurs qui ont poussé Herr Wild à péter sa tirelire. On veut voir Teddy Thomas briser les reins des derniers défenseurs, comme il le fait tous les week-ends en Top 14…

On rêve ? On veut tout, tout de suite ? Au sujet de cette équipe de France, il faut visiblement croire que Philippe Sella n’est probablement pas le seul à avoir perdu la raison (lundi, "l’incomparable" comparait Romain Ntamack à Michel Platini). à nos yeux, aussi, les premiers signaux envoyés par la sélection nationale sont plus que positifs, ils sont emballants. Car on eut beau tresser des lauriers à Shaun Edwards après le Crunch, le système défensif du bras droit de Galthié ne serait pas grand-chose s’il n’était servi par des hommes déterminés, sévèrement burnés et "résilients", pour emprunter au vocabulaire sophistiqué du sélectionneur. Des hommes dont le sens du sacrifice tranche indéniablement avec la désinvolture de quelques-uns des internationaux de la génération précédente. Des soldats ayant connu l’échec et s’en étant pourtant relevé. Ne disait-on pas, en 2018, de Charles Ollivon qu’il était perdu pour le rugby ? Anthony Bouthier n’avait-il pas, plus jeune, été saqué du centre de formation de Dax ? Et Grégory Alldritt, alors ? Il affrontait Aubenas et Chambéry en Fédérale 1 en 2017, quand Dupont ou Marchand, fauchés très tôt par de graves blessures au genou, auraient pu ne jamais récupérer leur punch d’antan. Cette équipe de France, comme les hommes qui la composent, revient donc de loin. D’assez loin, en tout cas, pour savoir qu’on se sentirait tous trahis si, après avoir broyé la Rose, elle se vautrait tristement face à l’une des plus faibles équipes italiennes de tous les temps…

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